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Matthieu Bessat 2023-02-19 11:56:01 +01:00
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date: '2022-10-31T11:16:38'
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title: CHANGE_ME 103
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Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! Après avoir abondamment subventionné carburants et gaz (importés en quasi-totalité puisque la France ne produit aucun gaz et 1% de son pétrole), voici que notre ministre de l'économie déclare sur BFM... que ce n'est pas une bonne idée.
De fait, cela fait très longtemps que nous savons que de subventionner les combustibles fossiles a quelques petits inconvénients :
- cela vide les caisses de l'Etat, qui du coup ne peuvent pas être vidées une deuxième fois pour financer ce qui permettrait précisément de nous décarboner (voir https://lnkd.in/esiqHkbf )
- cela maintient la dépendance à ces combustibles alors qu'il faut s'en passer
- cela apauvrit le pays, en transférant massivement de l'argent depuis la France vers les fournisseurs de pétrole et de gaz.
Question : pourquoi, alors, le faisons nous ? On pourrait y rajouter une autre question : pourquoi les gilets jaunes apparaissent quand le prix augmente par la fiscalité (avec l'argent qui reste en France), et non quand le prix de marché augmente (avec l'argent qui quitte le pays) ?
Tentons quelques explications :
- La promesse politique est faite sans crise. Du coup il n'y a pas de plan B prêt pour... lesdites crises, pourtant prévisibles pour partie, plan B que l'on aurait pensé et communiqué à la population à l'avance (le dispositif Ecowatt est un exemple, et il est possible de généraliser cela à toutes les énergies)
- les modifications structurelles défavorables sont vues comme des crises transitoires. Du coup on enclenche un dispositif de soutien en se persuadant qu'il sera bref... donc indolore.
- au moment où le prix de marché augmente de manière "imprévue" (si le marché était prévisible, ca se saurait :) ), le pouvoir d'achat baisse. Or en démocratie le court terme prime. L'arbitrage se fait donc de manière quasi-automatique en faveur de la subvention (qui règle le court terme) et au détriment du reste (qui porte sur des horizons de temps plus longs), et la couleur politique n'y change pas grand chose. LFI comme le RN et LR étaient favorables à une subvention sur le prix des carburants lors de la dernière campagne présidentielle.
Pour en sortir, il faut accepter que de toute façon l'abondance pétrolière va diminuer (et donc aller aux formations où cela est expliqué :) ), apprendre ensuite à faire la pédagogie du problème, et enfin discuter de manière adulte avec une population qui peut très bien comprendre que de s'organiser autrement sera impératif.
Ceci rejoint la réponse à la question de la différence de réaction à la taxe et la hausse de prix de marché : dans le premier cas l'argent va à une puissance publique à qui nous ne faisons pas confiance, alors que dans le 2ème nous sommes dans la fatalité que nous acceptons. Peut-être que de mettre un peu plus de fatalité pertinente (et un peu moins de promesses intenables) dans le discours de la puisance publique aiderait à avancer...

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date: '2022-10-30T10:13:39'
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title: CHANGE_ME 104
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Les uns l'évoquent comme un composant majeur de la décarbonation, d'autres sont beaucoup plus sceptiques sur sa capacité à changer massivement la donne dans les décennies qui viennent. De quoi s'agit-il ? Du plus petit élément du monde qui nous entoure : l'hydrogène.
Quoi qu'étant l'élément le plus abondant de l'univers et de loin, l'hydrogène n'existe pas à l'état natif (c'est à dire sous forme de molécule H2 "prête à l'emploi" que l'on pourrait trouver dans l'environnement) sur Terre, à l'exception de quelques flux (marginaux) provenant du sous-sol.
Pour disposer d'hydrogène "pur", il faut donc... de l'énergie, qui va servir à dissocier l'hydrogène des autres atomes auxquels il est généralement associé dans des molécules courantes. On peut ainsi le séparer de l'oxygène dans la molécule d'eau - H2O - par électrolyse, ou le séparer du carbone dans les hydrocarbures - de formule générale CnHp - par un procédé qui s'appelle le vaporeformage, et qui consiste à chauffer très fort un mélange d'hydrocarbures et de vapeur d'eau pour obtenir de l'hydrogène et du CO2.
Selon l'énergie utilisée pour opérer cette dissociation (de la chaleur pour le vaporeformage ou de l'électricité pour l'électrolyse), et selon l'usage final de cet hydrogène, l'affaire est potentiellement intéressante - ou pas - pour contribuer de manière significative "un jour" à la décarbonation d'une partie de nos flux physiques actuels (de transport, de production, etc), ou pas.
En 57 pages, Carbone 4 vous propose un panorama des modes actuels et futurs possibles de production de l'hydrogène, des usages actuels et futurs possibles, des contenus carbone actuels et futurs possibles des couples (production, usage), et cela permet de hiérarchiser les usages par ordre de pertinence (à savoir à la fois les plus accessibles techniquement - donc physiquement - et évitant le plus de CO2) pour cet hydrogène décarboné quand ce dernier sera disponible.
La publication fournit évidemment le contenu carbone de l'hydrogène s'il est produit avec de l'électricité toujours carbonée, et à ce moment il n'est pas difficile de constater que cela ne résout pas du tout nos problèmes. Dire "hydrogène" ne suffit donc pas.
Ce sont les usages "fixes" qui doivent bénéficer des premières molécules d'hydrogène décarboné, à savoir la production d'engrais, de méthanol et d'acier. Dans les transports terrestres l'hydrogène produit par électrolyse est pénalisé par un rendement global deux fois moindre que l'usage direct de l'électricité, et par une logistique complexe (qui n'est pas nécessaire pour les usages fixes).
La conclusion que l'on est tenté d'en tirer est donc que la puissance publique devrait flécher les premiers milliards injectés dans la filière hydrogène décarboné vers ces usages fixes et exclusivement ceux-ci. Incidemment c'est aussi la préconisation du Shift Project dans le Plan de Transformation de l'Economie Française. Toujours cette satanée physique !

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date: '2022-10-29T14:09:47'
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title: CHANGE_ME 105
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Où causer de politique publique concernant l'énergie et le climat ? Une première bonne réponse serait de dire partout où l'on peut, puisque, dès que nous sommes majeurs, nous avons tous le droit de vote. Mais une deuxième manière de voir la chose est de dire que c'est particulièrement indiqué dans une revue qui s'adresse à des parlementaires, puisque ces derniers ont précisément comme métier de décider de ce que doit faire la piussance publique.
Dont acte : en juillet, la revue l'Hémicycle, qui comme son nom l'indique a vocation à s'adresser avant tout au monde des élus, est venu me proposer une interview. Sans grande surprise, il y est donc surtout question... de politique : planification, formation des élus et fonctionnaires, pertinence de la politique publique, etc.
Cette interview est publiée alors qu'un sondage supplémentaire suggère que les Européens "en voudraient plus" en matière d'action contre le réchauffement climatique : https://lnkd.in/etKph3B8 Alors, qu'attendent ceux qui entendent nous représenter pour passer aux actes ?
Sauf que... "en vouloir plus" est justement là où les difficultés commencent, parce que la probabilité que tous les gens inquiets soient par ailleurs d'accord sur ce qu'il faut faire, dans quel ordre, et avec quelles contreparties, reste une question non investiguée, faute de sondages qui "entrent dans le dur".
Dans celui publié par La Fondation Jean Jaurès qui fonde la conclusion de l'article de France Info (https://lnkd.in/ebfheEFk ), il manque des questions qui permettraient d'en avoir le coeur net en abordant des arbitrages pas simples, comme par exemple :
- êtes vous toujours d'accord pour que l'on en fasse plus pour le climat si cela signifie perdre du pouvoir d'achat à court terme ?
- êtes vous toujours d'accord pour agir si cela signifie que le nucléaire est plus pertinent que les ENR à terme ?
- êtes vous toujours d'accord pour que l'on en fasse plus si cela signifie que certains métiers vont fortement diminuer ?
- etc.
Ca ne veut pas dire qu'il faut uniquement désespérer Billancourt, mais il ne faut pas non plus en rester à des questions bisounours comme "pensez vous qu'il faille accélérer dans les ENR ?". Savoir qui est prêt à quel effort et avec quelles contreparties aiderait beaucoup pour réfléchir à des plans qui aient une chance de se réaliser. Pour le moment nous naviguons pour partie à l'aveugle.
La maturité n'est peut-être pas encore là du côté politique, mais il reste difficile de savoir à quel point elle est déjà là pour une large majorité de la population (et alors il y a juste un problème de représentativité), ou bien si nous - les électeurs - restons aussi parfaitement incohérents, et nos élus n'en sont alors que le reflet parfaitement logique.

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date: '2022-10-27T09:17:55'
li-id: 6991327111152074752
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title: CHANGE_ME 106
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Un ancien ministre de l'industrie avait un jour dit que "le nucléaire civil c'est 5% des problèmes mais 95% des discussions". Nous voici donc repartis pour un débat public de plus sur le nucléaire, alors même que les opposants à l'atome civil, en France, se plaignent assez souvent du "manque de débats et de démocratie" :).
De fait, notre pays n'a jamais fait de "débat public" limité au gaz (pourtant l'actualité le justifierait !) ou au pétrole. On peut inclure dans cette réflexion les missions d'information et commissions d'enquête du Parlement, qui, là aussi, n'ont quasiment jamais existé limitées au pétrole, au charbon ou au gaz (alors qu'une commission d'enquête sur les possibilités futures d'approvisionnement en pétrole sous contrainte géologique serait plus que pertinente) mais ont été très nombreuses sur le nucléaire.
Qu'espérer de celui qui démarre ? La seule chose qui n'en sortira pas, malheureusement, sera une meilleure information technique pour l'essentiel de la population française. Cela ne dépend pas tant de la qualité des dossiers présentés par les participants à ces débats organisés par la Commission Nationale du Débat Public - ils représentent une infime partie de la population française - ou de l'organisation de ces lieux d'échange que de la manière dont les media et les réseaux sociaux vulgarisent des notions complexes auprès du grand public.
Grand public pour lequel l'adhésion ou pas au nucléaire dépend avant tout d'un paramètre : le prix ! Le regain récent d'intérêt pour l'atome dans un certain nombre de pays n'a pas beaucoup d'autres déterminants que l'explosion du prix du gaz, et surement pas celui du climat, qui est un contributeur "lent" au changement d'opinion (alors que le prix est un contributeur "rapide").
Mais voilà : construire un réacteur ne se fait pas en une semaine. Pour toute énergie, entre l'envie d'en disposer et le fait d'en avoir en quantité significative il s'écoule des décennies. La période à venir va donc être celle de toutes les frustrations pour tous les pays qui "comptent" sur plus de cette énergie :
- la Suède (https://bit.ly/3W7VNeL ).
- les Pays Bas (https://bit.ly/3TKam6Q )
- la Pologne (https://bit.ly/3Fg87DY ) et plus largement en Europe de l'Est
- le Japon (https://bit.ly/3D4B0QM )
- sans parler de la Belgique et en Allemagne qui remettent à plus tard la fermeture des réacteurs existants.
En France, alors même que l'essentiel de la population serait favorable à la construction de nouveaux réacteurs (https://bit.ly/3DfLNYk ), ces derniers ne peuvent sortir rapidement de terre pour remplacer un gaz et un pétrole devenus moins disponibles.
Il y a au moins un sujet sur lequel les frères ennemis pro-nuke et pro-enr vont être renvoyés dos à dos : aucun des deux camps ne peut significativement alléger l'effort d'économies que l'actualité rend désormais incontournable à court terme. Pour qu'il en soit autrement il aurait fallu s'y prendre il y a 20 ans.

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date: '2022-10-26T14:03:48'
li-id: 6991036666123579392
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title: CHANGE_ME 107
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Consultant un jour, consultant toujours : à Carbone 4, nous (enfin pas moi :) ) nous sommes emparés du plan de sobriété du gouvernement français, qui vise à faire passer la consommation d'énergie finale du pays de 1600 à 1450 TWh (1 TWh = un milliard de kWh) en 2 ans, pour voir ce qui s'y trouvait exactement, et notamment si les mesures proposées sont en adéquation avec l'objectif.
En matière d'économies d'énergie, on peut déterminer en gros 3 catégories :
- l'efficacité vise à diminuer l'énergie nécessaire pour un acte de consommation. Tabler sur l'efficacité concentre l'effort sur les entreprises et ne demande pas d'efforts au consommateur (donc en démocratie on préfère)
- la sobriété vise à supprimer délibérément un acte de sa consommation, pour pouvoir réaliser des économies d'énergie (ou de matériaux ou d'émissions). A la différence de l'efficacité l'effort est essentiellement à la charge des individus.
- enfin la pauvreté (dont il n'est pas question dans cet article de Carbone 4, puisque c'est une lecture critique d'un plan qui n'en parle pas) représente la fin subie d'une consommation faute de moyens pour se la payer.
La conclusion de l'analyse de Carbone 4 est que le gouvernement appelle "sobriété" de nombreuses mesures qui ne relèvent pas de cette catégorie, mais qui sont en pratique de l'efficacité. Elles ne sont évidemment pas inutiles, mais il n'empêche que le terme employé n'est pas le bon.
Carbone 4 a par ailleurs regardé un catalogue de 50 propositions précises faites par Negawatt (association dont l'acte de naissance était largement associé aux économies d'énergie dans le bâtiment) dans le bâtiment et les transports, pour comparer le potentiel d'économies des mesures décrites avec ce qui est proposé par le gouvernement. Il s'avère qu'il y a quasiment un facteur 2 entre les deux (60 TWh d'économies annuelles dans les propositions de Negawatt vs. 35 dans ce qui est proposé par le gouvernement), et par ailleurs un petit doute sur la méthode, puisque les mesures gouvernementales relèvent surtout de l'incitation.
Il est assez peu probable que nous allons réduire l'énergie fossile à la vitesse demandée par l'Accord de Paris - aidé par l'ami Poutine :) - avec juste de l'efficacité des exhortations à la population. Peut-être que le gouvernement peut tenter un exercice inédit : expliquer l'équation de Kaya à la population ? (https://lnkd.in/gAthJhJ )

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date: '2022-10-24T07:08:33'
li-id: 6990207388993658880
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_la-m%C3%A9thode-du-gouvernement-sur-la-planification-activity-6990207388993658880-965g
title: CHANGE_ME 108
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Vendredi dernier, notre première ministre a tenu un discours sur la planification écologique à La Recyclerie (lieu évidemment en adéquation avec le propos), avec un nom de code qui est désormais "France Nation Verte".
Les discours politiques - et les concepts associés - sont toujours à prendre avec des pincettes. Après la maison qui brûle de Chirac ou la planète qui devait devenir "great again" de Macron, nous avons tou(te)s pu constater que la direction d'ensemble n'avait pas fondamentalement changé.
Dès que l'on passait aux travaux pratiques, le cadre de décision ou d'arbitrage sur le terrain est resté le même. Par exemple nous n'avons pas changé la méthode permettant de décider ou pas de la construction d'une infrastructure routière, la valorisation économique d'une surface bâtie vs non bâtie, le classement des établissements d'enseignement supérieur en fonction du seul salaire de sortie, ou la valeur du marché vs la planification dans les politiques publiques.
Une fois que cette (grosse) précaution (amenant parfois à de grosses déceptions) a été prise, que retenir de ce discours ?
-> que la planification doit se faire par filière ou par usage, c'est-à-dire exactement la méthode qui a été retenue dans le plan de transformation de l'économie française (https://lnkd.in/esiqHkbf)
-> qu'il faut néanmoins réfléchir de manière transverse
-> qu'il faut impliquer les territoires, ce qui est l'objet de "stratégie de résilience des territoires" du Shift Project (https://bit.ly/3sqPBkF ).
-> qu'il est question de véhicules électriques, de vélos, de rénovation des bâtiments, de réindustrialisation bas carbone (ce que réclame plus ou moins le patron de France Industrie : https://bit.ly/3TsYOoz ), de recyclage, d'agriculture plus "durable", de formation, d'optimisation sous contrainte de métaux ou d'espace, d'emploi, et de jeunes.
A quelques détails près (comme la croissance verte 😂 ) c'est du Shift Project dans le texte. Dont acte. Pour que cela devienne une réalité dans les faits, il va falloir que la révolution copernicienne descende chez les acteurs de terrain, et cela commence par un changement de l'ordre de priorité des critères pris en compte lors des décisions pratiques (par exemple le CO2 ou la biodiversité avant les euros pour une filière économique).
C'est seulement à cette condition que l'on pourra dire de ce discours qu'il annonce une réelle inflexion. Aligner des milliards (même quelques dizaines) en plus de l'existant qui resterait en l'état ne changera hélas pas grand chose. Dans tous les domaines évoqués et tous les ministères, la première étape à suivre est donc de se mettre d'accord sur la nouvelle méthode d'arbitrage (ce qui accessoirement permettra d'évacuer quelques chimères technologiques qui ne seront jamais à l'échelle).
Si cela n'est pas fait - et ca ne sera pas facile - ce discours sera un de plus sans lendemain, ce qui serait dommage. Nous n'avons plus le temps !

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date: '2022-10-23T09:45:40'
li-id: 6989884540794068993
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title: CHANGE_ME 109
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Il y aura bientôt un projet de loi concernant les énergies renouvelables qui va être débattu au Parlement. Mais au fait, que trouve-t-on dans les énergies renouvelables dans notre pays ?
Le réflexe aujourd'hui, quand on dit "ENR", est de visualiser une éolienne ou un champ de panneaux solaires. Mais n'y a-t-il rien d'autre dans cette catégorie ? Le graphique ci-dessous (source https://lnkd.in/etxYaJTb ) donne la production par type d'énergie en TWh depuis 1970, et l'on voit tout de suite que le photovoltaïque est l'une des plus petites contributions actuellement, par contre l'éolien arrive désormais dans le trio de tête (la consommation totale d'énergie finale en France est de 1600 TWh, soit 1600 milliards de kWh).
Par ordre d'importance décroissante les 3 marches du podium sont occupées par :
- la biomasse solide, avec un tiers du total, est essentiellement composée de bois de feu ou de granulés, et est essentiellement utilisée pour le chauffage chez les particuliers (poêles à bois - inserts - chaudières bois)
- l'hydroélectricité, avec 18% du total ENR, fournit un peu plus de 10% de la production électrique nationale
- enfin l'éolien, avec 12% du total ENR en 2020, fournit un peu moins de 7% de la production électrique nationale.
Pour favoriser une ENR plutôt qu'une autre, il faut considérer les critères suivants :
- le CO2 évité par unité physique investie (tonne de métal ou de ciment, m2 occupé, etc) et la provenance de ces unités physiques
- le CO2 évité par euro dépensé (mais ce sont au vu des prix actuels qui ne seront peut-être pas valables plus tard alors que les unités physiques sont plus fiables)
- le besoin en services système dans le cas de l'électricité (stockage, réseau, ajustement en fréquence)
- les atteintes à la biodiversité (notamment dans le cas de la biomasse ou des modes gourmands en espace)
- le calendrier et la pérennité des alternatives actuellement utilisées.
Rien de tout cela n'est simple, sachant qu'à terme il ne peut rester qu'un mélange d'ENR (mais pas nécessairement essentiellement électriques) et de nucléaire. L'idéal serait que le débat national à venir permette de converger sur les faits et sur la méthode de tri. C'est quelque part plus important que de converger sur des mesures de court terme pour favoriser telle ou telle ENR sans s'être clarifié les idées sur le cadre global.

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date: '2022-10-22T09:08:25'
li-id: 6989512780055748608
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climat-la-nouvelle-z%C3%A9lande-veut-taxer-les-activity-6989512780055748608-VFHu
title: CHANGE_ME 110
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Il est moins souvent cité que le CO2, mais il compte aussi. Le méthane - de formule CH4 - représente un peu plus de 20% des émissions humaines de gaz à effet de serre. En tonnage, les émissions mondiales sont presque 100 fois plus faibles que celles du CO2 (450 millions de tonnes contre 43 milliards pour le CO2), mais une molécule de méthane est 30 fois plus efficace pour augmenter l'effet de serre sur un siècle qu'une molécule de CO2.
Ce méthane possède plusieurs sources d'origine humaine (voir graphique en commentaire), et l'une d'entre elles est les ruminants, à cause de la fermentation qui a lieu dans le premier de leurs 4 estomacs après l'oesophage : la panse.
NB : le titre de l'article des Echos est techniquement inexact puisque le méthane des ruminants ne sort pas pas le trou du c... mais par le haut :)
De ce fait, le pays des hobbits, qui compte quelques dizaines de millions de ruminants pour 5 millions d'habitants, voit le méthane compter pour environ la moitié de ses émissions domestiques, alors que dans un pays comme la France, où pourtant nous avons 15 millions de têtes de bétail, nous sommes à un peu moins de 15%.
La Nouvelle Zélande a donc formulé l'idée de mettre une taxe carbone sur le méthane. Evidemment cette idée n'est pas mieux accueillie par les éleveurs que la taxe carbone par les utilisateurs de pétrole, gaz et charbon, mais elle n'est pas dénuée de fondement.
Un des avantages de s'attaquer au méthane est que ce gaz ne reste pas aussi longtemps que le CO2 dans l'atmosphère. Il possède un "puits" atmosphérique : la molécule de méthane est en effet dégradée dans l'air même (par des radicaux hydroxyle), ce qui n'est pas le cas du CO2, ce qui crée des surplus qui restent bien plus longtemps dans l'air pour ce dernier gaz.
Une action forte sur les émissions de méthane conduit donc à une baisse assez peu de temps derrière de sa concentration atmosphérique, et donc de l'effet de serre supplémentaire du à ce gaz.
L'industrie ou les transports seront peu concernés pour passer à l'action : on va parler pratiques agricoles (la méthanisation des vaches dépend un peu de ce qu'elles mangent) et régimes alimentaires (moins de bovins...), gestion des déchets (moins de décharges ou récupération du méthane de ces dernières), et aussi production électrique, puisque la ventilation des mines de charbon - utilisé aux 2/3 pour produire des électrons - évacue du méthane (le principal constituant du grisou), vers l'atmosphère.
Dans les rizières, on peut faire baisser les émissions (issues de la décomposition de débris végétaux sous l'eau) avec... des canards. Ces derniers brassent l'eau (ce qui l'oxygène et gêne les bactéries qui produisent le méthane à partir des débris végétaux) et la filtrent pour se nourrir (ce qui diminue la matière organique en suspension). C'est low tech mais efficace !
Ce méthane était aussi le sujet de la chronique du matin sur RTL : https://bit.ly/3VOt0Mj (graphiques en moins, la radio ne peut pas tout).

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date: '2022-10-21T09:50:05'
li-id: 6989160876008206336
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_bruno-colmant-le-n%C3%A9olib%C3%A9ralisme-est-incompatible-activity-6989160876008206336-N1AD
title: CHANGE_ME 111
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Peut-on devenir un partisan de l'Etat stratège après avoir enseigné pendant des décennies que le marché avait presque la réponse à tout ? La preuve que oui dans cette nouvelle vidéo de Vinz Kanté, qui passe à la question Prof. Dr. Bruno Colmant sur son parcours, et le changement de regard qu'il porte sur sa matière (l'économie) par rapport à ce qui l'animait il y a quelques temps.
Bruno Colmant est un économiste belge qui a passé l'essentiel de sa carrière dans des fonctions "au service" de l'économie libéralisée et financiarisée dans laquelle nous vivons aujourd'hui, qu'il s'agisse de conseiller un ministre des finances ou de diriger une institution financière. Il a également enseigné (l'économie, évidemment) à des générations d'étudiants.
D'aucuns lui reprocheront peut-être ce passé, mais les autres seront particulièrement intéressés (c'est mon cas) par ce regard de l'intérieur, qui permet de porter un jugement éclairé sur les sujets évoqués.
L'enseignement de l'économie tout d'abord : Bruno Colmant rappelle fort opportunément que, en l'espèce, un professeur dans cette matière transmet nécessairement à ses élèves des points de vue très structurants même quand en apparence il ne traite que de sujets techniques. Décrire un rouage d'un système sans autre forme de commentaire c'est valider en fait la pertinence du système...
Il rappelle que le néolibéralisme a eu deux conséquences sur le rôle de l'Etat :
- il a raccourci ses horizons de temps puisque le rôle de la puissance publique n'est pas de planifier l'activité (et Colmant considère que ce n'est pas pertinent dans l'époque actuelle)
- ce dernier s'est vu confiné au rôle de redistribution, au surplus dans un contexte où les acteurs privés cherchent systématiquement à privatiser les profits et socialiser les pertes
L'interviewé considère aussi que la pub nous manipule (ce que Patrick Le Lay - ancien patron de TF1 - avait eu au moins le courage de dire sans fard), que les gafam doivent contribuer au financement des infrastructures qu'ils utilisent en Europe. Plaider pour les impôts est courant pour les "écologistes", mais plus rare pour un membre de l'establishment, je peux en témoigner !
Là où il fait preuve d'un opinion encore plus rare dans sa catégorie, c'est quand il indique qu'il y a une déconnexion de plus en plus large des élites avec ce qui se passe dans le pays (chose qui se passe probablement aussi au UK en ce moment). Il y voit un ferment d'une possible violence et je ne peux que partager cette crainte.
A quand notre Bruno Colmant en France ? Ca ferait du bien au débat !

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date: '2022-10-20T10:57:57'
li-id: 6988815567142973441
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-r%C3%A9chauffement-climatique-en-france-sannonce-activity-6988815567142973441-kH1o
title: CHANGE_ME 112
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Le Journal du CNRS publie un article qui relaie une étude qui vient d'être effectuée par des chercheurs appartenant à des unités mixtes CNRS/Météo France. Ils ont recalibré les modèles qui portent sur le climat futur en France avec les données d'observation des dernières décennies, et cette opération conduit à un réchauffement plus marqué à la fin du siècle par rapport à ce qui était envisagé jusqu'alors.
Avec un scénario d'émission de type "2°C", conduisant donc la planète à se réchauffer de... 2°C en 2100 par rapport à 1900, la température moyenne monterait de 3,8 °C en France à cette échéance, contre 3,4 dans les précédentes estimations.
Une fois que l'on a dit cela, qu'en déduire ? D'abord que l'incertitude est bien le signe d'un risque non limité. Si il y a grande une incertitude sur le réchauffement à venir, quand le brouillard se dissipe on peut découvrir une situation moins affreuse que celle redoutée... ou bien pire.
Par ailleurs la difficulté pour savoir combien nous allons souffrir avec ce possible supplément de température moyenne est de passer de ce paramètre "primaire" qu'est la température à des conséquences "secondaires" sur la sécheresse des sols, la fonte des glaciers ou les tempêtes, et plus encore à des conséquences "tertiaires" sur les récoltes, les forêts, les infrastructures, les maladies, les migrations, les salinisations de plaines côtières, ou encore les dégâts des infrastructures de montagne causés par des éboulements de terrain venant de la fonte du pergélisol.
Or, ce sont ces conséquences "tertiaires" qui permettent de quantifier les dégâts possibles et les mesures de résilience que nous pouvons mettre en oeuvre, ou pas, avec les horizons de temps nécessaires pour se préparer... ou pour se préparer à souffrir.
Avoir une bonne idée de ces conséquences "tertiaires" ne demande pas que des modèles de climat améliorés : il faut mettre derrière ces derniers des modèles hydrologiques ou glaciologiques, des modèles de végétation, des modèles bactériologiques ou écosystémiques, des modèles énergétiques, bref il faut rajouter plein de couches et d'étapes de raisonnement, et cela explique qu'il reste presque aussi difficile de savoir à quel moment et de quelle manière nous vivrons l'irréparable avec 3,4 °C de réchauffement en France en 2100 qu'avec 3,8 °C.
Enfin, et pour finir de compliquer la chose, les conséquences ne sont pas proportionnelles à l'élévation de température. Pour les épisodes caniculaires par exemple, la fréquence d'apparition augmente bien plus vite que la température moyenne.
La principale conclusion que l'on peut tirer de cette analyse est juste que les ennuis seront globalement pour plus tôt et plus intenses plutôt que pour plus tard et plus facilement gérables. Et il n'est que temps de s'occuper un peu plus sérieusement de baisser les émissions d'une part, et surtout de se préparer au mieux à un accroissement de la résilience partout ou c'est possible d'autre part.

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date: '2022-10-19T13:10:11'
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title: CHANGE_ME 113
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Même dotée d'une cervelle analytique, notre espèce a manifestement du mal à se départir de sa cervelle "Saint Thomas", c'est à dire celle qui ne croit que ce qu'elle voit. Nous savons que nous agissons préférentiellement quand les ennuis sont déjà là. Or, la dérive climatique à venir, c'est par définition des ennuis pas encore visibles.
Dans ce contexte, il est tentant de penser que le problème va commencer à réellement nous motiver quand il sera effectivement sous notre nez. C'est ce que semble indiquer une analyse statistique effectuée par deux chercheurs d'écoles de commerce, qui publient un papier expliquant que les dirigeants d'entreprise plus exposés à des vagues de chaleur sont ensuite plus désireux de s'attaquer à la question climatique.
Cette conclusion est cohérente avec ma modeste expérience de consultant. Parmi les motifs issus du "vécu personnel" qui peuvent pousser cette population à l'action, j'ai par exemple vu :
- le dommage causé par des températures élevées ou la sécheresse à une parcelle de forêt (voire juste à un jardin) détenue par le dirigeant
- la disparition progressive d'un glacier de montagne (car une partie des dirigeants se balade en montagne !)
- la dégradation d'une zone de plongée...
- et, dans une catégorie qui n'est pas celle des dommages à la nature, mais celle de l'expérience personnelle, on va aussi trouver la dissension avec des enfants qui désapprouvent l'inaction des parents.
On pourrait se dire que c'est une bonne nouvelle : le climat commence à se dérégler, les dirigeants le constatent, ils passent à l'action, et hop on va régler le problème.
Sauf que dans cette logique là nous sommes un peu trop proches du fumeur qui décide d'arrêter le jour où il a un cancer de la gorge. En effet, en matière de climat, le maître mot est l'inertie. Au moment où nous commencerons à agir fortement cela ne va pas rendre les émissions nulles, mais juste les faire baisser (ou augmenter moins vite).
Or, tant que les émissions ne sont pas nulles, la concentration en CO2 augmente, et à la suite la température. Il faudra complètement arrêter les émissions pour que la température se stabilise. Et même à ce moment là, les calottes polaires vont continuer à réagir pendant des millénaires, l'océan va continuer à monter pendant la même durée, les écosystèmes vont mettre des décennies à des millénaires à se transformer (souvent pour moins bien) après stabilisation du climat, etc.
Une fois que les ennuis sérieux démarrent donc, et sauf arrêt immédiat des émissions humaines (ce qui demanderait une pandémie pire que la peste ou une chute de comète), la seule certitude est alors que les ennuis vont continuer d'augmenter. Plus nous voudrons faire confiance à nos sens, plus nous prendrons de risques, paradoxalement.
Cette inertie plaide aussi pour que nous nous occupions de résilience en même temps que de baisse des émissions. Cela remettrait au gout du jour ce vieux proverbe : mieux vaut prévenir que guérir.

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date: '2022-10-18T14:49:28'
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title: CHANGE_ME 114
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Ce devait être un exercice rigolo : être invité sur un media pour dire du mal des media :). En fait cela s'est transformé en interview assez classique, et il a été beaucoup question du "Monde sans Fin".
A un moment il y a quand eu un passage sur... mes passages media justement. Vandel m'a demandé comment je faisais pour garder la tête froide, et sur le coup je n'ai pas été très prolixe. Mais je vais profiter de ce post pour faire quelques compléments.
Quand j'ai fait mes débuts dans la mouvance associative environnementale, à la Fondation qui s'appelait alors Nicolas Hulot (désormais pour la Nature et l'Homme), un ancien journaliste (pas Hulot) avait dit que la presse appliquait la règle des 3L :
- d'abord elle lèche (comprendre elle vous porte aux nues)
- ensuite elle lâche (donc elle est moins supportive parce qu'elle a trouvé ailleurs des sujets qui sont plus motivants pour elle)
- enfin elle lynche (ce qui est une façon de vous remettre en selle... mais sur des bases différentes !)
J'en ai gardé l'enseignement qu'il ne faut jamais avoir une situation pour laquelle la notoriété médiatique positive soit indispensable. C'est une des raisons pour lesquelles je n'ai pas envie de faire de politique, soit dit en passant : dans ce rôle là il est difficile de construire si la presse passe son temps à vous allumer (à tort ou à raison).
Du coup je tâche de rester "à prudente distance" du monde médiatique :
- je ne donne jamais la priorité à la presse par rapport à un RV "ordinaire" qui serait déjà pris (je dois refuser n'importe quoi entre 7 et 9 sollicitations sur 10)
- je ne prends pas n'importe quel type d'exercice ou n'importe quel thème juste parce que l'on va me tendre un micro
- je sais très bien que ce qui fait la légitimité d'un individu au long cours c'est de piocher ses dossiers techniques, pas d'avoir des punchlines (ca c'est du bonus quand on y arrive)
- les réseaux sociaux ont un peu changé la donne puisqu'un individu peut devenir son propre media (pour le meilleur ou pour le pire !)
- je donne la priorité à ce que je pense par rapport à ce qui peut plaire à un media. Du coup quand on vient me chercher je n'ai pas besoin d'adapter mon discours ni de préparer quelque chose de particulier (par exemple j'enregistre mes chroniques sur RTL sans avoir écrit de texte, et sans même savoir de quoi je vais parler june demi-heure avant des fois !)
- je demande systématiquement à me relire pour les interview et refuse ces dernières si ce n'est pas possible
- enfin quand un organe de presse me fait un coup tordu une fois je refuse les sollicitations à suivre (parce que persévérer est diabolique !)
Je suppose qu'une partie de tout cela est facile à faire précisément parce que je n'ai aucune ambition politique au sens ordinaire du terme. Mais ca ne me coute pas !

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date: '2022-10-18T08:03:25'
li-id: 6988046869218086912
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title: CHANGE_ME 115
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Comme l'Europe du Sud, les USA ou une partie de l'Amérique du Sud, la Chine fait partie des endroits où il est prévu que les sols s'assèchent en réponse au réchauffement climatique. Il est aussi prévu, comme partout, que les vagues de chaleur s'intensifient.
Ce pays a vécu un avant-gout de l'ensemble l'été dernier, avec un déficit de précipitation et des températures record qui ne sont malheureusement que le début d'un "nouveau normal" qui sera bien plus désagréable que cela à l'avenir.
En réponse, l'agriculture souffre. Jusque là, rien de nouveau, même si ce n'est pas plaisant. Là où cela devient intéressant, enfin si l'on peut dire, c'est dans les éléments contenus dans cet article du Monde qui évoque ce qui vient de se passer.
Le papier rapporte les propos d'un diplomate qui dit (modulo l'adaptation de ses propos par le journaliste) : "A court terme, il ny a pas de risque de pénurie, car les Chinois ont des stocks qui correspondent à environ un an de consommation, mais nous allons sans doute assister à la fois à une augmentation des importations et à un productivisme agricole accru".
Cette présentation me semble minorer le danger. D'une part, avec une évolution de long terme, le problème ne se limite évidemment pas à l'année prochaine. Ensuite, pour augmenter les importations, il faut plus de zones exportatrices, or avec les "accidents climatiques" la tendance va plutôt être à l'inverse.
Il faut aussi pour cela disposer de moyens de transport à longue distance, donc de pétrole. Pétrole (et gaz) qui est aussi indispensable pour "accroître le productivisme".
Le propos rapporté me semble donc être typique du point de vue qui postule que nous allons résoudre les problèmes du monde fini (le réchauffement climatique et la déplétion pétrolière) avec des moyens infinis. Certes l'article se conclut par "Une façon de reconnaître que, aujourdhui, la Chine na pas de solutions pour résoudre lensemble des problèmes auxquels son agriculture fait face".
Il n'empêche : nous manquons de réflexes pour comprendre que nous allons devoir progressivement gérer plus d'ennuis avec moins de moyens. Que les conditions locales vont souvent devenir plus désagréables alors même que la mondialisation et les échanges vont devenir plus difficiles.
Evidemment, tout cela ne va pas se produire en un an. En fait, la conjoncture actuelle est assez illustrative de la manière dont cela va se produire : par conjonction de "crises", dont certaines arriveront avec peu de préavis, et qui deviendront de plus en plus profondes au fil du temps. Augmenter la résilience quand tout va mal se paiera d'une diminution de la performance quand tout va bien.
La Chine est pourtant en train de compter sur plus de performance avec la consommation de viande par personne qui augmente, puisqu'il faut plus de production végétale en pareil cas. Un domaine de plus où ce pays, comme le nôtre, est pris dans ses contradictions !

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date: '2022-10-17T06:52:08'
li-id: 6987666544478535680
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title: CHANGE_ME 116
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Il est resté dans les mémoires comme Premier ministre de Giscard, et un peu comme maire de Lyon, mais à l'époque où l'article du Monde ci-dessous a été écrit, il était Vice-président de la Commission Européenne (de 1967 à 1973), en charge de l'économie.
A ce titre, il a analysé pour le compte de la Commission le "Rapport du Club de Rome", c'est à dire le travail effectué par les époux Meadows (Donella en tête, on l'oublie souvent) qui portait sur les limites à la croissance économique dans un monde fini : https://bit.ly/2HkwcIl .
Car, on l'oublie aujourd'hui, mais ce travail (The Limits to Growth) avait occupé une place importante dans les débats à l'époque, et de nombreuses personnalités ont été amenées à se prononcer sur son contenu... en ayant lu le livre ou pas :).
Qu'a pensé notre ex-professeur d'économie de l'exercice de dynamique des systèmes proposé par les universitaires du MIT ? Je n'ai pas réussi à retrouver en 3 clics de souris l'analyse rédigée (ou endossée) par Raymond Barre, mais, malgré ma grande défiance pour la presse :), il est probable que l'article du Monde en donne l'esprit, à défaut d'en donner la lettre : "circulez, il n'y a pas grand chose à voir".
La priorité, c'est la croissance économique (incidemment explicitement visée dans le Traité de Lisbonne, la "constitution" européenne), et nous pourrons, en affectant judicieusement une partie de son produit, supprimer les nuisances qui y sont attachées. En clair, la croissance verte est à portée de la main.
Pourtant, à l'époque, le président de la Commission, Sicco Mansholt, a été convaincu par le travail des modélisateurs du MIT. Il a même écrit une lettre proposant plus ou moins de faire... de la planification écologique ! https://bit.ly/3MAV29M
Il était alors dans les temps. Si, dès 1972, nous avions limité les grandes villes (et non étalé et fait grossir ces dernières), maintenu du monde à la campagne, évité de mondialiser les chaines de valeur que nous ne pouvons désormais plus rapatrier chez nous, évité une spécialisation agricole excessive, etc, nous serions aujourd'hui bien mieux placés pour affronter les défis de demain.
Mais "le marché" a été plus fort que lui, tout président de la Commission qu'il était. Et depuis, rien ou presque n'a changé. L'immense majorité des économistes continue à considérer le travail fait en 1972 comme une aimable plaisanterie qui ne résiste pas à une analyse un peu sérieuse, alors que c'est l'exact inverse en pratique : ce sont les modèles macroéconomiques qui ne résistent pas à une analyse un peu sérieuse ! Entre autres choses, dans les modèles économiques la croissance n'est pas un résultat en sortie, c'est une hypothèse d'entrée (sous forme d'augmentation de la productivité du travail et d'augmentation de la population) qui ne dépend que de l'envie du modélisateur !
L'histoire enseigne que les peuples n'ont rien appris de l'histoire, disait Hegel. A voir où en est toujours le débat économique aujourd'hui, il a hélas raison.

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date: '2022-10-16T09:54:04'
li-id: 6987349940679122944
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_france-2-extrait-climaction-activity-6987349940679122944-YGNb
title: CHANGE_ME 117
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C'était il y a presque 20 ans. France 2 avait fait une émission à une heure de grande écoute sur le changement climatique : le Climaction. C'était un mélange de documentaire, de jeu de plateau, de My CO2 avant l'heure, et de Don't Look Up pour une partie des réactions observées chez les stars invitées.
Hervé Le Treut (dans un reportage) et votre serviteur (en plateau) avaient 20 ans de moins, mais étaient déjà parfaitement casse bonbon avec les "prédictions d'apocalypse" (que nous avions par ailleurs consignées ensemble dans cet ouvrage sorti une première fois en 2001 avant de reparaître dans une autre collection en 2004 : https://bit.ly/3CYT3Jm ), et je me suis rassuré (si l'on peut dire) en écoutant le commentaire que j'avais fait sur un bulletin météo imaginé pour 2093 que j'avais trouvé "un peu timide".
Je pouvais : l'été dernier a donné lieu à des températures plus élevées que ce qui figurait dans ce faux bulletin météo pour la fin du siècle ! Je me rappelle aussi que cette émission avait fait moins d'audience que le film Bimboland diffusé sur M6 le même jour (film que je n'ai pas vu, mais avec un titre pareil on s'en souvient), et que je m'étais dit en conséquence que de convaincre une chaine de faire une émission sur le changement climatique n'était pas suffisant : encore fallait-il que les gens regardent.
Qu'est-ce qui a changé depuis ? En bien, le sujet du climat est devenu beaucoup plus fréquent dans les media et les discours politiques. Des lois ont été votées (en 2005 apparaît dans la loi l'objectif de diviser par 4 les émissions françaises entre 1990 et 2050), un objectif politique d'élévation maximale de la température a été fixé en 2009 à Copenhague (pas plus de 2°C et si possible pas plus de 1,5), des obligations de publication des émissions pour les entreprises et les collectivités sont apparues, le sujet commence à être enseigné dans le supérieur scientifique (encore très peu dans le secondaire et très peu dans le supérieur non scientifique), et une partie du monde économique commence à intégrer le sujet dans ses réflexions pour l'avenir.
Des associations et entreprises focalisées sur le sujet sont apparues, dont The Shift Project, qui vient de fêter l'inscription du 20.000è shifter (qui est une shifteuse non ingénieure, le graal !).
Mais (car il y a toujours un mais) nous pouvons aussi considérer que nous avons surtout perdu du temps :
- la situation climatique s'est fortement dégradée et les émissions planétaires ont augmenté
- nos pratiques (économiques, de consommation, culturelles, plans de carrière, etc) sont toujours "orthogonales" aux limites planétaires pour l'essentiel
- beaucoup de gens confondent "avoir beaucoup entendu parler de la question" avec "avoir bien compris le problème"
- le "n'importe quoi" a largement disparu du côté de la définition du problème pour réapparaître du côté des solutions au problème
Regarder cette archive peut aider à avoir envie de presser le pas. Il est temps.

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date: '2022-10-15T09:27:34'
li-id: 6986980882167259136
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_les-raffineries-fran%C3%A7aises-ont-fait-un-peu-activity-6986980882167259136-n_M6
title: CHANGE_ME 118
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Les raffineries françaises ont fait un peu parler d'elles récemment, en contribuant à créer de longues files d'automobilistes en quête de carburant aux stations service. C'est le thème de ma chronique du samedi matin sur RTL : https://bit.ly/3CHSH8K
Le graphique ci-dessous décompose les usages de l'or noir dans notre pays (données Ministère du développement durable). "Usage non énergétique" désigne tous les cas de figure où le pétrole sert de matière première et non de combustible : plastique et chimie organique (qui fournit la totalité des secteurs industriels actuellement), bitume, lubrifiants, cires...
Au sein du transport routier les véhicules particuliers représentent à peu près la moitié (donc un quart du total), le reste allant dans les utilitaires (un quart environ), les poids lourds (environ 20%), et enfin les deux roues (quelques %).
Il est assez facile de comprendre qu'une suppression durable du pétrole ne touchera donc pas que les automobilistes : cela concernera aussi la production agricole, le fret, la production de matériaux de synthèse, la pêche, le chauffage, les avions ou encore la marine marchande...
Cette chronique fut l'occasion de rappeler aux auditeurs de RTL - qui n'ont pas du en entendre parler beaucoup via la rédaction de cette radio (remarque généralisable à l'ensemble des media) - qu'après le blocage des raffineries viendra le peak oil, déjà à l'oeuvre depuis 2008 dans le monde pour le pétrole conventionnel, et qui le sera très bientôt - si ce n'est déjà le cas - en incluant pétrole de schiste et sables bitumineux.
Pour l'Europe, et en conséquence, l'or noir disponible a commencé à baisser de manière subie depuis 2007 (un an avant Lehman Brothers, et 2008 a un déterminant énergétique majeur), et cela va continuer.
Climat ou pas, l'approvisionnement européen en pétrole sera de toute façon divisé par 2 à 20 d'ici un peu moins de 30 ans. Il est urgent de s'organiser en conséquence, dans un monde qui ne sera pas en croissance économique. Ca va être aussi ca la sobriété.
Dans les transports, le pétrole qui est le plus crucial n'est en fait pas celui qui fait avancer les voitures. Les personnes ont des jambes, une langue et une cervelle, et nous pouvons très vite nous organiser avec moins de voitures, en combinant covoiturage, marche et vélo, autocars, bus et trains, et télétravail. Ca ferait peut-être grincer quelques dents, mais c'est physiquement possible.
Dans le domaine du fret, nous ne pouvons pas diviser par 2 ou 3 la quantité de camions qui circule sans diminuer très vite les flux de marchandises, et donc affaiblir très vite l'économie et l'approvisionnement des villes. Aujourd'hui, sans camions (et sans bateaux), rien de ce que nous pouvons acheter au magasin ou en ligne n'est plus disponible, y compris la nourriture.
Dépétroliser nos flux logistiques est donc une urgence. The Shift Project en a fait un chapitre complet sur Plan de Transformation de l'Economie Française : https://bit.ly/3T6FRI3

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date: '2022-10-14T07:43:16'
li-id: 6986592249119678464
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title: CHANGE_ME 119
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On ne peut bien gérer qu'un problème qui a été correctement décrit. C'était la trame de "Dormez Tranquilles jusqu'en 2100 : https://bit.ly/3rYb18x ), qui partait justement d'un certain nombre de contresens fréquents qui placent la réflexion pour l'action dans un mauvais cadre.
C'est donc une excellente nouvelle que le gouvernement ait décidé de lancer un programme de formation pour ses hauts fonctionnaires. Même si ce sont les députés qui votent les lois, dans notre pays l'administration centrale a énormément de pouvoir.
D'abord elle rédige l'essentiel des projets de loi, sachant que par ailleurs c'est le gouvernement qui détermine l'essentiel de l'agenda du Parlement. Elle rédige également les décrets d'application, et, le Diable étant dans les détails, ces décrets peuvent changer du tout au tout la manière dont s'applique une intention.
Ceci étant dit, pour la formation aussi le Diable est dans les détails. Quel commentaire porter sur ce qui a été dévoilé hier ?
-> l'intention initiale porte sur "climat+biodiversité+ressources". Dans le programme il y a bien climat (Fresque + 2 tonnes) mais rien sur la biodiversité ni sur les ressources.
-> il n'y a en particulier rien de prévu sur le rôle de l'énergie - donc des machines - dans la structuration du monde moderne (occupation du territoire, structuration de l'emploi, pouvoir d'achat, temps de travail, mondialisation, etc), amplement détaillé dans Le Monde sans Fin ou dans cette conférence de rentrée à Sciences Po : https://lnkd.in/d7HbYKe . Or, tant que cet aspect n'est pas explicité, on essaiera - et on échouera en faisant monter les populismes au passage - de faire de la croissance verte (croissance verte qui est dans les scénarios d'émission du GIEC, même le 1.5 °C, dans les scénarios 2050 de l'Ademe ou dans le 2°C de l'AIE, bref partout). Incidemment il n'y a personne dans le comité des experts qui porte cette thématique, ni celle sur les ressources non énergétiques (métaux notamment)
-> une formation doit donner une capacité à l'action. La Fresque est un formidable outil de sensibilisation, et 2 tonnes relève aussi de cette catégorie (sensibilisation). Mais pour parler de formation il faut par exemple que le haut fonctionnaire sache comment évaluer l'impact carbone d'un décret ou d'un programme industriel. Il faudra donc des modules sectoriels opérationnels (bâtiment, transport, industrie…) en complément, et le dispositif de gouvernance annoncé ne dit rien sur la question (ce n'est pas un jugement sur la qualité des individus).
-> Le mode de validation des connaissances n'a pas été annoncé. Pour moi il faut les "formés" soient par exemple capable de répondre aux questions figurant à la fin de https://bit.ly/3MtCRD2 et il faut pouvoir le vérifier.
Un premier pas donc. Il en faut toujours un ; félicitons nous en. Mais ce n'est que le premier et il est tout aussi urgent de s'occuper des suivants !

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date: '2022-10-13T14:43:11'
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title: CHANGE_ME 120
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D'aucun(e)s pourraient considérer qu'il s'agit aussi de formation, qui va surement (et tant mieux) devenir le 2è mot à la mode après sobriété : Carbone 4 lance son podcast.
Notre matière étant assez technique, il s'agira le plus souvent de vulgariser des notions ou techniques propres à notre secteur : qu'est-ce que la neutralité carbone ? Que signifie la résilience pour une entreprise ? A quoi ressemble le cadre réglementaire de reporting pour les entreprises ? Etc.
Le public visé ne se limite pas à nos clients : nous acceptons volontiers les personnes qui le deviendront plus tard :). Plus sérieusement, comme toute la connaissance - méthodes, analyses, articles - que produit Carbone 4, ces podcasts sont en accès libre. Ils peuvent évidemment intéresser des étudiant(e)s, des enseignant(e)s, des fonctionnaires, des élus, et j'en passe.
Nous espérons que vous aurez du plaisir et de l'intérêt à les consulter. Si vous souhaitez faire un retour, le mieux est de passer par la page contact du site Carbone 4. Bonne écoute !

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date: '2022-10-12T19:02:10'
li-id: 6986038321063833601
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title: CHANGE_ME 121
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100 milliards d'euros : voilà ce que l'Etat va devoir dépenser pour le bouclier tarifaire en 3 ans. Avec 100 milliards, qu'aurions nous pu faire pour nous passer un peu ou beaucoup de combustibles fossiles ?
-> payer environ 10 millions de pompes à chaleur air-eau, ou la moitié en géothermie. Il y a en France environ 4 millions de logements chauffés au fioul et environ 12 millions de logements chauffés au gaz (https://bit.ly/3eoGe1l ). Nous aurions donc pu supprimer 15% du pétrole et 30% du gaz.
-> réaliser environ 1 million de km de pistes cyclables (il y a un million de km de routes en France)
-> construire 6000 km de LGV ou 100.000 km de voies "normales" en rase campagne. Il y a actuellement 30.000 km de voies ferrées en France
- construire 8 EPR (pas à 20 milliards pièce ; je suppose un effet d'apprentissage :) ).
Et j'en passe.
Mais voilà... depuis 20 ans nous avons :
- mis toute notre énergie dans la création d'un "marché de l'électricité" dont nous commençons seulement à voir les conséquences délétères (car ce n'est pas fini)
- cédé à la démagogie en mettant les milliards dans l'affaiblissement du parc nucléaire plutôt que dans une électrification qui nous aurait protégés contre la dépendance au gaz (60% du gaz sert au chauffage en France)
- considéré le vélo comme un gadget
- rien fait pour supprimer le fioul dans le chauffage
- continué à financer massivement de la voirie pour voitures et sous investi dans le train
- continué à mondialiser l'économie, et donc à la rendre la plus dépendante possible d'approvisionnements externes tout en nous privant de la possibilité de faire des plans industriels domestiques ou européens
- envoyé les ingénieurs faire des algorithmes de finance de marché et des mondes numériques virtuels au lieu de les envoyer préparer les infrastructures adaptées à des temps plus sobres
- etc.
Et quand la bise arrive, on brûles les meubles pour se chauffer tant que ca passe, mais ca ne va pas passer très longtemps. Si les prix du gaz ne redescendent pas en 2023 (et pourquoi redescendraient-ils ? Poutine va-t-il rouvrir le robinet ?) nous allons à nouveau consacrer les milliards à traiter les symptômes au lieu de traiter la cause... et à la fin on "s'effondre".
La seule manière d'en sortir est d'une part de supprimer le mécanisme de marché européen sur l'électricité (ce qui est un peu plus urgent que de s'occuper des retraites), et d'autre part de planifier une décarbonation "physique" massive. Ca ira nécessairement avec moins des libertés individuelles actuelles, mais ca nous amènera plus de "liberté collective", à savoir un pays qui peut encore à peu près piloter son destin.
Et plus on attend, plus la fenêtre d'opportunité se referme. Accessoirement je ne sais pas si le programme de formation des hauts fonctionnaires qui a été annoncé intègre la dépendance de l'économie à l'énergie. Si non, on rate l'essentiel et ils essaieront de faire de la croissance verte.

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date: '2022-10-11T07:11:08'
li-id: 6985496999382892544
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_espace-laustralie-veut-faire-pousser-des-activity-6985496999382892544-EjmE
title: CHANGE_ME 122
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Ici on propose de produire de l'énergie solaire depuis l'espace : https://bit.ly/3RPycfx. Là, de faire pousser des plantes sur la lune. Encore ailleurs, d'aller chercher sur les astéroïdes les métaux qui ne se trouveront plus dans nos mines épuisées (selon l'Agence Internationale de l'Energie, les mines de cuivre actuellement en production ou en projet passeront leur pic de production dans les années à venir : https://bit.ly/3CmpYGk ).
Si nous transformons notre "bonne vieille terre" en espace hostile et appauvri, pourrons nous trouver le salut au-delà de la stratosphère ? Avant de reprendre joyeusement les communiqués de presse qui pourraient le laisser penser, je propose aux media le petit calcul suivant.
La mission Apollo, qui a envoyé quelques fusées sur la Lune, en a ramené environ 400 kg de roches (https://lnkd.in/emcFGgte ) pour un cout d'environ 250 milliards de dollars actuels (https://bit.ly/3ejDbaW ). Cela met donc la tonne ramenée de l'espace à plus de 500 milliards de dollars, contre quelques centaines de dollars pour une tonne de minerai extraite sur terre. Même si l'argent n'est qu'une convention, on comprend facilement que la dépense énergétique associée à ce "minage de l'espace" sera des millions de fois supérieure à ce qu'elle sera sur terre...
Dans le même ordre d'idées, la station solaire en orbite aurait la puissance d'un réacteur nucléaire pour un cout qui sera fatalement bien plus élevé, et il va se passer du temps avant que la Lune nous fournisse les 2 milliards de tonnes de récoltes que représentent blé, maïs, soja et riz, sans parler du bois, des fibres textiles, des légumes et des poulets.
Faire le buzz, c'est bien. Ne pas pousser indirectement (car c'est ca l'effet) des gouvernements et des investisseurs qui ignorent trop souvent la règle de trois à confondre un conte de fées avec une vraie solution, ca serait mieux. Peut-on espérer de la presse que ce genre d'information soit systématiquement accompagnée d'un calcul d'ordre de grandeur ?

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date: '2022-10-10T08:49:07'
li-id: 6985159266068242432
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title: CHANGE_ME 123
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La production mensuelle de pétrole est passée par un maximum historique d'un peu plus de 84 millions de barils par jour en novembre 2018 (https://bit.ly/3MkWRro ). Alors qu'en juin dernier elle était de 79 millions de barils par jour seulement, les pays de "l'OPEP +" (donc l'OPEP et la Russie) ont néanmoins décidé de baisser leur production (qui ne concerne pas l'ensemble du monde mais une large partie) de 2 millions de barils par jour (ce qui est énorme).
Question à 1 million de barils : où est la poule et où est l'oeuf ? Dit autrement, ce cartel de producteurs décide de baisser parce que la demande n'est pas là, ou bien il habille d'une couleur volontaire une baisse subie qui est de toute façon inscrite dans la géologie ?
La question se pose notamment pour la Russie : à cause de la guerre en Ukraine, les opérateurs étrangers sont partis, et avec eux des technologies permettant une meilleure récupération du pétrole. La société Rystad Energy considère ainsi que la Russie va voir sa production baisser fatalement de plusieurs millions de barils par jour (elle était à 10) à cause de ces départs.
Comme par ailleurs la Russie était à son pic de production avant le déclenchement de la guerre, cette baisse ne sera pas récupérable (toujours selon Rystad). Et par ailleurs avant même cette annonce l'OPEP + n'avait pas réussi à mettre en oeuvre les augmentations de production décidées (la production physique restait en dessous).
Il est donc possible que nous démarrions une période où les annonces de l'OPEP plus seront plus une réaction à l'impossibilité physique de produire qu'une adaptation à une demande en baisse...
Pour le moment c'est une grève dans les raffineries qui engendre une difficulté d'approvisionnement en carburants dans le pays (https://bit.ly/3Cm29hR ). Mais cet épisode doit nous faire toucher du doigt ce qui se passera de manière structurelle bien avant que je ne passe de vie à trépas. Espérons qu'il ait au moins cette vertu !

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date: '2022-10-09T10:16:24'
li-id: 6984818845613973504
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title: CHANGE_ME 124
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Après Astérix chez les Bretons ou Tintin chez les soviets, voici Janco chez les banquiers. Il m'est déjà arrivé de mettre en ligne des vidéos d'interventions dans le monde bancaire ou financier, mais souvent il s'agissait de conférences "classiques", avec les non moins classiques planches du consultant (si un jour Powerpoint n'est plus disponible, je pense que la totalité des consultants au monde fait faillite :) ), comme par exemple https://lnkd.in/dwg-hXi
Là l'exercice était non seulement sans planches, mais consistait uniquement à répondre à des questions. Pour certaines j'avais le droit de développer, et pour d'autres il fallait tenir dans un format "interview à la radio" (donc réponses de moins d'une minute). Les questions étaient posées pour l'essentiel par une personne du Crédit Coopératif (qui organisait la manifestation), et aussi par l'assistance (qui était constituée de clients du Crédit Coopératif et de représentants de l'ESS pour faire court) à la fin de l'enregistrement.
Dans cette vidéo de l'ensemble de l'événement, ma partie démarre à 13 minutes du début (et se termine quand elle se termine :) ).
Je ne me souviens évidemment pas de l'ensemble des questions posées, mais, de mémoire, il y avait du classique et de temps en temps du moins classique. D'accord ou pas avec les réponses, j'espère que celles et ceux qui s'y risqueront y trouveront au moins une idée, conclusion ou question qu'elles et ils n'avaient pas au début du visionnage (en très basse déf ca suffit), car c'est bien à ca que ca doit servir !

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date: '2022-10-08T15:41:30'
li-id: 6984538271162728448
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title: CHANGE_ME 125
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Fesse de Bouc a changé de nom pour désormais s'appeler Meta. A nous la "réalité immersive" et les "mondes virtuels" ! Et à Meta le produit (économique) de notre envie de nous évader du monde tel qu'il est pour nous en inventer un bien mieux, parce qu'il faudra au passage acquérir quelques babioles (masque de réalité virtuelle, par exemple) disponibles contre espèces sonnantes et trébuchantes : https://www.meta.com/fr/
Alors que le digital représente déjà 4% à 5% de l'empreinte carbone mondiale, faut-il consacrer des ressources supplémentaires à pouvoir acheter un terrain virtuel pour y construire un hôtel virtuel et y utiliser du Monsieur Propre virtuel ? (toutes ces choses existent déjà...).
Un ordinateur demande 40 à 50 éléments différents (comme une éolienne incidemment). Ces éléments sont en quantité finie. Le digital consomme de l'électricité. Cette dernière est fossile à 60%. Plus on fera de metaverse et plus on mettra de CO2 dans l'air d'une part, et plus on perdra définitivement de métaux et d'autres éléments pour payer nos impôts, nous inscrire à l'école ou appeler les pompiers.
En effet, la société moderne a tout organisé autour du digital, c'est à dire autour de la disponibilité en silicium, indium, cuivre, étain, de or, aluminium, antimoine, arsenic, baryum, béryllium, cadmium, chrome, cobalt, gallium, plomb, manganèse, mercure, palladium, platine, sélénium, zinc...
Si demain matin nous devions nous retrouver privés de composants électroniques de manière massive, parce que les matériaux qui les permettent font défaut, assez vite nous n'aurions plus de compte en banque, plus de communications, plus de gestion des trafics de véhicules, plus d'électricité, plus d'admission post bac (!), plus de vente en ligne et... plus d'impôts.
Question donc : est-ce la voie de la raison que de piocher encore plus vite dans le stock résiduel juste pour pouvoir se distraire, alors que ce n'est quand même pas très difficile de trouver d'autres moyens de le faire ? Cette question est d'autant plus légitime que la sédentarité et les écrans chez les enfants sont raisonnablement délétères sur notre santé, et que du numérique il en faudrait probablement plutôt moins que plus désormais...
Il est à craindre que, comme d'habitude, nous nous posions la question de savoir s'il fallait y aller qu'une fois que la chose aura démarré. Or, comme chacun(e) sait, perdre une mauvaise habitude est considérablement plus difficile que de ne pas la prendre. Pourquoi est-ce si difficile d'avoir des débats apaisés sur les nouveautés techniques avant leur déploiement ?
Cela ne signifie pas que l'on refuse d'y aller par principe. Mais le faire parfois n'est pas nécessairement un comportement rétrograde, mais juste faire preuve de discernement.

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date: '2022-10-06T19:22:47'
li-id: 6983869184552148993
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title: CHANGE_ME 126
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Elle porte un prénom français et un nom de famille belge, mais elle est brésilienne et parle anglais.Elle a été mannequin et est devenue influenceuse. Avec une telle introduction nous aurons tous le réflexe de nous dire qu'il s'agit d'un clone international de Kardashian, qui vit de la promotion de cosmétiques et paires de chaussures.
Sauf que pas du tout : les tutos d'Isabelle Boemeke font la promotion... de l'électricité nucléaire. Dans ce TedX récent, elle évoque son respect pour les scientifiques, sa démarche pour comprendre, et rejoint (ou précède !) Vinz Kanté dans la catégorie des personnes qui se sont fait un nom médiatique sur la base d'activités "légères" (la mode par exemple) et qui s'impliquent ensuite dans des causes plus difficiles.
En plus, cette influenceuse est partie avec une très mauvaise opinion du nucléaire. Mais elle a fait l'effort de rechercher par elle même sans s'en tenir à l'information médiatique. En cela elle rejoint aussi un George Monbiot qui a fait un "coming out" dans le Guardian (où il chronique) en expliquant qu'il avait été choqué par les choses fausses ou exagérées que le monde militant antinucléaire avait diffusées dans l'espace public.
Sachant qu'en France les personnes qui ont le plus d'a-priori contre le nucléaire sont les femmes et les jeunes, c'est évidemment intéressant qu'il existe au moins une femme jeune pour proposer un point de vue favorable.
On peut bien sur être opposé au nucléaire. Mais ce qui est dommage est de l'être sur la base de faits inexistants ou mal mis en perspective.

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date: '2022-10-06T07:32:20'
li-id: 6983690392068063232
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_veracity-of-corporate-net-zero-pledges-and-activity-6983690392068063232-wDj3
title: CHANGE_ME 127
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Toutes celles et tous ceux qui utilisent Google peuvent facilement le constater sur la page d'accueil : ce moteur de recherche (et du coup la société qui va avec) se revendique "neutre en carbone depuis 2007". Un premier niveau de questionnement pourrait être de se demander comment une entreprise dont le métier est de pousser à la consommation (Google gagne sa vie en vendant du référencement publicitaire) peut être compatible avec un monde où les émissions doivent baisser de 5% par an.
Mais même si c'était le cas (et ca ne l'est pas) on peut se poser la question de savoir si une entreprise peut être "neutre dans son coin" ou simplement "compatible avec un objectif de neutralité planétaire".
A Carbone 4 la réponse est très claire : seule la 2è option est scientifiquement fondée (https://lnkd.in/eZaWan8r ). Et, à Carbone 4, nous avons pour ligne, depuis notre création, de développer des méthodes (en libre accès de façon systématique ; c'est une règle) qui partent de questions posées par le dossier scientifique et non d'une volonté d'être rassurés de nos clients.
Dit autrement nous leur proposons des approches avant tout basées sur l'énoncé scientifique du problème et non avant tout basées sur l'envie que les "parties prenantes" les laissent tranquilles, quelle que soit la pertinence du raisonnement suivi.
Sur la question de la neutralité, à chaque fois que des acteurs tiers prennent position d'une manière convergente avec nos vues, nous sommes donc contents (quelle surprise !). Nous avons donc accueilli avec plaisir l'avis de l'Ademe indiquant très clairement pourquoi une entreprise ne pouvait pas être neutre (https://bit.ly/3RJv4Sq ), ainsi que le projet de loi (en France) qui disait la même chose (avant que ce projet de loi ne soit caviardé par des gens à qui cela déplaisait, avec pour résultat la possibilité de dire quand même qu'un produit ou service est neutre en respectant des conditions de forme qui n'ont pas de pertinence en l'espèce).
Pour la même raison, et parce que les entreprises n'innovent que sous la contrainte, ce n'est pas une mauvaise chose que les revendications de neutralité de certaines entreprises se terminent devant les tribunaux. Le site Energy Post recense quelques cas de procès de par le monde qui ont été intentés par des ONG contre des grandes entreprises pour des affirmations qui leur semblent "un peu fortes de café". Ces procès sont "pas de chance" pour les entreprises concernées, parce que ces dernières ne sont qu'un tout petit échantillon de celles qui affirment à tort être déjà en règle avec la contrainte climatique.
Evidemment, l'idéal serait que ces procès n'aient pas lieu d'être, parce que les pays et instances de régulation feraient déjà leur job. Mais en attendant, ces petites banderilles (pas méchantes au regard d'un boycott ou une interdiction d'exercer) plantées par les ONG ne peuvent pas faire de mal.

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date: '2022-10-05T06:24:48'
li-id: 6983311009276911616
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title: CHANGE_ME 128
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Il n'y a pas que les entreprises qui doivent s'armer pour affronter le défi énergie climat (et d'autres). Les territoires aussi. Dans tous les territoires, ville ou campagne, mer ou montagne, lorganisation actuelle dépend au premier chef des hydrocarbures : les camions et souvent avant eux les bateaux - acheminent nourriture, vêtements, pièces de rechange pour les réseaux deau, et un milliard dautres choses ; ils évacuent la production des champs et usines ; voitures et avions amènent les touristes sur lesquels reposent presque 10% des emplois du pays ; notre réseau électrique européen ne fonctionne plus sans centrales à gaz et tout territoire dépend de lélectricité…
 
Lavenir de notre pays va nous confronter à deux évolutions inexorables : la baisse déjà enclenchée par épuisement géologique de lapprovisionnement en pétrole, gaz et charbon, et lintensification dune dérive climatique causée par lensemble des émissions mondiales (et pas juste les émissions françaises).
 
En même temps que tous les flux sur lesquels repose notre organisation actuelle vont se contracter, lévolution climatique va devenir plus adverse. Une première publication du Shift Project (https://lnkd.in/dfWN5cBP ) avait proposé un certain nombre de propositions que tout exécutif local devrait avoir à cœur de mettre en œuvre pour préparer au mieux son territoire contre ladversité croissante, et saisir les opportunités sil y en a, et en particulier :
- former durgence les élus et les fonctionnaires territoriaux à la compréhension du problème, complexe et protéiforme, pour ensuite partager cette compréhension avec les acteurs locaux.
- ne plus mettre en route des projets qui vont aggraver ladversité
- modifier la gouvernance (plus transversale et moins en silos) et de se doter dune stratégie qui soit cohérente avec le contexte.
 
Pour faciliter le passage à laction, il a paru pertinent au Shift Project de décliner cette approche en fonction des particularités des territoires. Selon que nous nous adressons à une métropole, une plus petite ville, la campagne, la montagne, le littoral, ou loutre-mer, la manière d'attaquer la question varie.
 
Une série de webinaires, qui démarre Mardi 11 octobre, présente ces nouveaux travaux. Comme tout ce que fait le Shift Project, c'est public, et c'est gratuit !

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date: '2022-10-04T21:04:38'
li-id: 6983170040263024640
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title: CHANGE_ME 129
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On a un peu tendance à l'oublier quand on voit les noms mis en avant par les militants dans le "combat environnemental" : il n'y a pas que des grands groupes dans l'économie. Face au défi énergie climat, les PME et TPE vont aussi devoir modifier leurs pratiques, et s'adapter à un monde qui change. Mais, à la différence des grandes entreprises, les PME et TPE ont souvent beaucoup moins de moyens pour investiguer l'avenir et pour s'y préparer.
Dans les petites entreprises, l'encadrement est en effet souvent réduit à quelques personnes, qui doivent tout à la fois trouver les clients, causer au banquier, gérer les salariés, interagir avec le comptable, gérer en direct les formalités administratives de toute nature associées à l'activité.
Cela ne laisse que peu de temps pour réfléchir à 10 ans ou plus, et il y a souvent peu d'argent pour embaucher des consultants pour réfléchir à leur place. Et pourtant il va bien falloir que nos TPE et PME s'y collent aussi.
N'oublions pas que l'essentiel de l'activité économique et de l'emploi se loge dans des entités qui ne focalisent pas autant l'attention que Total ou BNPP, mais qui devront faire leur part.
Comme les PME et TPE sont globalement moins bien outillées que les grands groupes pour trouver en interne les moyens de savoir à quelle sauce elles seront mangées, il est essentiel de mettre à leur disposition par l'extérieur les informations leur permettant de comprendre où sont les limites planétaires, et des outils de gestion leur permettant de se confronter aux limites en question.
Mais il sera aussi nécessaire de les cadrer, car le virage à prendre est trop serré pour compter uniquement sur les bonnes volontés. La puissance publique doit donc donner de la visibilité. Plus encore que pour les grands groupes, c'est le seul moyen d'éviter de la casse en série avec des événements externes qui nous forceront au changement.
Enfin, il ne faut pas se raconter d'histoire : toutes les entreprises et tous les emplois ne passeront pas au travers de la décarbonation. Il faut donc aussi planifier la reconversion des emplois, voire venir en aide aux chefs de petites entreprises qui se retrouveront sur le carreau (tous ne gagnent pas des fortunes !).
Mais une chose est sure : plus on reculera devant l'obstacle, plus il y aura de casse à terme.

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date: '2022-10-03T14:16:23'
li-id: 6982704911536812034
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_projection-transition-14-16-octobre-2022-activity-6982704911536812034-B9P_
title: CHANGE_ME 130
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Il est probable que, tant que nous n'aurons pas décarboné notre manière de vivre (et accessoirement diminué la pression sur la biodiversité etc), il sera utile d'y revenir de temps en temps pour illustrer l'importance de l'enjeu.
Entre autres manières de rappeler ce dernier à votre bon souvenir sans que ce ne soit trop pénible, Les Shifters vous proposent la 3è édition du festival Projection Transition.
Le principe est simple : chaque jour du 14 au 16 octobre prochains, à Paris, Nantes, Toulouse et Bruxelles, il y a une ou deux projection(s) d'un film suivie d'un débat. C'est sympa, c'est convivial, et c'est instructif : quoi demander de plus ?
Bon, les shifters n'étant pas encore considérés comme un investissement d'avenir (alors que Dieu sait qu'il y a un paquet d'hydrogène et de carbone renouvelables dans chaque shifteuse et chaque shifter), il vous faudra vous acquitter du prix d'une place auprès de cette bande de gredin(e)s, mais celles et ceux qui le feront ne devraient pas trop regretter le montant considérable qui leur sera réclamé.
Et si vous arrivez à y trainer un membre du gouvernement (comme spectateur et pas pour causer), je prends sur moi de vous dire que l'on vous offre la place.
Au plaisir de vous y voir !

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date: '2022-10-02T09:45:38'
li-id: 6982274387307544576
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_nous-le-savons-tous-la-neutralit%C3%A9-carbone-activity-6982274387307544576-NNoS
title: CHANGE_ME 131
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Nous le savons tous : la neutralité carbone signifiera en particulier de ne plus consommer de charbon. Le graphique ci-dessous (source des données : https://lnkd.in/eBjED9Qi ) retrace la consommation française de ce combustible fossile solide depuis 1960.
Quelques faits sautent aux yeux :
- au début des années 1960 on utilisait plus de charbon dans le chauffage (résidentiel) que dans l'industrie (hors sidérurgie) ou pour la production électrique !
- à la même époque on utilisait plus de charbon en France que de gaz aujourd'hui (un peu moins de 400 TWh de gaz en France en 2020 contre 600 de charbon au début des années 60), et presque autant que de pétrole aujourd'hui (660 TWh de carburants divers en 2020).
- la décrue de l'usage du charbon s'est amorcée bien avant que le discours climatique ne prenne place, et on ne voit pas d'inflexion particulière de la tendance qui serait liée à une décision politique "climatique" particulière (Sommet de la Terre en 1992 par exemple).
- la décrue dans la production électrique est due à l'épuisement des gisements domestiques (voir graphique en commentaire). Le charbon étant un pondéreux solide, il voyage mal. La baisse forte de la production domestique pour cause d'épuisement des mines n'est jamais compensée par des importations en totalité
- si nous avions eu plein de charbon, après les chocs pétroliers nous serions passés du pétrole au charbon dans la production électrique (comme les allemands). L'essor du nucléaire à l'époque (que je considère être une bonne chose) ne doit rien à la "vertu climatique" :) : c'est juste que nous n'avions pas assez de charbon !
- c'est dans la sidérurgie que la décrue a été la plus lente, parce que le charbon métallurgique (qui sert - après avoir été transformé en coke - à passer du minerai de fer à la fonte) vaut plus cher que le charbon vapeur (qui sert à produire de l'électricité), et voyage donc plus, et par ailleurs le charbon est le moyen le plus simple (donc le moins cher) de produire un acier qui intervient partout dans la construction et l'industrie.
Cette évolution à la baisse de la consommation se constate aussi en Europe au sens large, pour les mêmes raisons (le pic de production du charbon en Grande Bretagne a été en 1914 !).
Quelle conclusion tirer de tout cela ? D'abord qu'il faut toujours regarder les évolutions en série longue - et interpréter les tendances - avant d'avoir un avis sur un événement ponctuel (qui sera éventuellement justifié par une action clairvoyante alors qu'il n'en est rien !).
Ensuite et surtout que nous ne ferons pas nécessairement un "retour au charbon et au gaz et tant pis pour le CO2" s'il n'y a plus de nucléaire. Pour cela il faut avoir du charbon et du gaz !

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date: '2022-10-01T10:04:36'
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title: CHANGE_ME 132
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Il n'y a pas que nos voitures, chaudières et biftecks qui concourent aux émissions de gaz à effet de serre. Aller à l'hôpital, ce qui n'est généralement pas quelque chose que l'on fait de gaité de coeur, y contribue aussi.
Dans le Plan de Transformation de l'Economie Française, un plein chapitre est consacré à l'empreinte carbone du secteur de la santé, qui représente environ 8% de l'empreinte du pays (chiffre qui peut varier de plus ou moins 2% en fonction des méthodes) : https://bit.ly/3y6kyOq
J'ai tenté d'en résumer l'esprit dans ces 3 minutes de chronique hebdomadaire sur RTL. La moyenne d'âge de l'audience de la radio (entre 55 et 60 ans) en faisant - hélas - une population probablement déjà fréquemment concernée par la question, j'espère qu'elle sera intéressée par le contenu.
La "grosse" question est évidemment de savoir comment on maintient les gens en meilleure santé possible (jusqu'à ce qu'ils meurent, parce que ca nous arrive à tous) dans un monde avec de moins en moins de pétrole (transports des malades et du personnel, chimie organique pour faire tout ce qui contient du plastique ou des fibres de synthèse, ou des principes actifs ou réactifs de labo), de gaz (chauffage et chimie organique aussi), et de charbon (métallurgie et donc acier de tous les dispositifs qui en contiennent).
Une partie de la solution passe évidemment par la prévention. Si nous avons moins de pathologies chroniques, cela diminue à l'évidence le besoin de les prendre en charge : cela s'appelle la sobriété de l'appareil de soins.
Pour cela on peut penser au sport, et à l'action contre les mauvaises habitudes en matière de tabac, alcool, alimentation, et sédentarité. Au vu de l'importance des dépenses concernant les troubles psychiatriques dans le budget de la sécu, on peut aussi se poser la question de l'impact qu'aurait un avenir collectif enthousiasmant et crédible proposé par le monde politique.
A ce titre l'interdiction de la publicité pour tout aliment dont le nutriscore n'est pas A, ou pour la voiture (on marche un peu quand on prend le bus ou le métro, et on fait un effort quand on marche ou on pédale) serait pertinente !
Une autre partie du chemin peut être fait avec des mesures techniques (médicaments à l'unité, efforts chez les fabricants de médicaments et dispositifs médicaux - seringues, cathéters seringues etc). Mais ca ne suffira pas à ce que l'hôpital fonctionne dans un monde "neutre en carbone".
Bien évidemment ce chiffre de 8% est pour le moment un ordre de grandeur. Un autre effort est aussi à faire pour améliorer l'information qui permet de faire des arbitrages. On pourrait par exemple imaginer que les remboursements de médicaments soient conditionnés à la production d'un bilan carbone par le labo qui les fabrique. Après tout le client (donc la CNAM) est roi...
Ce secteur est aujourd'hui très en retard par rapport à d'autres sur sa confrontation au monde de demain qui décarbonera de gré ou de force. Au travail !