initial commit

This commit is contained in:
Matthieu Bessat 2023-02-19 11:56:01 +01:00
commit db7f1c6278
1820 changed files with 17492 additions and 0 deletions

View file

@ -0,0 +1,14 @@
---
date: '2022-03-30T17:59:53'
li-id: 6914994625862631424
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_en-2021-lhiver-avait-%C3%A9t%C3%A9-doux-la-v%C3%A9g%C3%A9tation-activity-6914994625862631424-bgaB
title: CHANGE_ME 330
---
En 2021, l'hiver avait été doux. La végétation avait donc débourré tôt, et puis est arrivée une "goutte froide" qui a conduit les températures à devenir négatives quelques jours. Résultat : des pertes de récoltes dans de nombreuses cultures fruitières.
Bis repetita : après un débourrage favorisé par des températures douces (dignes de mai ces derniers jours), un épisode froid est prévu pour la fin de la semaine, et la seule question est hélas de savoir quelle fraction des fruitiers (vigne comprise) va y perdre sa récolte de l'année : https://lnkd.in/eeCSwKFy
Année après année, le réchauffement climatique fait partir la végétation de plus en plus tôt. Qu'arrive un épisode de gel qui liu n'a pas changé de date et voilà une partie de la récolte fruitière qui s'envole.
Parions que l'essentiel du débat sur les conséquences portera sur l'indemnisation des arboriculteurs. Malheureusement les polices d'assurance ca ne se mange pas...

View file

@ -0,0 +1,21 @@
---
date: '2022-03-29T15:24:05'
li-id: 6914593029706129410
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_m%C3%A0j-la-r%C3%A9ponse-demmanuel-macron-il-y-activity-6914593029706129410-HFvN
title: CHANGE_ME 331
---
Après l'analyse des programmes présidentiels par Les Shifters, c'est au tour de The Shift Project de vous proposer un exercice voisin mais convergeant : nous avons demandé à tou(te)s les candidat(e)s aux présidentielles de nous envoyer une lettre pour décrire comment ils comptent concrètement gérer la sortie des énergies fossiles au cours du prochain quinquennat.
Tou(te)s les candidat(e)s nous ont répondu sauf Emmanuel Macron et Jean Lassalle
Ces lettres ont été analysées - sur la base de leur seul contenu, et donc sans se référer ni au programme ni à des déclarations faites dans d'autres enceintes - par une équipe du Shift Project, et les résultats sont mis en ligne depuis ce matin sur le site internet de l'association. Nous avons publié un commentaire général sur les contributions ainsi qu'un avis détaillé par lettre.
Les deux analyses convergent largement mais réservent quand même quelques surprises. En particulier, certaines lettres sont plus détaillées que les programmes, alors que d'autres ne mettent pas en avant les propositions contenues dans les programmes.
Mais l'avis général qui se dégage est que nous restons encore assez loin :
- d'une bonne compréhension du problème à traiter : globalement nous allons devoir gérer plus de conséquences adverses avec moins de moyens matériels, or nombre de candidats proposent en pratique des solutions du monde infini pour régler des problèmes du monde fini,
- d'une intégration d'un monde très changeant dans les plans pour l'avenir ; en particulier "l'adaptation" est très peu présente dans les réponses
- d'une stratégie de réponse quantifiée et échéancée intégrant des aléas qui ne manqueront pas de survenir.
Il ne reste qu'une grosse semaine jusqu'au premier tour. La probabilité que les copies s'améliorent significativement d'ici là est donc très faible. Une des questions posées est alors de savoir qui, parmi les candidat(e)s, sera à même de se poser les bonnes questions une fois élu(e), si ces questions n'ont pas été posées avant.

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-29T06:28:47'
li-id: 6914458316593098752
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_exclusif-crise-climatique-on-a-%C3%A9pluch%C3%A9-activity-6914458316593098752-XAcs
title: CHANGE_ME 332
---
Plus de 200 pages d'analyses : c'est ce qu'ont réalisé Les Shifters, l'association des personnes "cousine" du Shift Project, pour évaluer l'angle climat des programmes des candidat(e)s aux présidentielles.
Pour cela, les programmes publiés ont été confrontés à la stratégie nationale bas carbone, et, pour un certain nombre de secteurs (transports, agriculture, bâtiment, forêt, industrie, énergie, déchets) ou d'axes transverses (notamment formation/reconversion), les Shifters ont regardé les mesures proposées.
On peut ainsi voir qui affiche une intention sans mesure précise, qui propose une mesure mais sans quantification, qui propose une mesure quantifiée et calendée (là ca devient une exception plus que la règle), qui compte dans quelles proportions sur la technologie et la sobriété, qui propose de procéder par obligation et qui par incitation, etc.
A ce stade, ce qui n'a pas été fait de manière systématique a été de jauger de la compatibilité des mesures proposées avec le reste des promesses du même ou de la même candidat(e). Parfois, une contradiction "évidente" a néanmoins été relevée. Par exemple le RN affiche à la fois l'intention de décarboner les transports et une proposition de baisse de la fiscalité des carburants. En pareil cas il est fait remarquer que ces deux mesures sont antagonistes.
Globalement, aucun des programmes n'est totalement compatible avec le problème posé. Aucun ne prend complètement acte du fait que nous allons devoir gérer plus de problèmes avec moins de moyens. Aucun ne part du principe que nous allons devoir gérer un monde de plus en plus volatil (l'enchainement baisse de l'énergie -> baisse de la production -> baisse de nos moyens matériels d'action est très peu pris en compte par exemple).
Souvent les orientations restent au stade des déclarations mais il n'y a pas de plan précis. Par exemple "réindustrialiser la France", avancé par de nombreux candidats, ne précise pas souvent s'il s'agit des engrais ou des machines à laver, des vêtements ou des meubles, de la métallurgie ou des scanners. Etc.
Bref, si la nécessité d'une décarbonation commence à être largement partagée, les implications économiques de la décrue fossile sont beaucoup moins bien comprises, et la vision d'ensemble - et surtout l'aspect opérationnel - reste globalement en deçà de qui serait pertinent pour avancer à la bonne vitesse.
Il n'en reste pas moins possible de classer les candidat(e)s au regard de ce critère, en regardant combien de cases coche chacun(e), ce qui est quand même une indication de la quantité de travail qui a pris place au sein de chaque formation. Comme cet exercice ne pondère pas les cases cochées (chacun(e) décidera si c'est plus important de cocher la case énergie ou transports que agriculture ou logement), nous n'en tirons évidemment pas de consignes de vote. Mais nous espérons que cet exercice sera utile pour éclairer les choix et ce qu'il reste de débat d'ici au premier tour.

View file

@ -0,0 +1,14 @@
---
date: '2022-03-28T14:28:23'
li-id: 6914216625474838528
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_en-cumul-les-pr%C3%A9cipitations-dautomne-et-activity-6914216625474838528-ERQD
title: CHANGE_ME 333
---
En cumul, les précipitations d'automne et d'hiver ont été proches de la normale sur une large partie du pays. Voici donc qui devrait nous rassurer. Sauf que... ces précipitations n'ont pas nécessairement été "efficaces" : quand ce sont des pluies torrentielles, elles contribuent de manière importante aux cumuls mais ne contribuent pas plus à la recharge du sol que des pluies qui auraient été plus modestes.
De ce fait, ces précipitations "efficaces" sont elles en déficit sur l'essentiel du pays par rapport à une saison automne-hiver normale (carte ci-dessous). Ceci allant avec cela, d'une part les nappes sont basses dans une large partie du pays (https://lnkd.in/eEyMdtMx ), et d'autre part les sols sont partout en France plus secs que la normale (https://lnkd.in/e5tNK-sR ).
Du coup on commence à se faire quelques cheveux blancs pour l'agriculture : https://lnkd.in/exiYGSzS , alors même que les événements en Ukraine sont déjà à la manoeuvre pour pousser les prix vers le haut et les quantités vers le bas.
Mais ce n'est pas grave : manger c'est juste 2% du PIB et les écosystèmes c'est gratuit !

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-28T07:11:02'
li-id: 6914106564895248384
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_invitation-voyager-bas-carbone-le-nouveau-activity-6914106564895248384-sAgS
title: CHANGE_ME 334
---
Ca sera juste avant le premier tour, et juste après le diesel à 2 euros le litre : Jeudi 7 avril à 18h, The Shift Project effectuera la dernière présentation détaillée du dernier chapitre du Plan de transformation de l'économie française : "Voyager bas carbone".
Les voyages à plus de 80 km du domicile, qui sont par ailleurs essentiellement des déplacements de loisirs, représentent en gros un tiers de la mobilité en voiture, voiture qui inversement est utilisée pour 85% des distances parcourues par les français(es) pour ces déplacements longs.
Avant la voiture (et l'avion), la mobilité longue distance des habitants de ce pays était bien plus réduite. Comment continuer à s'éloigner de son domicile dans un monde sans pétrole ? C'est autour de cette question que nous vous convions dans un peu plus d'une semaine.
Il est clair que dans ce domaine la sobriété signifiera pour partie l'inversion de ce que le pétrole nous a donné : plus loin, plus vite, moins cher. Exprimé en minutes de temps de travail, le prix d'un billet d'avion a par exemple été divisé par un facteur 5 à 10 (selon les destinations) en quelques décennies.
Comment aborder ce défi, psychologique bien avant d'être technique ? On en parle la semaine prochaine !

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-27T16:55:10'
li-id: 6913891175347191808
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_p%C3%A9trole-pourquoi-il-faudrait-accepter-les-activity-6913891175347191808-7z2K
title: CHANGE_ME 335
---
La taxe carbone a mis une partie de nos concitoyens dans la rue, alors que la récente hausse du prix des carburants, qui nous a pourtant emmenés à des prix au litre bien supérieurs, est acceptée avec fatalisme.
Ce n'est pas le moindre des paradoxes que d'accepter plus facilement, comme je le rappelle dans cette chronique du Samedi matin sur RTL, une hausse qui envoie l'argent hors de France qu'une hausse qui laisse l'argent en France.
Et, quand bien même nous ne le voudrions pas - c'est le deuxième volet de mes 3 minutes réglementaires :) - il va de toute façon falloir apprendre à faire avec moins de pétrole : comme l'a expliqué The Shift Project au terme d'une analyse assez fouillée confiée à des hommes de l'art sur base d'un inventaire de l'ensemble des gisements - exploités ou non - dans le monde (https://lnkd.in/dwPcgve ), la quantité de pétrole dont l'Europe va disposer va baisser à l'avenir, parce que l'essentiel des pays producteurs dans le monde sont en déclin ou y seront bientôt.
Comme ces pays réserveront globalement une fraction croissante de leur production à leur propre population, il est même vraisemblable que les importations européennes (couvrant 95% de notre consommation) baissent plus vite que la production des producteurs.
Cette approche reste totalement absente des programmes de campagne. Quand un souhait de baisse des hydrocarbures il y a, c'est uniquement au nom du climat qu'elle est proposée. Peut-être que nos concitoyens écouteraient d'une oreille encore plus attentive si on leur expliquait aussi ce qui se passe du côté de la géologie ?

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-27T09:56:30'
li-id: 6913785817542868992
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_forum-des-tp-2022-environnement-et-tp-activity-6913785817542868992-vdfg
title: CHANGE_ME 336
---
Dans les infrastructures qui structurent le fonctionnement des pays en ce début de 21è siècle, il y a notamment les systèmes énergétiques. Les événements survenant actuellement à l'est de l'Europe montrent bien l'inertie associée à leur évolution : quand on s'est créé un réseau de gaz pour alimenter des appareils de chauffage au gaz, de la production industrielle au gaz et de la production électrique au gaz, on ne change pas cela en une semaine.
Il en va de même avec les transports : quand on a structuré les déplacements de personnes et de marchandises avec des routes (construites et entretenues avec du pétrole, puisque ce dernier fait à la fois fonctionner les engins de chantier et fournit le revêtement - le bitume) pour y faire circuler des véhicules à peu près tous dotés d'un moteur à combustion interne, on ne se passe pas du pétrole en une semaine non plus.
Le débat qui a eu lieu au dernier forum des travaux publics entre Xavier Neuschwander et votre serviteur portait justement sur la possibilité de réorienter le secteur des infrastructures en faveur d'une économie décarbonée. En effet, l'utilisation des infrastructures de toute nature situées en France est à l'origine de la moitié de l'empreinte carbone de notre pays. Décarboner cet usage est donc indispensable, tout comme il est indispensable de le planifier puisque, à l'évidence, supprimer les émissions associées à court terme ne peut se faire qu'en se privant du service associé, perspective que peu de gens acceptent.
Dans le débat, il a été question à la fois du plan de transformation de l'économie française (qui n'a pas de chapitre explicitement dédié aux infrastructures, mais ces dernières sont présentes en filigrane un peu partout), et d'une analyse que Carbone 4 a publiée il y a quelques mois sur le sujet (https://lnkd.in/eYXaufiz ).
La crise ukrainienne ne sera pas la seule que nous allons avoir sur les 30 ans qui viennent, malheureusement. A quelque chose malheur est bon : il faudrait au moins qu'elle serve de déclencheur puissant à une nouvelle trajectoire pour le pays et pour l'Europe (trajectoire dont la "sécurisation des approvisionnements en hydrocarbures auprès d'autres fournisseurs" ne peut constituer qu'un palliatif de très court terme).

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-26T09:42:43'
li-id: 6913419959779901440
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climat-soutenez-lappel-des-agents-activity-6913419959779901440-a7yx
title: CHANGE_ME 337
---
Jean-Guillaume Bretenoux et Angel Prieto, auteurs du rapport "Décarboner l'Administration publique" du Shift Project (https://lnkd.in/ehrNbRfy), ont pris l'initiative de lancer un "Appel des agents publics pour décarboner les services publics", ouvert à tou(te)s les fonctionnaires (nationaux, territoriaux, et des établissements publics), demandant "une accélération urgente de la décarbonation du fonctionnement de lEtat, des collectivités territoriales et de tous les établissements publics".
Représentant 20% de l'emploi en France, l'Administration publique au sens large est en effet un important acheteur (véhicules, bâtiments, nourriture, objets de toute nature), et, par ailleurs, et par nature, le prescripteur essentiel des règles de la vie en commun.
Pour mieux exercer la deuxième fonction, les initiateurs de l'appel considèrent qu'il est indispensable que le premier volet soit fait en accord avec ce qui sera demandé aux autres. Acheter bas-carbone, se déplacer bas carbone, soigner ou enseigner bas carbone, tout cela est indispensable si l'on veut par ailleurs être crédible pour que le reste de la société prenne le même chemin.
Les signataires de l'appel demandant donc au prochain gouvernement (pour l'existant c'est un peu râpé !) de mettre l'Administration publique "en règle" avec la décarbonation du pays sans tarder, dès les élections présidentielle et législatives passées. Ils écrivent notamment "Comment [la puissance publique] serait-elle légitime, crédible et pertinente pour impulser, via les politiques publiques cohérentes, [la transition bas-carbone de léconomie et de la société française] si elle na pas engagé un processus de décarbonation volontariste et ambitieux pour elle-même ?". La demande renvoie évidemment aux nombreuses propositions contenues dans le rapport "Décarboner l'Administration publique" qui est lui-même un des volets du plan de transformation de l'économie française (https://lnkd.in/esiqHkbf ).
Si vous êtes agent public et que vous estimez qu'il est indispensable que la lutte contre le changement climatique soit partie intégrante de votre quotidien professionnel ; si vous voulez que cela devienne une vraie priorité, avec les décisions, les objectifs, laccompagnement (dont la formation) et les moyens que cela implique, cet appel est pour vous, à la fois pour le signer bien sûr :), et pour le relayer également.

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-25T07:25:13'
li-id: 6913022967245381632
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_cest-peu-dire-que-le-p%C3%A9trole-est-au-centre-activity-6913022967245381632-XMT0
title: CHANGE_ME 338
---
C'est peu dire que le pétrole est au centre de notre actualité. A cause des russes, voilà qu'il faudrait s'en passer rapidement. En fait, russes ou pas, et même climat ou pas, il va falloir progressivement s'en passer.
La raison de base est simple : il faut de quelques dizaines à quelques centaines de millions d'années pour que le pétrole et le gaz se forment à partir de résidus de vie marine (https://lnkd.in/djAcDUP ). De ce fait, en première approximation ces ressources sont non renouvelables à l'échelle des temps historiques.
Pour extraire du pétrole et du gaz du sous-sol, il faut commencer par savoir où ils se trouvent. Difficile de faire sortir un pétrole sans savoir où il est !
Or, depuis le début des années 1980, les découvertes annuelles sont devenues inférieures, puis très inférieures à la production. En agrégeant pétrole et gaz, nous extrayons de terre un peu moins de 60 milliards de barils (ou d'équivalent baril pour le gaz) par an. En face de cela, les découvertes de ces dernières années se promènent entre 5 et 15 milliards de barils ou équivalent baril par an (graphique ci-dessous ; source Rystad Energy).
Quand le prix du baril augmente fortement, il devient plus rentable pour les pétroliers de faire sortir de terre des hydrocarbures "compliqués" (petits gisements, et/ou très profonds, et/ou gaz très éloigné des infrastructures de transport, pétrole de "mauvaise qualité", etc). Du coup ils relancent l'exploration dans l'espoir de trouver "n'importe quoi", et les découvertes, même insuffisantes pour contrebalancer l'extraction, augmentent un peu dans les années qui suivent.
A l'inverse, quand le prix du baril baisse, ces efforts diminuent aussi, et en conséquence logique les découvertes baissent par rapport à la tendance de fond.
Mais dans tous les cas de figure, on voit bien que le stock extractible identifié diminue nécessairement dès lors que les découvertes sont très inférieures à l'extraction. C'est ce qui a conduit The Shift Project, sur la base d'une analyse effectuée sur une base de données portant sur l'ensemble des gisements (exploités ou pas) dans le monde, et confiée notamment à deux anciens dirigeants de l'exploration-production de Total, à conclure que le "sevrage pétrolier" attendait l'Europe - et en fait l'humanité - pour les décennies à venir, Ukraine ou pas : https://lnkd.in/dwPcgve
Or le pétrole, c'est l'économie. Sans pétrole pas de transports abondants, donc pas de système productif opérationnel et fin des chaines de valeur mondialisées. C'est pour cela que depuis des décennies la variation du PIB mondial suit très exactement la variation de la production mondiale de pétrole. La conclusion logique de tout cela est que le prochain mandat présidentiel - et les suivants - doit pouvoir "flotter dans une Europe en décroissance".

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-24T19:20:31'
li-id: 6912840591156342784
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_belgique-le-nucl%C3%A9aire-joue-la-prolongation-activity-6912840591156342784-uGo4
title: CHANGE_ME 339
---
La Belgique vient de repousser de 10 ans la fermeture de 2 réacteurs nucléaires, fermeture qui était prévue pour 2025, en conséquence directe de la "crise du gaz russe".
Il faut évidemment se réjouir de cette décision, qui conduira à des économies directes d'émissions de CO2 alors même que le monde vient de connaître en 2021 un effacement total du "creux" de 2020 en ce qui concerne les émissions de CO2 (voir article de Sylvestre Huet à ce sujet : https://lnkd.in/ddwqQFsG ).
Dans le même esprit, on note que, dans le programme présidentiel des Verts français, il n'est désormais plus question de fermeture anticipée des réacteurs en service (alors qu'initialement il était question d'une sortie complète du nucléaire le plus vite possible).
Pourquoi certains politiques deviennent-ils moins hostiles à l'atome désormais ? Pour une raison assez simple : parce que l'avis de la population évolue. Ce n'est pas "les faits" qui les conduisent à changer d'avis (sinon ce serait fait depuis longtemps !) : c'est l'opinion.
Et c'est probablement pour cette même raison que l'Allemagne, elle, reste sur sa position historique en ce qui concerne cette source d'électricité. La population y évolue probablement moins vite en faveur de cette modalité de production qu'ailleurs.
Comme le soulignait un post récent de Maxence Cordiez, cela place les Verts allemands, à la fois contre le nucléaire civil mais aussi pour la paix, dans une situation désormais schizophrénique : le refus du nucléaire pour le choix du gaz (la puissance électrique installée au gaz a augmenté de 50% en 20 ans : https://lnkd.in/dshZdp7X ) conduit aujourd'hui à plus financer l'effort de guerre de Poutine que si le choix inverse avait été fait.
A plus long terme, cette position conduira à une autre schizophrénie : on se rendra compte que le refus du nucléaire a contribué à conserver plus de combustibles fossiles dans la production électrique, ce qui crée plus de changement climatique et détruit plus de biodiversité.
Mais ce changement, quand il survient, ne permet pour autant pas de se débarrasser de l'existant fossile à bref délai : redevenir favorable à la construction de centrales nucléaires ne fait sentir ses effets que 15 à 30 ans plus tard... à condition d'être ensuite déterminé et constant sur cette durée.

View file

@ -0,0 +1,20 @@
---
date: '2022-03-23T19:00:00'
li-id: 6912473041310494720
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_new-sec-climate-disclosure-rules-a-primer-activity-6912473041310494720-fvR4
title: CHANGE_ME 340
---
510 pages : c'est ce qu'il a fallu à la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, pour préciser les obligations auxquelles les entreprises cotées aux USA vont devoir satisfaire en matière de transparence sur leurs risques climat, de transition et physiques.
"Risque" : le mot est prononcé. Jusqu'à maintenant, la publication d'informations sur les émissions était généralement vue comme relevant de la "responsabilité sociale et environnementale" des entreprises.
En pratique cela veut donc dire que cela relève du supplément d'âme, de la bonne volonté, et du reste pour le moment ces publications sont régies par des recommandations (comme la TCFD ou même l'article 173 - qui permet assez facilement de donner le change - et non par des obligations dures.
Mais, aux USA, parler de risque pour l'actionnaire, c'est regarder la possible dépréciation de son patrimoine, et par ailleurs l'actionnaire est souvent un (futur) retraité. C'est donc un sujet avec lequel on ne plaisante pas.
A supposer que le périmètre des obligations soit bon (ne pas se limiter aux émissions directes, ne pas autoriser la compensation avant publication, etc), ce que je confesse ne pas avoir encore regardé, le fait de voir les émissions comme un facteur de risque sur la valeur patrimoniale serait un levier plus puissant que la RSE pour faire remonter le sujet du climat d'un cran ou deux dans la hiérarchie des entreprises.
Si on parle de risque pour l'actionnaire, on parle en effet possiblement de procès, de désinvestissement et d'abaissement de la note de crédit, et d'autres bricoles de ce genre qui permettront d'avoir l'oreille du dirigeant.
Cette publication de la SEC illustre aussi une chose essentielle : l'Europe ne doit pas avoir peur d'innover. Il arrive que cela conduise d'autres pays à suivre.

View file

@ -0,0 +1,21 @@
---
date: '2022-03-22T07:47:28'
li-id: 6911941403988127744
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_plains-drought-to-curb-us-wheat-harvest-activity-6911941403988127744-7qQ4
title: CHANGE_ME 341
---
Alors que le conflit à l'Est de l'Europe va limiter la production et/ou les exportations de céréales (blé, maïs) ou oléagineux (tournesol), un autre gros producteur mondial fait face à des conditions de sécheresse qui ne cessent de s'intensifier (voir la carte sur https://lnkd.in/dQVN83A). En conséquence de quoi la production de blé d'hiver est incertaine, ce qui contribue aussi à faire monter les prix.
Paradoxe : en Chine ce sont des excès d'eau au moment de la plantation qui menacent la récolte de blé d'hiver (https://lnkd.in/eNcqc6xx). Pour le coup, ce ne sont pas les exportations chinoises qui sont menacées, car ce pays est un importateur, mais cela va inévitablement aussi exercer une pression sur les prix.
A un moment ou à un autre, il va falloir se poser la question de l'adaptation à une production qui ne va plus augmenter, voire baisser. C'est d'autant plus vrai que les auxiliaires de la production agricole "moderne" sont le pétrole et le gaz, pour la mécanisation et les engrais (les engrais azotés sont faits avec de l'ammoniac, lui-même fait avec de l'hydrogène... largement produit à partir de gaz).
Une large partie des céréales sert à nourrir du bétail en élevage intensif. Une autre partie sert à nourrir... nos voitures (c'est le cas de 40% du maïs américain), ce qui est aussi la destination d'une large partie des betteraves à sucre (le sucre sert à faire de l'éthanol substituant l'essence) ou du colza (qui sert à fabriquer un substitut au gazole).
Dans le Plan de Transformation de l'Economie Française (https://lnkd.in/esiqHkbf), la réponse à tous ces problèmes combine :
- une baisse de la production de viande (ce qui permet d'avoir moins de céréales à cultiver)
- moins de voitures (il faut baisser le nombre d'objets de 1 tonne ou plus de masse unitaire en circulation ; c'est physique !) ce qui permet d'avoir moins de végétaux à cultiver pour les substituts au pétrole
- un recours très modéré aux produits d'origine agricole pour l'approvisionnement énergétique d'une manière générale, pour libérer de la pression sur les sols.
Rien de tout cela ne se met en place en une semaine évidemment. Ce qui signifie que, à court terme, les pressions à la baisse sur les productions agricoles vont créer des troubles - et une forte volatilité des prix - là où l'ajustement se fera de manière forcée. Si c'est un ajustement forcé à la baisse dans les estomacs des gens qui n'ont déjà pas beaucoup à manger, il y aura hélas des problèmes de disette ou de famine.

View file

@ -0,0 +1,20 @@
---
date: '2022-03-21T18:26:13'
li-id: 6911739763653791744
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climat-la-bce-tacle-les-banques-europ%C3%A9ennes-activity-6911739763653791744-oEYj
title: CHANGE_ME 342
---
Ce n'est pas une association militante qui le dit, mais la banque centrale européenne : une évaluation sur 109 grandes banques commerciales de la zone euro montre que ces dernières ne sont pas au bon niveau en ce qui concerne la gestion de leurs risques climatiques, et, d'après Les Echos, "ne répondent pas pleinement aux attentes de la supervision".
De quels risques parle-t-on ? Il y en a deux principalement en matière de climat. Le premier est dit "de transition". Il correspond à la situation ou un prêt ou une action vont perdre de la valeur, parce que l'emprunteur se retrouve en défaut partiel ou total à cause d'un contexte réglementaire qui l'empêche d'exercer son activité comme avant. Par exemple si une banque détient des actions d'un opérateur de réseau de gaz et que la collectivité décide que le gaz ne doit plus être utilisé, ces actions perdent en valeur.
Or les actifs d'une banque sont essentiellement constitués d'obligations - qui sont des "morceaux de prêt" - et de prêts "ordinaires" (le prêt est au passif de l'emprunteur mais à l'actif de la banque !), avec quelques actions et autres titres (immobilier par exemple). Si une fraction trop importante de ces actifs sont impactés à la baisse par les contraintes de la transition, la banque est en risque.
Une variante du risque de transition est que ce ne soit pas la réglementation qui empêche d'émettre du CO2, mais un défaut d'approvisionnement en combustibles fossiles (suivez mon regard du côté de la situation actuelle), qui finira par arriver de toute façon puisque ces combustibles sont épuisables.
Le deuxième risque est dit "physique". Il correspond au risque de défaut lié au fait que l'entreprise ou le pays dont on détient une obligation, un prêt ou une action pourrait voir ses opérations impactées à cause des conséquences du changement climatique.
Apprécier ces risques est compliqué. Il faut bien comprendre l'ensemble de la chaine de valeur dans laquelle s'insère l'entité que l'on regarde, puisque sa vulnérabilité est aussi celle de ses clients ou fournisseurs. Cela demande des compétences, des données, du temps, et pire encore d'envisager des éventualités désagréables, chose que peu de gens aiment faire. Et apprécier si les banques sont au bon niveau suppose des compétences encore plus importantes du côté du régulateur, soit dit en passant.
Du coup, il n'est pas très étonnant que le système financier dans son ensemble n'y soit pas encore. Par contre, ne pas mettre les moyens pour y être rapidement serait encore plus étonnant, maintenant que nous savons ce que nous savons.

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-21T09:40:05'
li-id: 6911607356413894656
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_guerre-en-ukraine-pourquoi-il-pourrait-activity-6911607356413894656-1Lsa
title: CHANGE_ME 343
---
Pour une fois, j'espère bien me tromper. J'ai indiqué lors de ma dernière chronique sur RTL - Samedi dernier - que la conjonction qui est en train de se mettre en place pour les pays du Maghreb ressemble étrangement à ce qui s'est observé au moment du déclenchement du "Printemps Arabe", il y a une dizaine d'années.
A l'époque, les troubles s'étaient déclenchés à cause d'un prix de l'alimentation devenu très difficile à supporter pour une partie de la population, en réponse à une production domestique insuffisante encore affaiblie par une sécheresse croissante (cohérente avec ce qui est attendu dans le cadre du réchauffement climatique), des importations dont les prix avaient fortement augmenté, et des recettes à l'exportation - notamment le tourisme - pas au mieux à cause de la "crise financière" de 2008 : https://lnkd.in/gaY7nrE
Qu'observe-t-on aujourd'hui ? Une sécheresse qui continue à être présente voire qui s'intensifie (voir par exemple https://lnkd.in/efJaRyx9 ou https://lnkd.in/eyqiqNta ) ; un prix des céréales qui s'approchait déjà de son niveau de 2010 avant la guerre en Ukraine (https://lnkd.in/evf6a5ye ) et qui pourrait encore monter, et un tourisme un peu déprimé par le covid.
Si l'on s'intéresse aux flux physiques, dans les gros acheteurs de blé russe/ukrainien, il y a notamment l'Egypte.
Bref cette chronique était essentiellement là pour rappeler que, dans notre monde interconnecté et mondialisé, tout problème "local" peut toujours s'étendre ailleurs, et ces effets domino seront d'autant plus amples que la situation de départ comporte peu de marges.

View file

@ -0,0 +1,20 @@
---
date: '2022-03-20T17:54:22'
li-id: 6911369362150977536
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_les-intercommunalit%C3%A9s-face-%C3%A0-jean-marc-jancovici-activity-6911369362150977536-alE8
title: CHANGE_ME 344
---
Il y a 15 jours The Shift Project publiait sous forme de livre le résultat de ses travaux sur la "résilience des territoires" (https://lnkd.in/eJ2mn-xt ). Ce projet tente de donner quelques clés de lecture et conseils pratiques aux élus locaux pour commencer à répondre à la question suivante : comment organiser la vie locale pour être plus aptes à résister à des perturbations croissantes tout en ayant moins de moyens ?
Ce projet a été lancé avant la guerre en Ukraine, qui, après le covid, illustre combien notre pays - et donc toutes ses collectivités - est dépendant de chaines d'approvisionnement longues qui sont autant de points de vulnérabilité dans un monde chahuté. et du chahut il va aussi y en avoir à cause du changement climatique, dont les premières manifestations sont déjà un peu désagréables,et qui vont nécessairement s'amplifier.
La Gazette des communes a souhaité organiser une "discussion" avec des élus locaux sur ce projet, ainsi que sur le plan de transformation de l'économie française (https://lnkd.in/esiqHkbf ) . En pratique j'ai été invité à présenter les grandes lignes du PTEF, puis il y a eu un tour de table des élu(e)s présent(e)s, puis j'ai planché sur le projet "stratégie de résilience des territoires", puis il y a de nouveau eu un (en fait plusieurs) tour de table pour avoir des réactions.
Pour celles et ceux qui ont l'habitude des débats sur des chaines de télévision avec des élus "nationaux", il sera facile de remarquer que le ton et le contenu des échanges est ici fort différent. D'abord personne ne se revendique d'une couleur politique pour "cadrer" son action locale (couleur qui n'est pas plus annoncée par l'animateur, à tel point que je suis bien incapable de dire qui était de quel bord).
Ceci allant peut-être avec cela, les panélistes ne se sont pas opposés pendant ce débat, où il a surtout été question de problèmes assez concrets auxquels ils étaient confrontés.
Depuis que je m'intéresse à la question de la décarbonation de la société, il y a un sujet récurrent de "plus forte légitimité" au sein du monde politique pour mener l'action, à savoir si c'est plutôt à l'Etat ou plutôt aux élus locaux de mener la barque.
La réponse est évidemment que nous avons besoin des deux. Laisser l'Etat en dehors de la planification de la décarbonation n'aurait pas de sens, mais laisser les élus locaux en dehors de la déclinaison locale de la mise en oeuvre n'en aurait pas plus. Mieux : plus il y aura d'élus locaux ayant bien compris le défi qui se présente, et plus il y en aura qui agiront de façon pertinente à leur niveau, et plus cela augmentera la probabilité que l'Etat soit sérieux sur la question.

View file

@ -0,0 +1,20 @@
---
date: '2022-03-19T18:06:55'
li-id: 6911010132529176577
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-retour-en-force-du-charbon-en-europe-activity-6911010132529176577--dpZ
title: CHANGE_ME 345
---
C'est le monde à l'envers : permettant de diminuer les émissions de la production électrique de 60% environ par rapport au charbon, le gaz devait aider à supprimer ce dernier de notre mix électrique (et donc pour l'essentiel de notre mix énergétique, car l'essentiel du charbon sert à produire de l'électricité). C'était bien là une des directions prises par les pays européens, surtout ceux qui n'avaient pas très envie d'entendre parler de nucléaire.
Mais le plan n'avait pas prévu l'éventualité qu'il puisse y avoir un défaut d'approvisionnement en gaz, et des prix qui grimpent au plafond. Que faire en pareil cas ?
Impossible d'avoir beaucoup plus d'ENR à bref délai : ces modes sont soit déjà injectés pour la totalité de leur production (éolien, solaire et biogaz) et des capacités additionnelles sont lentes à arriver, soit ne peuvent augmenter leur production (hydraulique ; tout le contenu des barrages est déjà utilisé).
Impossible d'avoir beaucoup plus de nucléaire (hors problème de capacité disponible comme en France que l'on peut espérer résoudre à l'horizon de l'année) : à part en France, où les réacteurs font du suivi de charge (parce que nous avons beaucoup de nucléaire), le nucléaire produit en base, c'est à dire en permanence. En outre on ne rajoute pas un réacteur en quelques mois !
Il reste une possibilité : augmenter la production au charbon. Il s'agit bien du charbon (ou de la houille) et non du lignite, ce dernier combustible étant le charbon de "mauvaise qualité" (teneur en carbone pas très élevée beaucoup d'eau) qui s'exploite avec des excavatrices géantes dans des mines à ciel ouvert, et qui lui aussi produit en général à puissance maximale en permanence (du moins en Allemagne).
Les centrales à charbon de type "houille" ont généralement un facteur de charge inférieur à 100%. Si on trouve du charbon (car une bonne partie est importée en Europe) on peut donc augmenter la production au charbon en cas de défaut de gaz, ou de prix trop élevé.
Et c'est exactement ce qui s'est passé en Europe en 2021, avec une hausse de près de 20% de la production électrique au charbon.

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-18T08:28:03'
li-id: 6910502064171188224
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_consommer-moins-d%C3%A9nergie-la-meilleure-activity-6910502064171188224-s77G
title: CHANGE_ME 346
---
S'il faut se passer du pétrole et du gaz russes, en ne comptant pas trop sur la possibilité de se retourner vers d'autres producteurs (notamment sur le pétrole dont la production future, sur terre, risque de ne pas beaucoup augmenter avant un déclin marqué : https://lnkd.in/dwPcgve), il va falloir faire... des économies.
La question devient alors : que pouvons nous économiser, comment, et à quel horizon de temps ? Parlons chiffres : cet article publié sur le site de Carbone 4 détaille l'utilisation du pétrole et du gaz en France, et fournit également l'ordre de grandeur des économies possibles (pour le pétrole et pour le gaz) associées à un certain nombre de gestes de sobriété.
Pour le pétrole, ralentir sur la route (dont limitation à 110 sur autoroute), avoir une conduite "sobre" (pas d'accélérations furieuses, par exemple), et éviter de prendre la voiture pour les déplacements courts, permettrait de se passer du pétrole russe (environ 10% de notre consommation) à l'horizon de l'année.
Evidemment, ce calcul est fait à la maille française. A la maille européenne (un tiers du pétrole provient de ce pays) cela n'est plus suffisant, or il y aurait probablement un goulet d'étranglement sur nos autres fournisseurs si les autres pays européens décident aussi de se tourner vers d'autres producteurs.
Pour le gaz, qui sert avant tout au chauffage, aucune marge n'est rapide à part baisser le thermostat (rappelons que la réglementation est que la température intérieure ne doit pas dépasser 19 °C !). Isoler ou passer à la pompe à chaleur demandent des années pour que le résultat soit là. Et, comme pour le pétrole, si les autres pays ne veulent plus de la Russie, cela créera un goulet d'étranglement sur les autres producteurs (pour le moment la France importe de Norvège une part majeure de son gaz, mais la Norvège devra fournir d'autres pays - dont l'Allemagne - si toute l'Europe cherche à se détourner de la Russie).
Ce que rappelle cet épisode russe, c'est que l'absence de décarbonation n'est pas une option. A partir du moment où pétrole et gaz sont épuisables, il arrive un moment où nous devons faire avec moins, climat ou pas.
Evidemment personne n'a de boule de cristal pour prédire quand exactement et avec quelles modalités exactement ce "moins" arrive. Par contre, tabler sur le fait que nous n'aurons jamais de mauvaise surprise côté fourniture dans un monde qui reste dépendant aux hydrocarbures est un pari que nous sommes sûrs de perdre.
Pas de mauvaise surprise, c'est pourtant ce qu'ont supposé les candidat(e)s en 2017, et je ne suis pas sur que les programmes actuellement présentés soient tous compatibles avec une nouvelle récession significative qui arriverait pendant le prochain mandat à cause d'une nouvelle "mauvaise surprise".

View file

@ -0,0 +1,18 @@
---
date: '2022-03-17T17:06:19'
li-id: 6910270104580583424
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_laurent-morel-associ%C3%A9-de-carbone-4-activity-6910270104580583424-Q9ha
title: CHANGE_ME 347
---
Après l'annonce (https://lnkd.in/eR4RTjuR ) que l'Eurosystème - et les banques centrales qui le composent - allait utiliser les données de Carbon 4 Finance pour l'analyse des "portefeuilles de politique non monétaires" (cela recouvre notamment les titres - actions et obligations - que les banques commerciales apportent en garantie quand les banques centrales leur offrent des liquidités), le magazine Forbes a interviewée Laurent Morel sur le métier de notre branche data.
Comme la situation actuelle le rappelle, décarboner l'économie n'est pas juste arrêter d'investir dans les opérateurs pétroliers. Pas de pétrole, pas d'économie ! Il ne faut pas chercher ailleurs la raison pour laquelle l'Europe ne peut pas boycotter le pétrole et la gaz russes....
Pour comprendre en quoi toute entreprise dépend aujourd'hui directement ou indirectement des combustibles fossiles, il faut regarder ce que l'on appelle sa chaine de valeur (de la mine à la fin de l'utilisation du produit ou service par le client final), et voir quels maillons dépendent - et combien - des combustibles fossiles.
Trop longtemps le secteur financier a refusé de prendre les émissions dites indirectes en considération alors qu'elles sont indispensables pour mener une analyse de risque (https://lnkd.in/eVSer7fm ). De fait, si le fournisseur n'a plus d'énergie pour produire, ou si le client ne peut plus se déplacer faute de pétrole, cela changera le destin de l'entreprise même si les émissions ne sont pas "chez elle" !
D'autres éléments sont fournis par Carbon 4 Finance : ce que l'on appelle les émissions évitées (caractérisant, le cas échéant, le fait que le produit de l'entreprise en remplace un "moins bien"), ou encore l'adéquation des ambitions de l'entreprise avec le problème à traiter.
La promesse que nous faisons à nos clients n'est pas de leur permettre de rendre leurs investissements "compatibles accord de Paris" sans changer grand chose à leur manière de travailler. Notre promesse est essentiellement de leur permettre de comprendre où en sont leurs investissements (ou prêts) au regard du climat.

View file

@ -0,0 +1,29 @@
---
date: '2022-03-17T08:03:26'
li-id: 6910133481985466368
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-gouvernement-a-pr%C3%A9sent%C3%A9-hier-son-plan-activity-6910133481985466368-0As3
title: CHANGE_ME 348
---
Le gouvernement a présenté hier son "plan de résilience économique et sociale" qui constitue la réponse de l'Etat à la situation tendue sur l'énergie créée dans notre pays par la guerre en Ukraine : https://lnkd.in/ehA2dXf5
La "gros du plan" vise à soulager les trésoreries : subvention des carburants (particuliers et professionnels), garantie par l'Etat de diverses catégories de prêts, ou décalage des paiements de la TVA (ou des charges sociales).
Mais ces mesures ne diminuent en rien notre dépendance aux importations de combustibles fossiles (au contraire la subvention aux consommateurs la pérennise). Nous ne serons pas en meilleure posture "physique" après ces mesures qu'avant.
Ce qui contribuerait à résoudre "physiquement" le problème à l'horizon de la semaine ou du mois serait la baisse immédiate de la consommation à ces mêmes échelles de temps. On peut songer (exemples illustratifs) :
- à la limitation de la vitesse sur autoroute
- à la mise en place à très bref délai d'un plan de covoiturage entreprises (domicile - travail = 1/3 de la mobilité en voiture)
- à l'optimisation du taux de remplissage des transporteurs routiers (obligation de remplissage minimum pour pouvoir rouler)
- à la baisse de la température de consigne dans tous les bâtiments chauffés au fioul ou au gaz (et même pour l'électricité dans la mesure où une partie de cette dernière est produite au gaz)
- à la baisse immédiate et réglementée du nombre de vols autorisés à décoller (avant covid 10% du carburant utilisé en France concernait l'aviation).
Le plan propose aussi une accélération des investissements "décarbonants" (bâtiments, mobilité, ENR). Outre que certains sont plus décarbonants que d'autres, ces mesures sont à moyen et long terme. Leur appliquer le terme de "résilience" à court terme est donc à nuancer.
En matière d'agriculture, le plan consiste à subventionner les éleveurs exposés à la hausse du prix des céréales, et à s'assurer que toute hausse sera bien passée au consommateur final via la distribution. A nouveau pas d'incitation à procéder autrement.
Enfin le plan évoque la diversification des débouchés pour les exportateurs (en 2021, la France a exporté 6,5 Mds € de biens vers la Russie) et la sécurisation des importations. Mais à court terme ces mesures sont partielles. Trouver de nouveaux clients est parfois rapide (forte demande et chaines logistiques faciles à modifier), mais pas toujours.
Et surtout pour les importations de métaux critiques (tungstène, palladium, platine...) la diversification des approvisionnements est un problème de moyen et long terme.
Après le covid, la guerre en Ukraine est une nouvelle forme de "démondialisation accidentelle" : rupture des approvisionnements ou des débouchés. Ce que révèle ce plan, c'est que nous n'avons toujours pas pensé le 21è siècle très différemment du 20è.

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-16T07:14:12'
li-id: 6909758706427543552
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_former-ling%C3%A9nieur-du-21e-si%C3%A8cle-le-shift-activity-6909758706427543552-8lE5
title: CHANGE_ME 349
---
Exploiter au mieux la connaissance scientifique du moment pour le bénéfice de la collectivité : ainsi pourrait-on tenter de définir lingénieur, dhier, daujourdhui ou de demain.
 
Quand cette corporation sest mise au service de la révolution industrielle, la science se composait pour l'essentiel des explications sur lagencement de la matière, les interactions du monde physique, d'où les ingénieurs ont déduit la façon de sen servir pour construire machines et objets.
 
Mais la science ne se limite désormais plus à cette dimension "techniciste". Elle s'enrichit désormais chaque jour un peu plus dune deuxième composante : celle de lobservation de lenvironnement, et de la caractérisation de ce quil est désormais convenu dappeler les limites planétaires. Nous savons chaque jour un peu plus que, avec 8 milliards de cosmonautes, notre vaisseau spatial est limité, fragile, épuisable.
 
Pour que le métier de l'ingénieur reste dapporter "le progrès" à la population alors que le cadre a fortement changé (et donc la manière de définir le progrès aussi), les établissements qui forment des ingénieurs doivent aussi changer. Comment ? Suffit-il de rajouter quelques cours de sciences sur l'état de l'environnement ?
C'est à cette question que s'est attaqué The Shift Project, en prenant pour cobaye le groupe des INSA. Et, de fait, le sujet ne se limite pas à rajouter quelques cours. Il faut traiter les antagonismes entre cours (par exemple comment réconcilier la vision physique, intégrant des limites, et la vision économique, basée sur une convention tenant ces limites pour nulles ?), la formation du corps enseignant, les désirs des employeurs (qui veulent favoriser leurs propres activités et non la collectivité), les classements (qui aujourd'hui donnent une part importante aux rémunérations alors que les métiers "qui sont utiles pour notre avenir" sont parfois moins payés que ceux qui le sont moins), etc. Bref "se mettre en ordre de marche" demande de nombreux changements, et donc une volonté (très) forte de la direction.
Le but du travail effectué n'était pas de faire des préconisations uniquement destinées aux INSA (même si il est numériquement important dans le paysage !), mais bien d'en tirer un "discours de la méthode" qui soit public et utilisable par tout établissement d'enseignement supérieur formant des ingénieurs (rappelons que The Shift Project est une association d'intérêt général).
Le résultat de ce travail vient d'être mis en ligne. Nous espérons qu'il aidera tous les établissements français concernés (en attendant les autres !) à fournir une formation en phase avec les enjeux, ce qui pour le moment est encore très loin d'être le cas.
NB : Bien évidemment, nous ne pensons pas une minute, au Shift Project, que seules les formations d'ingénieur sont concernées. Nous avons "juste" commencé par le projet qui était le plus à notre portée, mais tout le monde doit s'y coller !

View file

@ -0,0 +1,18 @@
---
date: '2022-03-15T07:32:16'
li-id: 6909400865363648512
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_rapport-du-groupe-ii-du-giec-les-points-activity-6909400865363648512-pFgJ
title: CHANGE_ME 350
---
Nous ne serons pas les premiers, mais en l'espèce abondance ne nuit pas : Carbone 4 vous propose un résumé (en français) du résumé pour décideurs (en anglais) du dernier rapport du GIEC, qui portait sur les impacts du changement climatique, impacts passés et impacts à venir.
La liste est désormais longue - et résumée dans la figure 2 - des évolutions négatives qui sont dues - ou dues pour partie - au changement climatique qui a été engendré par le surplus d'effet de serre du aux activités humaines.
En fait, pour bien faire il faudrait faire un post par colonne de ce graphique, tant il contient d'informations. C'est une des difficultés de lecture des graphiques très riches produits par le GIEC : ils pourraient parfois justifier 15 ou 20 minutes d'explications à l'oral !
Il y a un petit - et même un gros - manque dans ledit résumé : il ne contient pas de graphiques sur les impacts futurs - graphiques par contre disponibles dans le résumé technique - qui permettent de comprendre que "chaque demi-degré compte, et même chaque dixième de degré compte".
De fait, les conséquences seront fortement croissantes avec l'élévation de la température. Les dégâts de 2°C de réchauffement ne seront pas "juste" le double de ceux causés par 1°C. A titre d'exemple, avec 1,1 °C 15% des coraux tropicaux mondiaux sont morts, et à 2°C ce sera 99%.
Il y a une autre faiblesse dans ce résumé : il ne souligne pas que la "résilience" pour les sociétés humaines dépend essentiellement de l'énergie disponible. La convention économique n'intégrant pas la physique, les publications académiques relient la capacité à faire face au "niveau de développement". Mais, au premier ordre, ce dernier est essentiellement la taille du parc de machines par personne. A perturbation égale, moins d'énergie signifiera plus de problèmes.

View file

@ -0,0 +1,23 @@
---
date: '2022-03-14T08:18:36'
li-id: 6909050138086793216
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_lex%C3%A9cutif-d%C3%A9gaine-une-subvention-publique-activity-6909050138086793216-SuM1
title: CHANGE_ME 351
---
En période de temps calme, il n'était pas question de monter le prix des carburants, "pas tolérable pour la population". Arrive une montée des prix qui vient d'un phénomène indépendant de notre volonté, et alors... on les subventionne. Rappelons que cela signifie explicitement subventionner les producteurs (étrangers) de pétrole et de gaz (alors qu'on ne veut pas payer la guerre de Poutine !).
Evidemment que cette hausse fait du mal à certains portefeuilles. Mais le signal envoyé par cette subvention est le plus mauvais qui soit. Il dit que ce qui se passe n'est qu'un accident et que derrière il n'y aura plus de problème. Mais il se trouve que le problème ne fait que commencer, climat ou pas. Rystad Energy vient de réviser à la baisse ses perspectives de production de pétrole russe (embargo ou pas) qui aurait alors passé son pic en 2019.
La Mer du Nord décline, comme l'ensemble du continent africain. Les producteurs américains de shale oil ne semblent pas vouloir (pouvoir ?) en faire beaucoup plus. Bref nous entrons de manière accélérée dans la tendance baissière sur le pétrole, et s'organiser correctement ne passe pas avant tout par des subventions décidées "dans la panique".
Cette incompréhension de la contrainte n'est pas le propre du camp en place. A l'instant Anne Hidalgo se faisait cuisiner (pour une fois de manière assez pertinente !) sur France Info sur ce sujet du prix de l'énergie. Propositions de la candidate :
- proposition d'un embargo sur gaz et pétrole russes immédiats (rappel : 30% du pétrole et 40% du gaz consommés en Europe) tout en expliquant que le gouvernement subventionnerait les prix autant que nécessaire.
- baisser la TVA sur l'essence
- se fournir en gaz de roche mère auprès des USA
Bref la représentante du PS (allié historiquement aux Verts) prône l'exact inverse de ce qu'il faut faire en pareil cas (surtout ne pas baisser le prix de l'énergie mais éventuellement aider autrement), mais qui "ne contredit en rien ce qu'il faut faire pour sortir des énergies fossiles" (sic).
Au passage elle tacle Macron qui "n'a pas fait ce qu'il fallait pour développer les énergies renouvelables" (comme si les éoliennes et panneaux solaires auraient remplacé des chaudières à gaz et des voitures à pétrole). Elle oublie un peu vite que Hollande - donc son propre camp - a fait ce qu'il pouvait pour favoriser le gaz :) (étiquette énergie "pro-gaz" dans le logement ; objectif de baisse du nucléaire).
Loin de moi l'idée qu'il s'agisse d'une préférence exprimée pour un camp plutôt qu'un autre. Il s'agit plutôt de souligner que l'impréparation à une situation qui n'était pourtant qu'une question de temps (un problème d'approvisionnement en combustibles fossiles qui allait potentiellement faire grimper les prix au plafond) est généralisée parmi les candidat(e)s. Peut-être qu'il est enfin temps que le personnel politique comprenne ce qu'est une limite physique, et tienne à la population un discours adulte en conséquence ?

View file

@ -0,0 +1,12 @@
---
date: '2022-03-13T11:12:59'
li-id: 6908731632669605888
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-gaz-une-arme-de-guerre-activity-6908731632669605888-yz5f
title: CHANGE_ME 352
---
Finalement les européens ne boycotteront pas le pétrole et le gaz russe à bref délai. Quand on sait l'importance de ce fournisseur dans ces deux approvisionnements, et quand on sait l'importance de l'énergie - donc du parc de machines - pour faire fonctionner le monde actuel, c'est l'inverse qui aurait été étonnant.
MyCO2 par Carbone 4 vous propose un petit panorama sur le gaz en France : d'où vient-il (sachant que par effet ricochet, si la Russie cessait de nous fournir la compétition sur le gaz norvégien n'en laisserait plus autant pour nous), à quoi sert-il, et comment s'en passer (ce qui est aussi l'objectif du PTEF) à quelles échéances.
Le "coup de semonce" actuel devrait utilement servir à mettre en route les grandes manoeuvres accélérées dans la décarbonation du chauffage. C'est un des usages où c'est essentiellement une affaire de volonté à confort presque constant. Il y a d'autres usages où ce sera moins simple.

View file

@ -0,0 +1,14 @@
---
date: '2022-03-12T15:27:35'
li-id: 6908433318703210496
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_environnement-ce-que-contient-le-dernier-activity-6908433318703210496-gBfs
title: CHANGE_ME 353
---
Cela ne compensera pas le silence assourdissant que les media ont eu sur le rapport du groupe 2 du GIEC, mais c'est toujours bon à prendre : les auditrices et auditeurs de RTL ont eu droit à 3 minutes sur la question dans la matinale d'aujourd'hui.
En 3 minutes il a fallu essayer de résumer au moins mal le message scientifique, ce qu'il faut en déduire sur l'urgence de l'action pour ce que l'on peut encore gérer, et le rôle des media dans la faiblesse de l'information sur la question.
Jusqu'au 31 décembre 2099 il y aura toujours plus urgent que 2100. Mais attendre que nous soyons sortis du "problème du moment" pour s'attaquer à la question du climat est garantir que ce sont les crises qui règleront le problème à notre place : à cause des diverses limites planétaires qui sont désormais partout autour d'une humanité à 8 milliards, consommant comme elle le fait maintenant, nous allons avoir de plus en plus de "surprises" pas sympathiques à l'avenir.
Il faut le dire encore et encore : les "plans de transition" doivent aussi pouvoir résister à des contextes très adverses (crises économiques, crises sociales, crises géopolitiques, crises environnementales...). Il ne faut pas compter sur la croissance verte pour s'attaquer aux problèmes... engendrés par la croissance pas verte.

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-11T07:11:23'
li-id: 6907946057062617088
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-shift-project-publie-son-nouveau-livre-activity-6907946057062617088-v5AY
title: CHANGE_ME 354
---
Après le Plan de Transformation de l'Economie Française (qui s'est offert le luxe d'être le livre le plus vendu par la FNAC la semaine du 18 au 25 février, au coude à coude avec... Le monde sans fin), The Shift Project propose aux personnes intéressées par la "résilience des territoires" (élus locaux - avec 36000 communes en France ca en fait quand même quelques centaines de milliers -, exécutifs locaux, ou toute personne voulant se plonger dans le sujet) sa nouvelle production : "Vers la Résilience des Territoires" (https://lnkd.in/e5G6DHAS. ).
Résilience, quesseça ? Il s'agit de conserver, ou de retrouver après un choc, ou une perturbation adverse forte, une organisation locale qui fonctionne.
Nous devons désormais faire face à un changement climatique dont certaines conséquences vont aller croissant à l'échelle du siècle ou plus quoi que nous fassions, à cause de l'inertie du système socioéconomique mondial, et à cause des effets de seuil dans le monde qui nous entoure.
Nous devons aussi faire face à la déplétion des combustibles fossiles qui ont fait la société industrielle et mondialisée, l'émergence des classes moyennes et l'aménagement du territoire (tout le monde en ville ou presque), la structure des emplois etc (voir https://lnkd.in/dtHn5pbD pour la description du processus en images). L'actualité nous offre l'occasion de rappeler que rien n'est prêt pour faire face à cette déplétion, qui est non seulement possible mais certaine en tendance.
Dans ce contexte, comment réorganiser la vie locale ? Comment organiser l'approvisionnement alimentaire si moins de choses poussent ici et que moins de pétrole est disponible pour les faire venir de là ? Comment organiser les transports si moins de voitures sont disponibles pour des gens habitant en zone "distendue" où les transports en commun fortement maillés sont inenvisageables ?
Comment assurer l'emploi si la mondialisation diminue et que les entreprises ne peuvent plus compter sur les mêmes chaines de valeur, qui ont aujourd'hui toutes des racines à l'autre bout de la planète, ne serait-ce que pour les métaux ou le pétrole ? Comment faire évoluer l'habitat ?
Et surtout comment, pour des exécutifs locaux très démunis face à cette nécessité de voir les choses totalement différemment, où l'économie d'aujourd'hui est le plus mauvais guide qui soit pour préparer demain, intégrer les connaissances et compétences permettant de s'attaquer à ce défi ?
Fortement illustré, et comprenant de nombreux exemples et témoignages, ce guide est destiné aux élus que les acteurs territoriaux désireux dœuvrer dès aujourdhui à la résilience de leur territoire.

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-10T06:56:20'
li-id: 6907579881631424512
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_p%C3%A9nuries-agricoles-inflation-ins%C3%A9curit%C3%A9-activity-6907579881631424512-XQvI
title: CHANGE_ME 355
---
Il n'y a pas que dans le domaine des énergies fossiles que la guerre en Ukraine va avoir des répercussions planétaires : cela pourrait également se voir en ce qui concerne le commerce mondial de certaines denrées agricoles, notamment le blé (Ukraine et Russie combinent un tiers des exportations et quasiment tout transite par les ports de la Mer Noire ou de la Mer d'Azov), le maïs (Ukraine et Russie fournissent 20% du marché mondial, et c'est surtout l'Ukraine), et enfin le tournesol (l'Ukraine est le premier exportateur mondial avec la moitié à elle seule, et avec la Russie c'est 70% des exportations).
Ce risque sur les exportations de ces denrées agricoles survient dans un contexte de sécheresse frappant le pourtour de la Méditerranée (très cohérente avec les effets attendus du réchauffement climatique). Les pays du Sud de l'Europe sont en situation anormalement sèche pour une fin d'hiver (https://lnkd.in/dXseY92w ) et le Maroc est même en train de faire face à une sécheresse exceptionnelle (https://lnkd.in/daamQ82P). Dans les deux cas de figure les réservoirs pour l'irrigation sont en plus sous leur niveau normal de remplissage à cette époque.
Cet article de The Conversation explique que cela va engendrer une inflation significative des prix agricoles, qui sont déjà remontés à leur record atteint en 1974, au moment du premier choc pétrolier.
Cela va à l'évidence provoquer du remue ménage au sein des pays fortement importateurs de denrées agricoles et qui n'ont pas de recettes à l'exportation pouvant contrebalancer. Certains sont ceux qui ont fait l'objet d'émeutes au moment du Printemps Arabe (https://lnkd.in/gaY7nrE ).
Problème sur la disponibilité en énergie en même temps que conséquences du changement climatique : voici un cocktail que nous aurons hélas de plus en plus souvent au 21è siècle. Il faut un plan !

View file

@ -0,0 +1,18 @@
---
date: '2022-03-09T07:23:39'
li-id: 6907224369362567168
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_d%C3%A9cret-sur-la-neutralit%C3%A9-carbone-des-produits-activity-6907224369362567168-Eu18
title: CHANGE_ME 356
---
Un plein à la pompe neutre en carbone ? Un vol en avion neutre en carbone ? Une centrale électrique au charbon neutre en carbone ? Tout cela est désormais possible en France, avec la bénédiction du législateur.
Quelques jours à peine après la sortie du dernier rapport du GIEC, et alors que l'actualité nous rappelle avec force que la dépendance aux énergies fossiles est porteuse de risques indépendamment du climat, le gouvernement français vient de préciser, dans un décret, les modalités d'application, en matière d'allégations de neutralité, de l'article de la loi climat et résilience de juillet dernier.
Dans la version initiale du projet de loi, il était juste interdit de parler de "neutralité" d'un produit ou d'une entreprise, ce qui était la conséquence logique d'une observation des faits : alléguer qu'un produit ou service a été élaboré sans émissions, ou en utilisant un "balai spécial" qui aurait fait disparaître ces émissions comme si elles n'avaient pas eu lieu, est en fait une affirmation invalide (https://lnkd.in/dGTt6Zs ).
Mais, par le jeu des amendements déposés par les parlementaires (qui sont eux-mêmes sollicités par des porteurs d'intérêt, ce qui est le jeu normal de la démocratie), il est devenu possibledans l'article final de revendiquer la neutralité d'un produit "sous certaines conditions", précisées par décret.
Ce qu'explique cet article de Carbone 4, c'est que le décret tout juste pris rend les conditions en question très faciles à satisfaire, et vont donc permettre à qui le veut - y compris un exploitant de centrales à charbon ou un vendeur de carburants - de revendiquer la neutralité de son produit ou service.
Comme le dit cet article en conclusion, nous venons en pratique de permettre "lémergence dun monde à +4°C peuplé de produits et services neutres”. L'étape suivante sera-t-elle l'ouverture en France d'une ESG - "école supérieure du greenwashing" - pour apprendre à bien mettre ces dispositions en oeuvre ?

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-08T15:57:09'
li-id: 6906991209211162625
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climate-crisis-amazon-rainforest-tipping-activity-6906991209211162625-NJkW
title: CHANGE_ME 357
---
Un article paru dans The Guardian synthétise un article scientifique lui-même paru (hier) dans Nature Climate Change (https://lnkd.in/eK9avcK7 ) et qui porte sur l'évolution récente de la forêt amazonienne.
Les résultats ne sont guère rassurants (what else...) : la remise en état de la forêt après des sécheresses ou des incendies - eux-mêmes de plus en plus fréquents - est de plus en plus difficile.
Les chercheurs se demandent si la forêt n'est pas en train d'approcher d'un point de bascule, qui la verrait alors irrémédiablement se transformer pour une large part en forêt sèche ou en savane. Il en résulterait alors une perte massive de biodiversité, mais aussi de carbone, avec en retour une accélération du réchauffement - et de ses conséquences - partout ailleurs sur la planète.
Comme augmenter le thermostat planétaire un grand coup en très peu de temps (un siècle c'est très très court à l'échelle des temps géologiques) est une expérience inédite, sans précédent auquel se référer, la seule chose de certaine en pareil cas est qu'il y aura une partie de "grand saut dans l'inconnu".
En pratique, cela signifie que pour certains processus la compréhension de ce qui va se passer de manière fine arrivera beaucoup trop tard pour que l'on puisse alors y changer quoi que ce soit. Et il est illusoire d'attendre que tous nos problèmes de court terme soient réglés pour commencer à nous attaquer en grand au changement climatique : cette situation n'arrivera hélas jamais.

View file

@ -0,0 +1,16 @@
---
date: '2022-03-08T07:20:00'
li-id: 6906861062030041088
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-prix-de-l%C3%A9lectricit%C3%A9-atteindra-850-euros-activity-6906861062030041088-1ECf
title: CHANGE_ME 358
---
Le prix de l'électricité atteindra 850 euros le MWh à 19h ce soir en Grande Bretagne (données issues de https://lnkd.in/dfxe6pfH ). A cette heure là, ce pays ne sera pas une exception : toute l'Europe sera à plus de 700 euros du MWh (70 centimes le kWh alors que le prix moyen pour "la fourniture" sur la facture d'un particulier est plutôt de 5 ou 6 centimes le kWh actuellement).
Ce prix très élevé de l'électricité sur le marché dit spot (quand on achète tout de suite un MWh dont on a besoin tout de suite) est "tiré" par le prix très élevé du gaz (qui approche les 300 euros par MWh en Europe).
Aucune simulation économique effectuée sur l'avenir de notre système n'a testé de prix s'aventurant dans ces eaux là. Dans un système qui serait resté encadré, les prix du gaz et de l'électricité ne se seraient du reste jamais aventurés dans ces eaux là, puisque le prix pour le consommateur serait la moyenne des couts (qui augmente beaucoup moins vite), et non le cout marginal.
Cet épisode démontre une chose : les prix passés ne sont pas prédictifs des prix futurs, ni même, parfois, de l'ordre de grandeur des prix futurs (alors que de très nombreuses "prévisions" économiques raisonnent avec ce présupposé). Dans un monde incertain et volatil (et le monde va devenir, hélas, de plus en plus incertain et volatil), les "prix de marché" vont devenir de moins en moins prévisibles.
Nous allons donc de plus en plus souvent être confrontés à l'arbitrage suivant : moins de "marché" (et donc moins de liberté individuelle) et plus de sécurité collective (amenée par un peu plus de prévisibilité), ou l'inverse.

View file

@ -0,0 +1,30 @@
---
date: '2022-03-07T08:17:32'
li-id: 6906513151257317376
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_engie-sans-gaz-russe-nous-entrerions-activity-6906513151257317376-abT3
title: CHANGE_ME 359
---
Dans une interview aux Echos, la directrice générale d'Engie explique que, dès l'hiver prochain, sans gaz russe il faudrait :
- rationner le gaz
- réglementer les prix (donc transitoirement "supprimer le marché").
On ne saurait mieux le dire : la "libéralisation" appliquée à l'énergie en Europe n'a pas fonctionné pour s'organiser en fonction du gros temps à venir, qui était absolument certain.
La guerre en Ukraine n'était pas prévisible dira-t-on. La guerre, certes non. Mais "un événement" qui allait rendre l'approvisionnement en gaz et/ou en pétrole compliqué, ça oui. Dès lors que les gisements de pétrole et de gaz sont épuisables, vient nécessairement un moment où... il y en a moins. La baisse subie des combustibles fossiles était déjà un fait en Europe avant cette guerre, alors que nous n'avons toujours pas pris le taureau par les cornes.
En 1973, ce n'est pas la guerre du Kippour qui a fait chuter la production de pétrole (voir cette analyse de Michel Lepetit parue dans Le Monde : https://lnkd.in/eZa7SfKu ), ou plus exactement qui a fait passer le monde d'une production de pétrole augmentant de 8% par an à une production augmentant d'un petit % par an. C'est la physique : la production ne pouvait juste pas continuer à augmenter au même rythme.
De même, la guerre en Ukraine ne fait qu'amplifier une fragilité sous-jacente de l'Europe : celle de l'absence de plan cohérent pour réellement sortir des combustibles fossiles.
La directrice générale d'Engie affirme que "Mon espoir est que, dans ce nouveau monde, la société regardera les énergies renouvelables différemment. Elles représentent une source, certes intermittente, mais quasi infinie, implantée chez nous, compétitive, et qui nous permet de ne dépendre de personne".
Bien sur que nous allons devoir développer certaines ENR. Pour autant :
- éolien et solaire sont "infinis" mais les métaux pour la collecter, non (et il en faut beaucoup plus qu'avec les fossiles)
- "dépendre de personne" est inexact : l'Europe n'a pas de mine significative sur son sol,
- "une source certes intermittente" signifie que, sans stockage massif (pas du tout évident qu'on y arrive), l'électricité n'est plus disponible à la demande (ce matin, sans fossiles, il y en aurait peu : https://lnkd.in/eKmfFCM6 )
- "compétitive" si on se limite au cout de production, mais... RTE a rappelé récemment que ce n'est pas légitime et qu'il faut regarder le cout de l'ensemble du système.
Engie pousse aussi le "gaz vert". C'est une bonne idée... mais pour en faire du carburant pour la mécanisation agricole (et progressivement supprimer le gaz dans le chauffage).
Engie écarte enfin la prolongation des centrales nucléaires belges. A court terme, avec la baisse de la demande partout où c'est possible (transports, chauffage) c'est pourtant la chose la plus utile à faire.

View file

@ -0,0 +1,22 @@
---
date: '2022-03-06T10:26:09'
li-id: 6906183132031053824
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_guerre-en-ukraine-peut-on-se-passer-du-activity-6906183132031053824-SODc
title: CHANGE_ME 360
---
Depuis le début du conflit en Ukraine, des appels au "boycott du gaz russe" ont commencé à apparaître ici ou là.
Dans ma chronique d'hier sur RTL, il a été question (une fois de plus, mais 3 minutes seulement, et probablement pour une audience qui n'est pas uniquement celle de ce réseau social :) ) de l'importance de la Russie dans la consommation européenne de pétrole, gaz et charbon.
Cela m'a donné l'occasion de faire un petit calcul d'ordre de grandeur : le gaz importé de Russie représente (en Europe) 3 fois la consommation française. Si l'Union devait s'en passer, comme le GNL ne peut que doubler à bref délai, et que l'Algérie et la Mer du Nord sont en déclin, la moitié des importations russes serait remplacée par... rien, soit environ 15% de la consommation européenne.
Je ne connais pas les proportions pour l'Europe dans son ensemble, mais en France plus de la moitié du gaz (importé en totalité) sert au chauffage des bâtiments. 15% du gaz en moins, s'il était imputé uniquement sur le chauffage, conduirait à 30% de surfaces chauffées en moins, ou... à 4 à 5°C de baisse du thermostat partout (on a coutume de dire que 1°C de baisse c'est 7% de consommation en moins).
Pour ne plus être dans cette situation de dépendance, une seule solution à terme : se passer de gaz presque partout. Dans le chauffage, cela veut dire isolation et pompes à chaleur ou, avec beaucoup de limites, bois.
Se passer de gaz dans le chauffage, c'est du reste exactement l'angle choisi dans le Plan de Transformation de l'Economie Française du Shift Project. En conséquence, nous proposons de supprimer progressivement le réseau de gaz presque partout (puisqu'il n'y a plus de gaz dans le chauffage !).
Cet objectif n'est pas si révolutionnaire qu'on le pense : en Suède, par exemple, il n'y a jamais eu de gaz dans le chauffage, et donc il n'y a jamais eu de réseau de gaz significatif (voir carte sur https://lnkd.in/e6H-QsAM par exemple).
Mais, bien évidemment, la mise en oeuvre d'un tel plan demande quelques décennies et non quelques jours. A très court terme, donc, se passer du gaz russe c'est se passer d'une partie du thermostat. Et pour l'Allemagne, qui dépend bien plus du gaz russe que la France (environ la moitié de sa consommation en 2020), ca serait même probablement se passer d'une partie de son électricité.

View file

@ -0,0 +1,14 @@
---
date: '2022-03-05T10:51:52'
li-id: 6905827217654263808
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-r%C3%A9sum%C3%A9-technique-du-dernier-rapport-activity-6905827217654263808--2KL
title: CHANGE_ME 361
---
Le "résumé technique" du dernier rapport du GIEC comporte le graphique ci-dessous qui concerne les pertes de biodiversité, comparées à la période pré-industrielle, qui pourraient découler du changement climatique.
Le graphique de gauche concerne la fraction de la biodiversité exposée à des conditions climatiques dangereuses en fonction de l'élévation de température globale. Celui de droite concerne la perte de biodiversité pour les espèces terrestres en fonction de l'élévation de température.
On voit que ces pertes augmentent de manière non linéaire avec l'augmentation de température. On voit aussi que l'océan tropical est le lieu le plus rapidement affecté (notamment à cause de la fragilité des coraux) et que, sur les terres émergées, la forêt amazonienne est aussi particulièrement à risque.
Bien évidemment ce sont des projections uniquement dues au changement climatique. La pression humaine locale (pollution, déforestation, prédation) ou les espèces invasives ne sont pas prises en compte. Ces cartes sont donc malheureusement une borne inférieure - comme avec beaucoup de "risques climatiques" - de ce qui est en jeu.

View file

@ -0,0 +1,20 @@
---
date: '2022-03-04T15:42:56'
li-id: 6905538079935803392
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_emmanuel-macron-officiellement-candidat-%C3%A0-activity-6905538079935803392-Mt4W
title: CHANGE_ME 362
---
Après le président-président, c'est au tour du candidat-président de s'exprimer, au travers d'un texte reproduit par toute la presse. Sur la partie énergie-climat, la phrase de la déclaration de candidature est
"il nous faudra aussi continuer dinvestir dans notre innovation et notre recherche afin de placer la France en tête dans les secteurs qui, comme les énergies renouvelables, le nucléaire, les batteries, lagriculture, le numérique, ou le spatial feront le futur et nous permettront de devenir une grande Nation écologique, celle qui la première sera sortie de la dépendance au gaz, au pétrole et au charbon."
Quelques rapides commentaires :
- dans le plan de transformation de l'économie française, le 1er chapitre se termine ainsi : "La sortie des énergies fossiles est inexorable (...). La première nation qui ouvrira le passage marquera l'Histoire. (...) Nous pouvons réussir, grâce à ce qui a fait la grandeur de ce pays : la raison et l'audace.". Si l'on s'en tient aux mots, on pourrait y voir un petit air de ressemblance :)
- mais... "sortir de la dépendance au gaz, au pétrole et au charbon" n'est pas qu'une affaire de technique. En fait ce n'est même que marginalement une affaire de technique. C'est une affaire de sobriété (donc de valeurs et de règles) et de cohérence. Réduire le problème à sa dimension technique est le réduire à sa dimension la plus facile à gérer. Comment organiser la sobriété, ce que la baisse rapide des importations d'hydrocarbures russes nous forcerait à faire si elle survient ? Ce serait par la force des choses le sujet central de son mandat s'il rempile. Mieux vaudrait s'y intéresser et en parler...
- le mot "climat" est aussi absent que du discours de Mercredi soir (du reste aucune limite planétaire n'est présente dans ce discours). Alors que le nouveau rapport du GIEC tout juste sorti laisse entrevoir des conséquences en face desquelles celles de la guerre en Ukraine s(er)ont du 2è ordre (sauf à ce que nous ayons une guerre nucléaire totale, OK) cette absence se verra "gros comme le nez au milieu de la figure" pour les personnes qui ont un peu compris le sujet. Espérons que la presse vienne un peu le chercher sur ce sujet (on peut toujours rêver !)
Au début de cette lettre on trouve la phrase "rarement, la France avait été confrontée à une telle accumulation de crises". Malheureusement, s'il rempile, les crises, il a intérêt à aimer cela, parce qu'il n'est pas sur que nous soyons au bout de nos surprises.

View file

@ -0,0 +1,18 @@
---
date: '2022-03-04T07:36:10'
li-id: 6905415579436425216
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_la-russie-est-en-train-de-faire-des-choses-activity-6905415579436425216-2bJ0
title: CHANGE_ME 363
---
La Russie est en train de faire des choses que l'Europe réprouve. Nous réalisons alors que d'être aussi dépendants de ce pays pour notre consommation de pétrole (un tiers des importations européennes viennent de Russie, et 75% du pétrole européen est importé - 96% pour l'Union) et de gaz (un tiers du gaz utilisé en Europe est russe) ne nous facilite pas la vie pour tenir tête à Poutine.
Qu'à cela ne tienne : nous allons nous passer du gaz russe. Est-ce possible ? Oui... à condition de nous passer d'une partie du gaz tout court. La société Rystad Energy (fournissant des bases de données sur le pétrole et le gaz) a livré l'analyse reprise dans le graphique en commentaire, qui montre que "ca passe" pour la moitié du gaz que nous livre la Russie, mais qu'il va falloir se passer de l'équivalent de la consommation française. Et, en pareil cas, personne ne sait à quel prix le gaz disponible le sera. Il est peu probable que les autres fournisseurs nous fassent des cadeaux.
Par ailleurs ce "plan" suppose d'augmenter l'électricité au charbon. Autant pour le CO2... et pourtant cela ne va pas totalement résoudre nos problèmes en ce qui concerne la dépendance à la Russie.
En effet, la moitié du charbon utilisé en Europe est importé, et la moitié de nos importations viennent... de Russie ! Le graphique ci-dessous, effectué avec des données BP Statistical Review, montre en effet qu'en 2020 c'était, et de loin, la Russie qui était le premier fournisseur d'Europe pour ce combustible solide. L'Allemagne n'y fait pas exception : elle dispose d'importantes réserves de lignite, ce "mauvais charbon" qui s'exploite dans des mines à ciel ouvert avec des excavatrices géantes, mais ne dispose plus de houille, qui est importée... pour une large part de Russie.
Qu'à cela ne tienne, dit le nouveau ministre (Vert) de l'économie, on va changer d'avis sur le nucléaire. Même si ce "revirement" est bienvenu, changer d'avis sur le nucléaire est, à court terme, aussi efficace que de décider de se tricoter un parachute si on a sauté de l'avion sans en avoir un, en emportant juste une pelote de laine.
Si la vie doit être difficile pour quelques années (voire plus) pour les pays qui ont décidé de s'appuyer sur la génération électrique au gaz, voire au charbon, il va falloir boire le calice jusqu'à la lie. C'est tout le charme des systèmes énergétiques : ils ne se reconfigurent pas toujours en une année, au fil des aléas qui surviennent. Il en sera de même pour le climat, sujet qui n'a pas été évoqué - même une seconde - dans le discours d'Emmanuel Macron prononcé Mercredi soir, alors même que le dernier rapport du GIEC, annonçant pire que la guerre en Ukraine, venait de sortir.

View file

@ -0,0 +1,24 @@
---
date: '2022-03-02T20:43:29'
li-id: 6904888937752387584
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climat-le-plan-de-transformation-de-l%C3%A9conomie-activity-6904888937752387584-5E7z
title: CHANGE_ME 364
---
Dans son allocution aux français(es) effectuée ce soir, Emmanuel Macron a demandé au premier ministre, dans un contexte d'inflation énergétique renforcée par les événements en Ukraine, de "préparer un plan de résilience économique et sociale" pour répondre à la situation (à 10' dans la vidéo : https://lnkd.in/e7yp9g_p ). Le président a aussi indiqué qu'il fallait "augmenter l'indépendance du pays" afin de mieux maîtriser notre destin énergétique.
Vous savez quoi ? Ce cahier des charges est exactement celui du plan de transformation de l'économie française : https://lnkd.in/esiqHkbf
Notre pays utilise 4 fois plus de gaz que d'électricité pour le chauffage des bâtiments. 15% du pétrole est aussi utilisé pour le chauffage. Gaz et pétrole sont importés en totalité dans notre pays (et la Russie fournit un tiers du pétrole et du gaz communautaires en ordre de grandeur). Quelle meilleure occasion que les événements actuels pour décider de remplacer en 30 ans pétrole et gaz importés par de l'isolation et des pompes à chaleur ?
Nous souhaitons une agriculture moins consommatrice d'engrais azotés et plus riche en emplois. Les engrais azotés sont faits avec du gaz et la moitié des engrais azotés est importée.
Nous souhaitons une économie plus sobre en matériaux de base (acier, plastique et ciment). L'acier est aujourd'hui fait avec du charbon importé (en l'espèce plus souvent d'Australie que de Russie mais il est importé quand même !), le plastique avec du pétrole et du gaz importés, et le ciment avec des combustibles souvent importés.
Nous souhaitons des transports plus sobres. Les transports fonctionnent essentiellement au pétrole... importé.
Et il se trouve que ce plan répondrait aussi à une "petite" actualité du moment : la publication par le GIEC du rapport du groupe 2, qui explique que le rouleau compresseur du changement climatique est en marche.
A l'évidence, la population acceptera beaucoup mieux les décisions courageuses à prendre pour le climat si elles sont aussi les décisions à prendre pour diminuer rapidement notre dépendance à des ressources largement importées de Russie. De fait, c'est pour partie notre argent qui finance l'armée russe actuellement...
A quelque chose malheur est bon, l'occasion est probablement inespérée pour enclencher un tel plan de décarbonation accélérée. Alors, M. Le président, chiche ?

View file

@ -0,0 +1,34 @@
---
date: '2022-03-01T06:46:38'
li-id: 6904315948187078656
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_coinc%C3%A9-entre-un-char-russe-et-un-sondage-activity-6904315948187078656-rU0G
title: CHANGE_ME 365
---
Coincé entre un char russe et un sondage électoral, le rapport du groupe 2 du GIEC sur les conséquences (déjà observables, et, beaucoup plus important, à venir) de la dérive climatique est sorti hier : https://lnkd.in/eA84Bxzq
Rappelons que le GIEC a pour mandat de faire état de ce qui a été publié dans la littérature à comité de lecture et rien d'autre. Il est subdivisé en 3 groupes qui portent sur :
- les mécanismes physiques, chimiques et biologiques du changement climatique induit par les activités humaines (groupe 1)
- les conséquences de ce changement climatique (groupe 2)
- les marges de manoeuvre (groupe 3).
Le groupe 2 du GIEC vient de mettre à la disposition du public trois documents :
- un rapport complet, de 3675 pages. C'est ce document qui, formellement, s'appelle "le rapport du groupe 2 du GIEC"
- un résumé technique (96 pages)
- un résumé pour décideurs (36 pages). C'est ce dernier document que la presse va généralement appeler à tort "le rapport du GIEC".
Ce serait évidemment une gageure de prétendre résumer ici un document de 36 pages en 2000 caractères, surtout que chaque graphique d'un rapport du GIEC condense en général tellement d'information qu'il demande facilement 10 minutes d'explication à l'oral.
Puisqu'il faut bien en choisir un, j'ai reproduit ci-dessous un "résumé graphique" d'une partie des impacts déjà observés. Plus le cercle est sombre plus le degré de confiance dans l'attribution de ce qui a été observé au changement climatique est élevé. Le signe donne le sens de l'impact (négatif = pas bon ; ± = mitigé).
Un simple coup d'oeil montre que le changement climatique est déjà une cause avérée d'impacts négatifs, dont l'augmentation des maladies infectieuses, migrations, dommages aux infrastructures ou de dégradation de la santé mentale.
Mais en face, nous avons encore du pétrole et d'autres énergies à profusion. Cela explique par exemple que le GIEC dise que le changement climatique a "juste" ralenti la hausse de la productivité agricole. L'éneegie a tellement augmenté cette dernière que pour le moment la situation est globalement gérable (localement pas toujours).
Dans le même esprit, les dommages aux infrastructures sont vite réparés, grâce aux cimenteries, aciéries, camions et tractopelles, donc encore l'énergie.
Et plus tard ? Les conséquences adverses du changement climatique vont augmenter bien plus rapidement que la température. Certaines vont même augmenter longtemps après arrêt des émissions. Dans le même temps, l'approvisionnement énergétique - conditionnant notre capacité d'adaptation - va finir par baisser partout.
Ce dernier point n'est pas évoqué dans le résumé pour décideurs (je n'ai pas regardé pour les autres documents), tout simplement parce qu'il n'est pas évoqué dans la littérature académique.
Cela signifie que les conséquences évoquées dans ce rapport sont très certainement un minorant de ce que nous risquons, et que nous n'avons pas fini d'avoir des (mauvaises) surprises.