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date: '2023-01-31T21:04:30'
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title: CHANGE_ME 16
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Un certain nombre de personnes se sont émues que le président de la future COP (ce qui signifie "Convention Of the Parties", jargon onusien pour désigner la réunion annuelle de tous les pays qui ont ratifié la Convention Climat) soit le patron de l'opérateur national d'un état pétrolier, qui dit que la croissance ne doit pas être affectée par les politiques climatiques.
Mauvaise nouvelle : il ne fait que réciter le texte de la Convention Climat (https://bit.ly/3XTBWAv ).
Dans ce document on peut en effet trouver plein d'affirmations qui disent à peu près - voire explicitement - la même chose, comme par exemple :
"(...) the share of global emissions originating in developing countries will grow to meet their social and development needs".
"(...) responses to climate change should [avoid] adverse impacts on [economic development], taking into full account the legitimate priority needs of developing countries for the achievement of sustained economic growth (...)".
"Policies and measures to protect the climate system against human-induced change should [take] into account that economic development is essential for adopting measures to address climate change"
Si l'on traduit ces § en français ordinaire cela donne :
- les pays "en développment" (catégorie dans laquelle se rangent tous les pays hors OCDE pour faire simple,et donc les états producteurs d'hydrocarbures du Moyen Orient ainsi que la Chine ou l'Inde) s'estiment légitimement en mesure d'augmenter leur part des émissions sans sortir du cadre de cette Convention.
- les politiques climat (partout) ne doivent pas avoir d'effet adverse sur "le développement" (en clair la croissance économique),
- et même que la croissance est un prérequis de toute politique climat !
Il y a également un § de la Convention qui concerne directement les états pétroliers et qui affirme :
"Recalling also that States have (...) the sovereign right to exploit their own resources pursuant to their own (...) developmental policies, and the responsibility to ensure that activities within their jurisdiction or control do not cause damage to the environment of other States"
Les pétroliers ont donc le droit souverain d'extraire le pétrole de leur sous-sol en "s'assurant que leurs activités ne causent pas de dommage à l'environnement des autres pays". Cette formulation est pour le moins ambigue. Pourquoi ne pas avoir écrit explicitement "(...) the responsibility to ensure that activities (...) do not cause CLIMATE damage to other states" ?
"ne pas causer de dommage à l'environnement" peut juste signifier d'éviter les marées noires...
Bref il n'y a pas lieu de s'émouvoir tant que cela de cette déclaration, très "ONU compatible" (rappelons que l'item N° 8 des Objectifs du Développement Durable c'est la croissance économique : https://sdgs.un.org/goals ).
L'enseignement qu'il faut en tirer est connu depuis longtemps : aucun miracle ne viendra des COP. L'action doit venir d'ailleurs.

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date: '2023-01-30T22:11:54'
li-id: 7025948734551117824
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title: CHANGE_ME 17
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La commune d'Ivry sur Seine, qui fait partie de la proche banlieue sud de Paris, démarre une opération d'aménagement qui comportera 1400 logements (hébergeant donc environ 3000 personnes si l'on compte 2,2 personnes par logement). Mais il y aura aussi 2,3 hectares d'agriculture urbaine, permettant aux élus de qualifier ce nouveau quartier "d'agrocité". Est-ce que l'alimentation des habitants du lieu va vraiment significativement changer avec l'arrivée d'une surface agricole à proximité ?
En 2015 (la valeur est du même ordre de grandeur aujourd'hui), la planète offrait à chaque terrien 0,6 hectare de terre agricole (voir graphique en commentaire). Avec 2,3 hectares, on nourrit donc... 4 personnes. Certes, on ne va pas avoir sur cette parcelle à la fois des poireaux, des patates, du blé, une vache, des pommiers, des poules et du maïs pour nourrir en totalité 4 personnes pendant que les autres habitants n'en verront rien.
Mais, quoi que l'on y mette, cela permettra d'éviter 1 pour mille des flux logistiques associés à la nourriture des habitants du futur quartier. Dire dans l'article que cette opération va contribuer de manière discernable à une "logique de circuits courts" est donc un tout petit peu survendre l'affaire !
Est-ce à dire que ce genre de chose ne sert à rien ? Pas nécessairement :
- cela aère l'espace
- cela peut permettre à des enfants (voire des adultes) de découvrir ce qu'est un mouton ou un plant de pomme de terre
- cela peut permettre de rappeler qu'une ville n'existe pas sans cultures pour la nourrir, et que le changement climatique met donc en danger les villes par cet aspect là aussi.
Mais, tant qu'à laisser un espace non bâti dans une ville, on peut aussi y mettre des arbres (qui apaisent les habitants et qui évitent un peu l'effet ilot de chaleur) et/ou un espace (non imperméabilisé) pour que les enfants aillent se défouler, chose qui est plus difficile quand on doit éviter de piétiner des plants de salade ou de faire peur aux poules.
Un tel espace ne peut donc avoir qu'une vertu pédagogique ou récréative, mais, malheureusement, rien de plus. Par définition même, une ville est une concentration d'individus qui se mettent au même endroit, en pratique pour échanger et coopérer plus facilement, et par construction même c'est donc la création d'un déséquilibre entre la production alimentaire locale et les bouches à nourrir.
Une ville doit donc fatalement importer sa nourriture (et tout le reste : vêtements, matériaux de construction, objets pour le logement, etc) d'ailleurs, et plus une ville est grosse plus ses "tentacules logistiques" doivent aller chercher loin. C'est pour cela que dans un monde sobre en énergie les grosses villes vont avoir du mal à survivre : il leur faudra un hinterland bien plus important que ce que les possibilités de transport pourront alors fournir.
De ce fait, aucune "agrocité" ne pourra, hélas, être autre chose qu'une cité ordinaire avec une appellation vendeuse.

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date: '2023-01-29T16:25:16'
li-id: 7025499114272387072
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title: CHANGE_ME 18
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Plus une entreprise est grosse, plus elle se préoccupe de climat. On pourrait trouver cela paradoxal, dans la mesure où les plus grandes entreprises sont aussi, souvent, les plus mondialisées et le plus financiarisées, donc celles où les possibilités effectives de changer de modèle sans y laisser une part significative de leur chiffre d'affaire apparaissent d'emblée comme "pas évidentes".
En effet, "se décarboner", en pratique, n'est pas juste remplacer les combustibles fossiles utilisés en direct par des énergies dites sans carbone (en fait il y en a toujours un peu) : il s'agit d'être capable de survivre dans un monde où les émissions baissent globalement de quelques % par an tous les ans et dès maintenant.
Cela signifie donc survivre alors que des matériaux, des circuits logistiques, des usages à l'aval, des pouvoirs d'achat ou du temps libres seront de moins en moins disponibles. Et commet les entreprises qui ont le plus profité de ce que les combustibles fossiles nous ont amené sont aussi souvent les plus grosses, on pourrait penser qu'un phénomène de déni les éloigne le plus de regarder la question.
Il n'empêche : selon cet article des Echos, 20 % des PME françaises ont calculé leur empreinte carbone, alors que ce pourcentage monte à 37 % lorsque toutes les tailles d'entreprises sont prises en compte.
Certes la réglementation explique beaucoup cela : ce calcul d'empreinte carbone est devenu obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés (et sous certaines conditions va l'être pour plus de 250). Un autre élément joue aussi : les PME comportent généralement une proportion de cadres plus faible que les grands groupes, avec fatalement moins de personnes aptes à consacrer du temps à des sujets non immédiatement opérationnels.
Comme l'explique Clément Ramos dans une interview adjacente à cette article (https://bit.ly/3HGegKv ), pour les PME non financières c'est souvent un client important (privé ou public) qui est à l'origine du premier bilan carbone, parce qu'il en fait une condition de son achat.
Pourtant cette approche possède une valeur ajoutée très forte pour la raison suivante : les émissions viennent toujours de processus physiques ou chimiques. Tracer les émissions dont dépend son entreprise, c'est doc inventorier les flux physiques (et parfois les processus chimiques) dont elle dépend.
C'est donc un premier pas indispensable pour comprendre combien il sera facile ou pas de survivre dans un monde qui va se décarboner tôt ou tard, de gré pour cause de climat ou de force pour cause d'épuisement des combustibles fossiles et de forêts à couper. Voir un bilan carbone uniquement comme une obligation réglementaire est rater l'essentiel de ce qu'il amène au pilotage stratégique à moyen terme (voire à court terme), même pour une PME qui considère très souvent avoir peu de prise sur sa trajectoire globale.

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date: '2023-01-28T17:58:23'
li-id: 7025160160046129153
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climat-jean-marc-jancovici-explique-pourquoi-activity-7025160160046129153-RaAH
title: CHANGE_ME 19
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Dans une semaine c'est le début des vacances scolaires de février. Celles et ceux qui ont aujourd'hui la chance de profiter des sports d'hiver auront-il (ou leurs enfants) toujours la possibilité d'y partir à l'avenir ?
Avant l'énergie abondante - disons avant guerre - les habitants des pays de montagne étaient parmi les plus pauvres d'un pays. La Suisse - largement composée de montagne - était elle-même un des pays les plus pauvres d'Europe.
Et puis l'arrivée des énergies fossiles a donné des congés payés aux ménages (parce que les machines travaillent à notre place), une voiture à chacun d'entre eux, a permis l'augmentation de la production de béton et d'acier - indispensables pour "aménager" les stations de ski, et enfin a permis de chauffer les bâtiments et de permettre la douche chaude alors qu'il fait -15 °C dehors.
Et voici que les zones reculées de montagne sont devenus des "paradis économiques". 50% du PIB de la Savoie repose aujourd'hui sur le tourisme !
Bien sur, pour qu'il y ait des sports d'hiver, il faut aussi un hiver, ou plus précisément de la neige. Désormais cette dernière peut être artificielle (on dit pudiquement "de culture" ;) ) mais cela demande quand même qu'il fasse assez froid.
Les sports d'hiver, c'est donc de la neige toujours là et de l'énergie abondante. Mais les deux sont désormais menacés : la neige par le réchauffement climatique, qui va raccourcir - et supprimer à basse altitude - la présence de neige naturelle, voire artificielle s'il faut vraiment trop chaud, et l'énergie par la décrue des combustibles fossiles, parce que les moyens de transport collectifs pour aller en station ne sont pas souvent à l'échelle.
Un Samedi de février il va arriver 5000 à 10000 personnes dans une grosse station : il faudrait 6 à 12 TGV par station avec tous les vacanciers venant du même endroit ou presque pour acheminer la même quantité de monde !
L'avenir des stations de ski dans un monde sobre et sans neige est donc un gros point d'interrogation. Il n'est hélas pas sur que, pour les élus des communes qui hébergent ces activités (et pour les entreprises qui en vivent), il y ait partout une intense réflexion sur la manière d'anticiper plutôt que de subir. Ca serait surement utile !

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date: '2023-01-27T07:36:07'
li-id: 7024641174925664256
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title: CHANGE_ME 20
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Pour s'occuper sérieusement d'environnement, il faut certes poser des objectifs et imaginer des actions, mais il faut aussi des gens pour s'en occuper. L'incendie climatique ne s'éteindra pas sans pompiers appropriés !
Pour une fois ce post va donc concerner ce pour quoi Linkedin a été conçu :) : des offres d'emploi, pour quelques entités et des postes en lien avec la question.
A tout seigneur, tout honneur : on commence par la puissance publique.
La Direction Générale du Trésor (Bercy) cherche :
👉Un(e) adjoint(e) au chef du pôle "Zéro carbone" : https://bit.ly/407hmOD
👉Un(e) adjoint(e) chef du bureau Politique économique France en charge de la transition écologique : https://bit.ly/3Hubtno
La Direction Générale des Entreprises (Bercy) cherche :
👉 Un(e) directeur de projets "Décarbonation, Compétitivité et Développement de l'Industrie" : https://bit.ly/3wOtoiN
👉Un(e) économiste décarbonation, compétitivité et compétences dans l'industrie : https://bit.ly/3H9vHBz
👉Un(e) économiste transition écologique des services marchands : https://bit.ly/4066Mra
👉Un(e) économiste compétitivité, la transition écologique et les compétences : https://bit.ly/3Y0TACj
👉Un(e) chargé(e) de mission Transition écologique transports-développement nouvelles mobilités : https://bit.ly/3kIbYkZ
France Stratégie cherche :
👉 Un(e) chef(fe) de projet au secrétariat permanent de la Plateforme RSE : https://bit.ly/3WHSiea
Au Haut Conseil pour le Climat l'offre du jour est pour :
👉 Un(e) chargé(e) de mission agriculture et alimentation : https://bit.ly/3ZVjh8W
Plus généralement, les ministères et les collectivités cherchent de plus en plus sur ces sujets climat-énergie, à savoir :
👉Ici des dizaines d'offres "décarbonation" : https://lnkd.in/e9cDvwnA
👉Ici des dizaines d'offres "climat" : https://lnkd.in/eRWGRuH5
👉Ici des dizaines d'offres "sobriété" : https://lnkd.in/eBsy266J
Ensuite on va passer au monde associatif.
Au Shift Project nous recrutons :
👉 Un(e) chargé(e) de gestion administrative : https://lnkd.in/ed2AqeNM
👉 Un(e) responsable adjoint(e) Administration et Finances : https://lnkd.in/eqB_MJth
Bloom (association militant pour une pêche durable) recrute :
👉 Un(e) responsable de campagne internationale avec profil ingénieur spécialiste de la pêche : https://bit.ly/3R3OVNC
NB : Bloom et The Shift Project ont actuellement une collaboration et ce poste y est associé.
Le CJD - Centre des jeunes dirigeants - propose en alternance un poste de chargé(e) de projet transition VTE Vert : https://bit.ly/3wylpGa
Enfin, dans le monde privé, charité bien ordonnée etc, c'est à Carbone 4 qu'il y a une dizaine de postes à pourvoir qui sont décrits sur https://lnkd.in/dxzysp75
Bonne chance !

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date: '2023-01-26T08:18:51'
li-id: 7024289540320153600
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_souverainet%C3%A9-et-ind%C3%A9pendance-%C3%A9nerg%C3%A9tique-activity-7024289540320153600-IgB-
title: CHANGE_ME 21
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La "Commission d'enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d'indépendance énergétique de la France", c'est un peu le Thinkerview de l'énergie du moment. Chaque personne qui passe sur le grill dispose d'une heure et demie minimum pour s'exprimer, et globalement les questions sont assez précises (les réponses parfois un peu moins !).
Quand on regarde la liste des "auditionnés", il est facile de constater que globalement c'est l'électricité qui concentre l'essentiel du "temps d'antenne". Certes Patrick Pouyanné est passé "dire bonjour", mais globalement on ne parle pas d'hydrocarbures dans cette enceinte à proportion de leur importance dans l'ensemble de notre système énergétique.
Lors de cette audition de la patronne d'Engie, qui date du 6 décembre dernier, il a donc beaucoup été question, sans surprise, de gaz. Qu'est-ce que que l'on y trouve ?
D'abord, très peu d'échanges ont porté sur le passé de la DG d'Engie (qui a fait la quasi-totalité de sa carrière dans l'amont pétrolier et gazier : https://bit.ly/3RfZwFd ) ou de son entreprise, alors que c'était le cas pour les autres "auditionnés". Pourtant, avec le titre de cette commission d'enquête, c'est bien du passé dont il est question ! Ont surtout été abordés les projets d'Engie et le potentiel de ceci ou cela à l'avenir, ce qui est néanmoins intéressant quand même, bien sûr.
Catherine MacGregor affirme en particulier que le gaz français sera décarboné à 20% en 2030 et totalement en 2045 (sans donner les volumes concernés). Il y a 2 manières de faire du gaz décarboné : la méthanisation d'une part (par fermentation de biomasse renouvelable), et la production d'hydrogène décarboné d'autre part (ce dernier pouvant ensuite être utilisé tel quel ou associé à du carbone biogénique pour faire des combustibles gazeux ou liquides).
L'hydrogène décarboné s'obtient soit par électrolyse avec de l'électricité décarbonée, soit par reformage du méthane avec capture et séquestration de l'ensemble du CO2 émis par le processus (voir https://bit.ly/3DgTyhr pour un rapide panorama).
En 2021, le seul gaz décarboné vient de la méthanisation et c'est 1% du gaz utilisé en France (voir graphique en commentaire). La décarbonation totale du gaz est donc un gros point d'interrogation qui, dans notre pays, fait l'objet de considérablement moins d'attention médiatique que celle de l'électricité.
Dans cette audition, le biogaz est qualifié d'énergie "locale". C'est vrai pour le végétal qui finira dans le méthaniseur. Mais ce dernier est fait de métaux qui ne sont pas locaux, et les cultures ou résidus de culture utilisés pour la méthanisation auront utilisé des engrais, pas locaux, ou des tracteurs, qui ne le sont pas plus...
On retrouve ici la question de l'imbrication des énergies, qui rend très difficile de savoir quel potentiel sera réellement accessible quand (et si) la "production ENR" ne bénéficiera plus de la productivité industrielle globale amenée par pétrole, gaz et charbon.

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date: '2023-01-24T07:35:54'
li-id: 7023553958300250112
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_pourquoi-la-france-produit-de-moins-en-moins-activity-7023553958300250112-1zJW
title: CHANGE_ME 22
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Dans les émissions d'origine agricole, l'un des postes importants en France est le méthane émis par le cheptel bovin. Ce méthane vient de la fermentation des végétaux dans la panse de ces grosses bestioles, et ressort sous forme de rots pour l'essentiel.
A cela il faut rajouter les émissions des cultures fourragères le cas échéant (maïs, soja, céréales, pois...). Ces cultures engendrent des émissions de CO2 pour la fabrication des engrais, et des émissions de N2O (un gaz à effet de serre 265 fois plus puissant par kg que le CO2) lors de l'épandage de ces derniers. Le résultat est que manger un kg de boeuf conduit à l'émission de plusieurs dizaines de kg d'équivalent CO2.
On pourrait donc se réjouir de la baisse du cheptel évoquée par cet article des Echos, expliquant que, depuis 2016, il y a une tendance en ce sens. Sauf que cette évolution n'est pas du tout pilotée, dans un contexte où les éleveurs verraient leurs revenus maintenus avec des prix unitaires qui augmentent, et des méthodes qu montent en gamme.
Elle est subie, à cause :
- du non renouvellement des exploitations (de fait éleveur est un métier très contraignant et peu rémunéré)
- de la hausse des couts (énergie donc engrais, aliments...).
Mais en face les consommateurs n'ont pas modifié leurs habitudes alimentaires. La conséquence est donc une hausse des importations, et par ailleurs une constance de l'empreinte carbone (pour "la planète", la situation n'a pas changé).
Dans le même temps, les consommateurs mangent de moins en moins de fruits et légumes, en particulier les jeunes : selon le président de l'Interprofession des fruits et légumes, les personnes de moins de 35 ans en mangent 4 fois moins que leurs grands parents (https://bit.ly/3Xwb7T5 ).
Il y a donc la théorie et il y a les faits. En théorie, il faudrait que nous mangions plus de végétaux et moins de viande, et il faudrait que cela se fasse dans un contexte où les exploitants ne sont pas les premiers pénalisés par cette évolution. Rappelons que les exploitants agricoles, aujourd'hui, représentent 2% du PIB, ce qui signifie que la production des denrées agricoles brutes représente de l'ordre de 2% du budget des ménages. C'était plus proche du tiers il y a un siècle !
Dans les faits, nous mangeons toujours autant de viande (et de plus en plus dans des produits transformés) et de moins en moins de végétaux directement utilisables, et par ailleurs il y a de plus en plus de produits "industriels" (dont les boissons) et beaucoup trop de sucre.
Idéalement, il faudrait que le cheptel diminue dans un contexte bien différent : que des éleveurs aussi nombreux gèrent des troupeaux plus petits et mieux valorisés, et cela dans un contexte où la population modifie ses habitudes alimentaires pour que ce ne soient pas des importations qui prennent le relais (ce qui se passe aussi dans la volaille). Un sujet de plus où il faudrait se creuser un peu plus les méninges !

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date: '2023-01-23T08:00:44'
li-id: 7023197816785129472
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_hydrog%C3%A8ne-industrie-macron-et-scholz-relancent-activity-7023197816785129472-ANEu
title: CHANGE_ME 23
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Après avoir jeté à la poubelle une partie de son parc de production électrique décarboné, l'Allemagne compte désormais sur celui à construire "chez les autres" pour se fournir en hydrogène "vert", c'est-à-dire produit avec de l'électricité d'origine renouvelable.
Dans les diverses annonces que j'ai vues passer sur cette "stratégie" allemande, il ne figure jamais la réponse aux questions suivantes, qui me semblent pourtant un peu centrales dans l'affaire :
- le nucléaire étant hors jeu pour nos voisins, pourquoi serait-il plus facile de construire des éoliennes et des panneaux solaires hors d'Allemagne plutôt que dans ce pays pour disposer d'électricité bas carbone ?
- les pays d'Afrique du Nord, ou d'autres "bien insolés", ou "bien ventés", devront développer des ENR pour décarboner leur propre mix électrique. Pourquoi les premières éoliennes et les premiers panneaux solaires au sein de ces pays devraient prioritairement servir à décarboner l'Allemagne plutôt que leur économie domestique ?
- le rendement de chaine est faible : l'électrolyse à partir d'électricité a un rendement de l'ordre de 70% et la liquéfaction + transport de H2 un rendement de l'ordre de 50% (et je ne connais pas celui de la "regazéification" de l'hydrogène). Si on passe par le méthane ou l'ammoniac on économise les pertes de liquéfaction mais on perd l'énergie nécessaire à la synthèse de CH4 ou NH3. Il faut donc doubler (et peut-être plus) la production électrique par rapport à une production locale utilisée en direct. Pourquoi cela "tiendrait" physiquement et économiquement à long terme, au surplus dans un monde où les bateaux transportant méthane et ammoniac devront utiliser une partie de la cargaison comme carburant puisqu'il n'y a plus droit au pétrole ?
Sortir d'un débat sur l'énergie demande toujours de manipuler des chiffres. Lorsqu'elle relaie les annonces gouvernementales, il serait souhaitable que la presse accompagne ces dernières de calculs d'ordre de grandeur pour que l'on comprenne ce qui est réaliste (ou pas) et à quel horizon de temps pour les annonces en question. Si cela conduit à prendre quelques jours pour publier un article, le gain en valeur ajoutée me semble largement justifier le délai.
A tout le moins, la même presse pourrait accompagner l'annonce des questions que cela pose. Cela éviterait, le cas échéant, de perdre du temps à courir derrière des chimères, ce qui, quand on est dans une course contre la montre, est un moyen garanti de faire son propre malheur.

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date: '2023-01-22T10:42:02'
li-id: 7022876021402042368
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_en-2011-%C3%A0-une-%C3%A9poque-o%C3%B9-le-gaz-russe-ne-activity-7022876021402042368-GCwD
title: CHANGE_ME 24
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En 2011, à une époque où le gaz russe ne faisait pas la une de l'actualité, la France a interdit la fracturation hydraulique, mettant ainsi un terme à toute exploitation potentielle du gaz dit de schiste sur notre sol. Avons nous à l'époque supprimé une marge de manoeuvre importante pour continuer à consommer du gaz ?
C'est la question que j'ai traitée dans ma chronique diffusée hier matin sur RTL : https://bit.ly/3D5jqNe
Pour produire ce type de gaz il faut :
- que le sous-sol comporte une roche mère, c'est à dire une formation géologique où se sont formés des hydrocarbures liquides et gazeux (https://bit.ly/2RsaUS6 ). C'est le cas chez nous.
- que des hydrocarbures y soient toujours présents. Or, en France, une large partie a très certainement migré vers les roches-réservoir de la Mer du Nord et du bassin aquitain, et il n'y a plus beaucoup de gaz dans la roche mère (ce que dit Patrick Pouyanné lors d'une audition récente devant une commission d'enquête parlementaire : https://bit.ly/3XQMSPd )
- que la roche mère soit fracturable (elle peut être trop "molle" pour cela, comme en Pologne qui a essayé pour de vrai)
- qu'il y ait l'espace en surface pour mettre tous les quelques kilomètres une installation qui ressemble à ce qu'il y a sur la photo (avec les pistes d'accès qui vont avec et qui sont parcourues par des norias de camions pour acheminer l'eau et le sable, et évacuer le gaz ou le pétrole)
- comme la durée de vie d'un puits est faible, il faut qu'il y ait une industrie du forage apte à faire en permanence beaucoup de trous (les USA forent environ 100.000 puits par an) qui n'existe pas en Europe
Un dernier point est central : le droit. Aux USA, les ressources minières présentes sous le sol appartiennent au propriétaire du sol. Il suffit donc à ce dernier de toper avec un exploitant pour que les opérations démarrent.
En France, les ressources minières appartiennent à l'Etat (j'ai bien peur d'avoir inventé dans ma chronique une limite de 10 mètres qui n'existe pas ! Heureusement ca ne change pas la suite).
De ce fait, si vous ou moi avons du gaz (ou du plomb, ou de l'or, ou du lithium) sous notre terrain, nous ne pouvons pas en confier l'extraction à un opérateur avec partage des recettes : c'est l'Etat qui en est propriétaire et qui seul peut en attribuer la concession à une entreprise. Aux USA, en pareil cas le propriétaire du terrain devient monétairement riche, alors qu'en France il se fait exproprier !
Pour démarrer une exploitation à large échelle de gaz de schiste chez nous, il faudrait donc une concession minière par puits ou ensemble de puits, avec à chaque fois des recours possibles évidemment : il y en aurait pour plus d'une décennie.
En conclusion, même si la fracturation hydraulique était ré-autorisée, le "gaz de schiste" ne pourrait pas du tout compenser le déclin des importations russes en Europe. Mais le gaz fossile, dont l'usage émet du CO2, doit disparaître d'ici 2050, ce n'est pas vraiment un drame.

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date: '2023-01-21T11:21:23'
li-id: 7022523538767065088
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-pr%C3%A9sident-r%C3%A9pond-%C3%A0-vos-questions-sur-l%C3%A9cologie-activity-7022523538767065088-vcvG
title: CHANGE_ME 25
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Emmanuel Macron répond à vos questions sur l'écologie, épisode 3. Je viens de regarder cette courte vidéo (17 minutes). Ce format a le mérite de traiter de questions détourées, ce qui rend la critique (que j'espère constructive) circonstanciée. Voici quelques commentaires.
- sur le "qui aurait pu prévoir" : "on" pouvait mettre dans le discours de voeux la précision donnée dans cette vidéo (que ce qui était imprévisible était la vitesse d'évolution) et qui levait toute ambiguité. Y avoir pensé sans l'avoir fait est hautement improbable et il reste toujours à savoir pourquoi...
- l'Elysée a demandé aux 50 sites industriels les plus émetteurs en France de diviser leurs émissions par 2 en 10 ans. Il s'agit essentiellement d'industrie lourde (acier, chimie, ciment). Cette dernière a besoin de déployer des technologies nouvelles (hydrogène produit par électrolyse, capture et séquestration du CO2, recyclage chimique) pour baisser ses émissions de plus de 30% (voir le plan de transformation de l'économie française : https://bit.ly/3WqangU ). Cela demande que le pays fasse des investissements de son côté (production électrique décarbonée pour l'électrolyse, organisation de la collecte de matériaux à recycler pour les industriels...) qui doivent être au rendez vous dans les temps impartis. Cela demande aussi une manière d'obliger les investissements des industriels pour y parvenir. Pour le moment le plan d'ensemble qui le garantisse n'est pas sur la table.
- La "taxe carbone aux frontières" n'est pas une taxe (en pratique les importateurs devront acheter des quotas et le prix de ces derniers n'est pas connu à l'avance), et surtout ce mécanisme ne s'appliquera pas, dans un premier temps, à l'essentiel des produits importés (il s'appliquera en gros aux "commodités" : acier, matériaux chimiques de base, ciment).
- la réponse à la question "que faites vous pour le climat" liste quelques actions dispersées, mais ne donne aucune vision d'ensemble (existe-t-elle ?).
- sur le plastique les mesures essentielles sont du côté amont (moins d'emballages, plus de de recyclage, etc)
- la forêt doit augmenter sa capacité comme puits tout en contribuant à plus d'usages aval, et cela dans un contexte d'adversité climatique croissante. Organiser cela demande des compétences et un plan d'ensemble qui est pour le moment sont plutôt inexistants côté Etat. Ca ne se résume pas à "planter des arbres".
- la réponse sur les ZFE évoque des "solutions" qui ne seront pas déployées à l'échelle - voire ne le seront jamais - au moment de l'installation de ces zones.
Personne ne travaillant seul, pas plus notre président que les autres, il est dommage qu'aucune réponse ne parle de la mise à niveau de l'équipe élyséenne (https://bit.ly/2TcaAU9 ) sur ces sujets. Il me semble qu'il y a là une "mère de toutes les mesures".

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date: '2023-01-20T09:25:05'
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title: CHANGE_ME 26
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Dans le premier chapitre de "Dormez tranquilles jusqu'en 2100", j'avais fait remarquer que la "crise des subprime" avait suivi 3 ans de stagnation de la production de pétrole accompagnée d'une envolée de son prix, et que la décélération du PIB américain avait précédé la crise financière et non l'avait suivie.
J'en avais tiré l'hypothèse que cette crise financière était un symptôme - comme la crise de 1973 - d'une rupture de pente sur l'approvisionnement pétrolier occidental. En 1973, le monde industriel - essentiellement composé de l'OCDE à une époque où les BRICS ne pesaient vraiment pas lourd dans l'économie mondiale - avait vu la hausse de son approvisionnement pétrolier passer brutalement de 8% par an à une stagnation puis une hausse beaucoup plus modeste (légèrement supérieure à 1% par an).
Cela avait mis un très gros coup de frein à la croissance économique, et déclenché le début d'un phénomène qui n'a fait que prendre de l'ampleur depuis : l'endettement.
Dans un article beaucoup plus fouillé sur le plan économique que ce que j'avais écrit à l'époque, Matthieu Auzanneau (par ailleurs directeur du Shift Project dans le civil :) ) revient sur cette "crise des subprime" et documente pourquoi, selon lui, elle est doublement déterminée par un problème d'approvisionnement pétrolier.
Le premier facteur déclencheur est le choc de 1973, qui a ralenti la croissance et engendré une augmentation constante des dettes dans les économies occidentales après 1973. Ce que soutient Matthieu Auzanneau - et beaucoup d'autres spécialistes du pétrole avec lui - est que le choc de 1973 est une conséquence directe du pic pétrolier conventionnel américain de 1970, à une époque où les USA produisaient un quart de l'or noir mondial (à la même époque l'URSS c'est 15% et l'Arabie Saoudite c'est 8%).
Le deuxième facteur déclencheur est le pic pétrolier conventionnel mondial en 2008. C'est sur cet épisode qu'il s'attarde dans son analyse, qui est convergente avec celle d'autres spécialistes du lien entre pétrole et économie, comme par exemple Michel LEPETIT (chercheur associé au Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain - https://bit.ly/3XLS5Yk ).
Matthieu Auzanneau passe par une observation de l'évolution de l'inflation, du taux directeur de la banque centrale, ou encore du déficit commercial, qu'il relie de manière argumentée à l'évolution de la production de pétrole.
Dans un travail fouillé du Shift Project publié il y a un an (https://bit.ly/3R8e1uV ), nous avions souligné que les 16 principaux producteurs de pétrole de la planète étaient probablement passés par leur pic de production en 2018.
Si les mêmes causes produisent les mêmes effets à l'avenir, cela signifie que le paysage économique et financier de demain pourrait bien être plus proche de la collection de chocs et de crises qu'un "retour à la normale", et ce quelles que soient nos aspirations sur les retraites...

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date: '2023-01-19T18:10:15'
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title: CHANGE_ME 27
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En Novembre dernier, la Fondation Descartes a publié une étude sur la manière dont les français(es) s'informent sur le changement climatique : https://bit.ly/3HqMQZ3
On y apprend que le premier canal d'information sur la question est constitué des media généralistes, puis on va trouver l'entourage (proches et amis) et les réseaux sociaux.
Dans notre pays (et si les réponses ont été honnêtes :) ) ce ne sont donc pas ces réseaux qui constituent le premier vecteur d'information.
Alors qu'un autre graphique (en commentaire) montre que la plus grande cote de confiance est accordée aux scientifiques qui travaillent sur la question, il est dommage de ne pas avoir mis dans la liste des réponses les sites des institutions scientifiques.
Mais là où ca devient farce, c'est que les media sont par ailleurs, juste avant les réseaux sociaux, les modes d'informations que la population considère comme les moins fiables ! Seulement 16% de la population déclare en effet leur faire un peu ou beaucoup confiance de manière générale.
Ce grand écart entre habitudes (puisque nous continuons à utiliser les media) et confiance n'est pas une nouveauté. La bonne question est de savoir pourquoi c'est une constante que la population aille s'informer essentiellement auprès d'entités à qui elle n'accorde que peu de crédit, alors que désormais les organismes émetteurs d'information le font en direct via leurs sites internet.
Tentons une explication : le media vient à vous, alors que d'utiliser internet demande d'aller à l'information (et donc de savoir naviguer dans un univers plus complexe). En fait, ce que dit probablement cet écart, c'est que la population souhaite des intermédiaires qui feront le tri et la vulgarisation pour elle, mais n'est pas satisfaite de la manière dont les personnes qui assurent aujourd'hui cette fonction s'acquittent de la tâche l'essentiel du temps.
D'où peut venir ce défaut de confiance contre des media qui sont par ailleurs utilisés parce que c'est "normal" d'écouter l'information qui vient à vous ?
Tentons à nouveau une hypothèse : nous avons tendance à caler notre niveau de confiance sur la plus mauvaise surprise vécue et non sur la moyenne de ce qui se passe : il suffit donc d'une fois où nous avons pris un media en flagrant délit d'incohérence, ou de méconnaissance d'un sujet que nous connaissons bien, et ensuite nous deviendrons méfiants de façon habituelle.
L'antidote à cela est donc qu'un media ne déroge jamais à quelques règles simples :
- ne pas traiter une information quand il n'y a pas le temps pour cela
- bien comprendre qui est légitime pour s'exprimer sur quoi (évite les incohérences)
- être transparent sur ce que l'on sait et ce que l'on ne sait pas
- ne pas confondre les faits et les opinions (y compris la sienne),
- ne pas confondre la ligne éditoriale avec la régie publicitaire.
Une démocratie qui fonctionne bien a besoin de media qui fonctionnent bien. Les houspiller pour les faire progresser est donc utile :)

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date: '2023-01-18T11:18:15'
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title: CHANGE_ME 28
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Lorsque l'Allemagne a décidé - et mis en application - sa sortie du nucléaire (que l'on doit à Schroeder - avant Fukushima - et non à Merkel, contrairement à ce qui est souvent dit ou écrit), d'aucuns s'étaient émus que cela pourrait conduire à recourir plus longtemps au charbon, conduisant en cela à des émissions de CO2 supplémentaires - outre d'autres petits à-côté de cette énergie : particules fines (des milliers de morts prématurés en Europe chaque année), NOx, pollution des eaux de surface, montagnes de cendres (des milliers de tonnes par jour pour les plus grosses centrales) qui contiennent des métaux lourds et des substances toxiques (arsenic, fluor...), et évidemment destruction totale des écosystèmes sur les dizaines de km2 d'emprise de l'excavation de lignite.
A l'époque déjà, il était possible d'observer depuis le ciel les vastes étendues (plusieurs kilomètres de côté) des mines à ciel ouvert de lignite, comme celle de Garzweiler, près de Cologne : https://bit.ly/3Xlzfra (il y en a d'autres pas loin, dont une encore plus grande à Hambach : https://bit.ly/3QNlhMo ), dont la création a conduit à l'évacuation définitive d'un peu moins de 100.000 personnes, avec destruction volontaire de leur habitat.
Mais tout cela n'aurait pas du arriver avec la substitution du charbon par le gaz, diront d'autres. A cela on peut répondre 2 choses :
- cela serait encore moins arrivé si l'Allemagne avait conservé son nucléaire. Si on regarde l'évolution de la puissance pilotable chez nos voisins, elle est restée à peu près constante depuis 2002 : https://bit.ly/3w9Y4KH. Il y avait 22,4 GW de nucléaire à cette époque et 20 GW de lignite. Aujourd'hui il reste 4 GW de nucléaire : à la place il pourrait ne rester que 2 GW de lignite... et l'agrandissement de Lützerath ne serait pas nécessaire.
- la dépendance aux russes était un pari, et l'histoire nous a quand même enseigné que nos relations avec notre grand voisin n'ont pas toujours été tranquilles. Ne pas envisager que ca puisse tourner vinaigre est quand même gentiment imprévoyant.
En Europe, quand un état n'est pas assez discipliné sur le plan de l'équilibre des comptes publics, il est théoriquement susceptible de se voir infliger une amende par le Conseil, allant jusqu'à 0,5% du PIB (soit environ 10 milliards pour la France). Plus généralement, lorsque l'on entend être réellement sérieux sur le respect d'une obligation, il y a des sanctions en cas de non respect qui sont d'autant plus sévères que l'obligation à respecter est importante.
Si l'Europe était réellement sérieuse sur le CO2, il y aurait un système de sanctions prévu pour non respect d'un plafond d'émissions de CO2 par un pays donné. Et cette sanction pourrait être majorée lorsqu'un pays a fait l'exact inverse de ce qu'il pouvait physiquement faire pour respecter l'obligation.

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date: '2023-01-17T08:00:30'
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title: CHANGE_ME 29
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Il pleut, donc il fait beau. Après 2 mois d'automne (novembre et décembre), les trois quarts des nappes phréatiques françaises ont encore très soif. En effet, même s'il a plu après la fin octobre, il y a eu un tel déficit accumulé avant que la situation d'ensemble reste déficitaire sur une large partie du pays, parfois très fortement.
Au surplus, fin octobre la végétation était encore active à cause d'un temps très chaud, et les premières pluies de novembre ont donc été alimenter les plantes et non les nappes. Il a aussi fallu humidifier des sols très secs, ce qui a aussi utilisé une partie de l'eau tombée qui n'est pas allée jusqu'aux nappes.
Enfin, lorsque les épisodes de précipitations ont été intenses, une fraction a ruisselé directement vers les rivières puis la mer, parce que l'infiltration dans un sol très sec est plus difficile que dans un sol déjà un peu humidifié.
Globalement, ce n'est pas maintenant que cette faiblesse du niveau des nappes est gênante. La végétation est en dormance, l'agriculture ne prélève pas, et il reste de quoi alimenter les réseaux d'eau potable le cas échéant (https://lnkd.in/gG9eZM8 ), surtout que ce n'est pas non plus l'époque de l'arrosage des pelouses et du remplissage des piscines.
C'est au retour de la saison chaude que cela risque de poser problème. Si d'ici là la recharge n'a pas été bonne (et donc qu'il n'y a pas eu suffisamment de ces dépressions qui nous amènent pluie et parfois vent, ce que nous appelons aujourd'hui "mauvais temps"), cela signifie que l'on abordera l'été prochain - et ses possibles vagues de chaleur, puisque chaque été offrira hélas l'occasion de battre le record précédent - avec moins d'eau pour l'agriculture, et pour les arbres quand ces derniers ont des racines qui vont jusqu'à la nappe.
L'évolution future d'une nappe est typiquement un processus qui a du mal à être modélisé dans le cadre d'un climat qui se réchauffe. Il est possible de faire des projections sur les précipitations globales (sur une large zone) de l'année, voire sur l'augmentation des épisodes pluvieux intenses (moins bons pour l'infiltration dans le sol, à précipitations égales, que des épisodes continus), mais ensuite chaque géologie du sol est particulière, adjectif qui s'applique aussi aux usages locaux (qui dépendent beaucoup des cultures et de la nature de la végétation).
Pour autant, les tendances sont claires : il ne faudra pas venir se demander "qui aurait pu prévoir ?". Il faut donc essayer au maximum d'imaginer ce que l'avenir peut nous réserver, pour limiter au mieux le risque de manquer de cette précieuse ressource qu'est l'eau. Actuellement, faisons nous vraiment le maximum en ce sens ?

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date: '2023-01-15T10:14:03'
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title: CHANGE_ME 30
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Après The Guardian, qui est probablement le "grand" media européen qui a ouvert la voie, en proposant une rubrique "crise climatique" (https://lnkd.in/e8q7-6rG ) accessible dès la homepage, et après Radio France qui a pris l'engagement de former l'ensemble de sa rédaction aux enjeux climatiques, c'est au tour du groupe Sud-Ouest de publier une charte dans laquelle il affirme "Les éditeurs du Groupe Sud Ouest sengagent à inscrire les enjeux climatiques et environnementaux au cœur de leur production éditoriale, en organisant des espaces de prise de parole et déchange constructifs, en documentant les enjeux locaux et en mettant en relief les connaissances scientifiques, avec rigueur, objectivité et indépendance".
Suivent 15 engagements, qui incluent la mise en place d'un conseil scientifique, la formation de la rédaction, la mise en place d'un bilan carbone et d'actions de sobriété (y compris numérique), l'origine du papier, ou encore le contenu publicitaire.
En lisant attentivement cette charte, on comprend évidemment que le Diable sera dans les détails, et en particulier dans l'ambition effective associée à chacune des actions. On peut faire un bilan carbone et agir ensuite pour faire baisser ses émissions de 1% par an, de 5% par an, ou... les faire croître "moins que plus", en visant juste une baisse par exemplaire imprimé ou diffusé sur le serveur, tout en ayant un plan d'augmentation de la diffusion !
Sur la publicité, là aussi toutes les nuances de gris sont possibles : Sud Ouest dit vouloir proposer des espaces gratuits aux associations, mais on peut imaginer des systèmes plus dissuasifs pour la promotion de produits ou services lorsqu'ils vont avec des pressions plus importantes sur l'environnement.
Avoir un encart pour promouvoir l'avion, une voiture, un mode de commerce ou des produits alimentaires "élevés en carbone" couterait donc plus cher que la promotion du marché du coin, des vélos ou des livres.
Pour la formation, là aussi il y a un monde entre la demi-heure que le gouvernement a royalement accordée au climat et les 150 heures minimum qui sont préconisées pour les étudiants du supérieur par The Shift Project.
Il faut donc voir cette charte comme un premier pas éminemment bienvenu. Ce qu'il en adviendra ensuite dans les faits dépendra essentiellement des personnes qui vont la mettre en oeuvre (à commencer par le patron !), de l'accueil qui lui sera fait en interne et de la pression que mettront les salariés, et évidemment de la réponse du lectorat, puisqu'un média privé reste une entreprise commerciale qui a du mal à agir si cela fait fuir les gens qui consomment l'information.
Pour favoriser le fait que toutes les "parties prenantes" soutiennent l'évolution, il sera utile d'avoir un système d'indicateurs adéquats et de régulièrement en rendre compte. Ca ne devrait pas faire peur à des journalistes : c'est de l'information !

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date: '2023-01-14T16:28:25'
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title: CHANGE_ME 31
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Tou(te)s en selle ! Apparu à la fin du 19è siècle, le vélo a rapidement vu son emploi augmenter, et en 1925 il offrait en moyenne à un français autant de km parcourus par jour que l'automobile (alors nettement moins répandue qu'actuellement, c'est clair !).
Mais depuis 1940 son usage plafonne. Aujourd'hui, un habitant du pays fait en moyenne plus de km en avion par an qu'en vélo ! Pourtant développer son usage procure de nombreux bénéfices :
- moins de CO2
- moins de pollution
- moins d'argent à dépenser
- depuis qu'il y a une assistance électrique, apte à transporter enfants et courses, et aussi à monter les côtes, sans trop souffrir
- en univers "congestionné" (ville ou périurbain) pas beaucoup moins rapide qu'une voiture
- meilleur pour la santé
Vu comme cela, on se demande vraiment pourquoi ce mode de transport ne représente pas l'essentiel des km parcourus pour la mobilité dite du quotidien (travail, courses, école etc), qui représente 2/3 des km faits annuellement en voiture, généralement très peu remplie (1,1 personne en taux moyen). Où est le problème alors ?
Le premier d'entre eux est généralement l'insécurité potentiellement ressentie par le ou la cycliste qui chemine au milieu de "beaucoup plus lourd que son vélo". La clé du développement du vélo s'appelle donc des pistes cyclables. Et des pistes exclusivement cyclables !
Les itinéraires mixtes (piétons et vélos) n'ont pas plus de pertinence que si on autorisait les piétons à descendre sur la chaussée dans les rues où la vitesse est limitée à 30. Comme je l'évoque dans cette chronique, il n'y a rien de commun entre un(e) cycliste allant à son travail à 25 ou 30 km/h et un piéton qui déambule avec enfants ou chien, ou en regardant son téléphone...
Le deuxième d'entre eux est la possibilité de garer son vélo à destination (qui peut être le lieu d'accès à un autre moyen de transport) ou chez soi sans se le faire voler.
Le 3è problème est que, l'automobile coutant plus cher, les constructeurs de voiture gagnent beaucoup d'argent que ceux de vélos, et donc emploient plus de monde. Cela en fait des interlocuteurs plus écoutés des pouvoirs publics... qui tendent à maintenir le système.
On pourrait ajouter un 4è élément : la voiture est un objet de statut social. Il faudrait qu'une jolie paire de mollets le devienne un peu plus !
La voirie n'est pas payée par les automobilistes mais par les contribuables. Un cycliste l'est autant qu'un conducteur d'un engin d'une tonne ou plus. A l'heure de l'impérieuse décarbonation, il serait tout à fait justifié que la collectivité - qui fonctionne avec les impôts - assure aux utilisateurs de la petite reine autant de facilités à se déplacer qu'aux utilisateurs d'engins motorisés d'une tonne, électriques ou pas.
Il n'y a plus qu'à !

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date: '2023-01-13T22:08:17'
li-id: 7019787230227390464
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title: CHANGE_ME 32
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Le projet de loi sur les énergies renouvelables se concentre essentiellement sur l'électricité. De fait, dans l'exposé des motifs du projet initialement déposé au Sénat (253 pages ! https://lnkd.in/eq2amZEk ), il est surtout question d'éolien et de photovoltaïque, et un peu de méthanisation.
Pourtant, dans notre pays, 45% de l'énergie sert à avoir de la chaleur, et aujourd'hui cette dernière est essentiellement fossile. Dans ces usages on va trouver :
- le chauffage des logements et des bâtiments dits tertiaires (en gros tout ce qui n'est ni logements, ni bâtiments industriels : bureaux, commerces, hôpitaux, écoles, piscines, casernes, musées...)
- la production d'eau chaude sanitaire dans ces mêmes bâtiments, et plus marginalement la cuisson
- la chaleur industrielle, importante dans les matériaux de base (métaux, ciment, chimie de base, papier), dans la chimie de spécialité et dans l'agroalimentaire
C'est le gaz qui est la première source de chaleur en France (dans l'autre sens 55% du gaz sert au chauffage). Par les temps qui courent, il n'est peut-être pas idiot de se pencher sur la manière de le remplacer par de la chaleur renouvelable.
Font partie de cette catégorie la biomasse solide (bois buche et granulés) ou gazeuse (biogaz), la géothermie profonde (on extrait la chaleur du sous-sol pour chauffer des bâtiments), les pompes à chaleur (puisant les calories dans l'air ou dans le sol, et qui peuvent aussi servir pour des usages industriels à haute température), et le solaire thermique (pour l'eau chaude sanitaire ou le chauffage avec un plancher chauffant).
Ces solutions sont matures, elles substituent directement du gaz ou du fioul l'essentiel du temps (et quand elles substituent de l'électricité ca sera toujours ca de gagné pour la mobilité électrique ou l'électrification d'usages industriels), ne posent pas de problème particulier d'approvisionnement en métaux, et elles sont économiquement équivalentes aux alternatives fossiles.
Question biodiversité, le tableau est plus nuancé : pour les pompes à chaleur, le solaire thermique et la géothermie, les atteintes sont faibles. Ces dispositifs occupent peu d'espace en plus du bâti existant. C'est plus délicat pour la biomasse : il faut évidemment éviter la déforestation, ou la perte de biodiversité en remplaçant les forêts diversifiées par des plantations monospécifiques d'espèces à croissance rapide.
Mais globalement il y a beaucoup de potentiel et peu d'effets pervers à leur déploiement. Pourtant, la priorité a été surtout donnée aux ENR électriques. Est-ce si pertinent ?
Incidemment il y a une autre source de chaleur décarbonée qui n'intéresse personne : celle issue du refroidissement des centrales nucléaires, soit environ 600 milliards de kWh, soit environ ce qui est utilisé en France en énergie fossile pour le chauffage et l'eau chaude sanitaire !

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date: '2023-01-12T20:44:30'
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title: CHANGE_ME 33
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Un de mes collègues de travail m'a envoyé hier la question suivante : "à quand faut-il remonter dans le passé pour avoir des émissions de 2 tonnes de CO2 par personne ?"
Si l'on inclut la déforestation (qui a toujours accompagné la croissance démographique), la réponse est donnée par ce graphique (compilation de l'auteur sur sources diverses) : à 1860. En effet, le CO2 issu des combustibles fossiles est "récent", mais avant il y a eu de la déforestation, qui a longtemps été le terme dominant dans l'ensemble des émissions humaines.
Si l'on regarde juste le CO2 issu des énergies fossiles (graphique en commentaire), en supposant que l'on arrête la déforestation (ce qui pour le moment est hélas une vue de l'esprit mais finira par arriver, au plus tard quand il n'y aura plus rien à couper !), la réponse fait un peu moins peur : on parle de 1940.
Pour être "compatible 2°C", il faudra donc a minima ramener en 27 ans les émissions fossiles moyennes par personne à ce qu'elles étaient il y a 80 ans. En d'autres termes, il va falloir "descendre" 3 fois plus vite que nous sommes "montés", sachant que "monter" ne demande aucune contrainte alors que descendre oui. Ce n'est clairement pas au train où vont les choses que nous allons y arriver.
Dans le graphique sur le CO2 fossile seul on constate aussi que les émissions par personne ont brutalement arrêté de monter au moment des chocs pétroliers (et en tenant compte de la déforestation il y a eu une baisse pendant 30 ans).
Cela illustre de manière directe que ces chocs n'ont pas juste été une grosse variation de prix à cause d'un blocus : ils ont matérialisé le premier ralentissement physique de l'ère industrielle par défaut de ressources. La production de pétrole ne pouvait juste plus physiquement augmenter de 8% par an (surtout que les USA venaient de passer le pic conventionnel en 1970...). La limite physique à l'amont s'appliquera de plus en plus si celle à l'aval n'est pas gérée.
La grosse bosse des années 2000 correspond à l'essor de la Chine (et de son charbon). Cet essor a démarré un peu moins de 10 ans après le Sommet de la Terre de 1992, où a été signée la Convention Climat. Pour le moment cette dernière a été mise KO debout par nos aspirations consuméristes et économiques...

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date: '2023-01-11T22:13:50'
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title: CHANGE_ME 34
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Il n'y a pas que sur terre que 2022 a été chaude : pour l'ensemble de l'océan mondial, l'année passée a été la plus chaude depuis le début des relevés.
On le dit peu souvent, mais en fait 90% de l'énergie supplémentaire amenée à la surface de la planète par le supplément d'effet de serre réchauffe les océans et non la surface de la terre. C'est un phénomène lent mais massif, qui engendre derrière des conséquences en cascade :
- l'élévation de température est une agression en tant que telle pour de nombreux organismes marins (par exemple les coraux dont 15% sont déjà morts, et à 2°C de réchauffement global les coraux tropicaux auront probablement disparu pour l'essentiel)
- cela affaiblit le puits océanique car l'eau chaude dissout moins bien le CO2 que l'eau froide (c'est pour cela que dans le passé l'élévation de température précède l'augmentation du CO2 : lorsque la modification des paramètres astronomiques de la terre réchauffait climat, l'océan se mettait ensuite à dégazer du CO2 - qui incidemment amplifiait encore le réchauffement)
- l'eau chaude étant moins dense, cela stratifie l'océan : l'eau chaude surnage en surface et ne communique plus avec les eaux plus profondes, plus froides. Cela diminue la teneur en oxygène de l'eau de l'océan profond et donc la vie marine associée
- l'eau se dilate quand elle chauffe : plus l'océan chauffe vite et plus son niveau monte vite. En retour cette hausse du niveau de la mer et ce réchauffement de l'eau déstabilisent de manière accélérée les langues terminales des glaciers des calottes polaires qui du coup se désagrègent plus vite, en produisant plus rapidement des icebergs qui font encore plus monter le niveau de l'eau...
- une eau de surface plus chaude favorise l'apparition de phénomènes cycloniques plus intenses (ce qui se constate déjà)
Bref que l'océan chauffe vite n'est pas juste une affaire de température de l'eau quand on va se baigner. Comme pour d'autres aspects du changement climatique, cela va engendrer des discontinuités qui, à mesure que le temps passera, seront de plus en plus amples et peu sympathiques.
Il reste peu de temps pour bien comprendre les risques et organiser au mieux la société pour ne pas trop en souffrir...

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date: '2023-01-10T21:29:45'
li-id: 7018690369332625409
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_les-investissements-repartent-%C3%A0-la-hausse-activity-7018690369332625409-HQgG
title: CHANGE_ME 35
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A votre avis, quel est le premier critère qui pilote le volume d'investissements dans le pétrole ? Si vous pensez - ou espérez - que c'est les politiques énergétiques de long terme des états, la réponse risque de vous décevoir : depuis plusieurs décennies, le premier déterminant du nombre de centaines de milliards de dollars (car c'est l'ordre de grandeur) investi chaque année dans ce que l'on appelle "l'amont pétrolier" (en pratique l'exploration et la construction des infrastructures de production) est... le prix du baril.
Quand celui-ci est au plus bas, comme par exemple en 2020, les investissements baissent très fortement. Quand le prix monte fortement (2014 a été emblématique) alors les investissements font de même. En effet, quand le prix est haut, les pétroliers arrivent à rentabiliser des projets qui ne le sont pas quand le prix est bas, ce qui explique cette "réponse" des investissements.
C'est particulièrement vrai dans le shale oil (non évoqué dans l'article des Echos) où la production suit d'assez près l'investissement (forage et fracturation).
Cette réponse des investissements au prix est un des éléments à prendre en compte pour savoir si, pour consommer moins de pétrole, "il suffit d'attendre qu'il y en ait moins", ou si c'est utile de baisser la consommation par des règlementations et des taxes.
Car de fait nous approchons du peak oil et donc il va y en avoir moins. Mais si nous laissons le marché gérer la décrue, ce "moins" se traduit par des envolées des prix, donc des investissements additionnels, et donc... un peu plus que "moins".
Si la décrue est pilotée à l'aval (quotas de consommation sur les voitures, camions et avions, sur les fours industriels etc) à ce moment c'est tout l'inverse qui se passe : la pression sur la demande maintient des prix bas, ce qui évite cet effet rebond lié à un surplus d'investissements quand c'est le marché qui régule. Et, cerise sur le gâteau pour tous les gens qui n'aiment pas les pétroliers : ces derniers gagnent moins d'argent qu'avec une pénurie faisant grimper les prix :)
Ajoutons à cela que de se contenter du "peak oil+peak gas+peak coal" pour limiter notre consommation de fossiles ne permet pas de tenir la limite des 2 °C. La décrue pétrolière est déjà amorcée en Europe, malheureusement elle va à la fois trop vite pour préserver une économie qui ne se réinvente pas et pas assez vite pour préserver le climat...

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date: '2023-01-09T20:15:58'
li-id: 7018309415040647168
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_les-prix-de-l%C3%A9nergie-ils-montent-ils-activity-7018309415040647168-bt9d
title: CHANGE_ME 36
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Les prix de l'énergie ? Ils montent, ils descendent... mais, depuis les chocs pétroliers, la part des dépenses énergétiques dans les budgets des ménages est restée très stable. Il faudra voir si 2022 nous rapproche de 1974, car les données ne sont pas encore disponibles au ministère de la transition énergétique, d'où sont issus ces chiffres (et plus précisément de https://lnkd.in/eXsAPG2k ).
Donner à manger et à boire à nos 1000 esclaves énergétiques planqués sous le capot de la voiture, à ceux qui peuplent cuisines et salles de bains, à ceux qui, dans la cave, assurent le chaud et parfois le froid, et encore à ceux qui nous éclairent ou nous permettent de communiquer coute donc un peu moins de 10% de ce que nous gagnons.
Bien sur, cette facture n'inclut pas les esclaves énergétiques des usines et des transports de marchandises, mais avouez que, quand même, pour le service rendu, c'est donné !
Et, depuis 1970, où l'énergie coutait aussi 8% de ce que gagnaient nos parents ou grands-parents, l'armée d'esclaves mécaniques n'a cessé de grossir : à l'époque, pour 8% t'avais presque rien. Il y avait quasiment 3 fois moins de voitures, peu d'électroménager, pas de chauffage central partout, peu de télévisions, et bien évidemment pas d'internet ou de box TV.
A l'avenir, nous allons devoir devenir sobres. Est-ce à dire qu'avec une consommation divisée par 2 ou 3, la part de l'énergie dans le budget sera divisée par le même facteur ? Notre logique de dépenses étant généralement budgétaire (on épargne ce que l'on doit épargner et on dépense tout le reste), il n'est pas évident de comprendre pourquoi on se mettrait tout d'un coup à consommer beaucoup moins alors que nous en aurions les moyens.
Si notre facture d'énergie nous coute moins cher parce que nous économisons de l'énergie, qu'allons nous faire du surplus ? Jusqu'à maintenant la réponse a été de consommer autre chose en plus... et donc de consommer un peu plus d'une autre énergie (celle pour la mise à disposition de ce que nous allons consommer en plus).
La même question se pose aussi pour toute l'énergie "incluse" dans les produits ou services de la consommation finale : jusqu'à maintenant nous avons utilisé les marges de manoeuvre budgétaires dégagées par la baisse du prix d'un produit ou service pour consommer plus d'autre chose.
Savoir si nous pouvons devenir sobres sans hausse des prix réels - ce qui est le but même de la taxe carbone - est donc une vraie question. Au regard du climat, l'inflation est-elle une calamité ou une bénédiction ? Pour le moment il existe peu de propositions probantes mariant "défense du pouvoir d'achat" et baisse rapide des émissions...

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date: '2023-01-08T14:44:38'
li-id: 7017863646768726017
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_lurgence-%C3%A9cologique-se-heurte-%C3%A0-la-culture-activity-7017863646768726017-gZ9o
title: CHANGE_ME 37
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Il y a la théorie, et il y a la pratique. La théorie, c'était par exemple le rapport du Shift Project "Mobiliser l'enseignement supérieur pour le climat" (https://lnkd.in/dNVfiau ), où nous proposions un certain nombre de choses pour que l'enseignement supérieur soit mis en cohérence avec la décarbonation en particulier, et les limites planétaires en général.
Mais en pratique c'est une autre paire de manches. Que faire des enseignements qui ne sont pas ou plus "raccord" avec la nouvelle donne ? On peut penser à l'économie par exemple, qui intègre très imparfaitement la limite sur les ressources et le rôle central de l'énergie et des machines dans les raisonnements.
Que faire des enseignants qui seront trop nombreux dans un monde qui se décarbone ? On peut alors penser aux études de langues ou d'art par exemple : un monde plus sobre sera un monde avec moins de flux internationaux, et il ne sera peut-être plus utile d'avoir autant de traducteurs, d'interprètes ou de guides pour touristes internationaux, et partant plus autant d'étudiant(e)s faisant juste des études de langues à l'Université (mais les langues en "culture générale" resteront importantes !).
La question n'est donc pas seulement d'ajouter un cours avec les bases physiques et biologiques décrivant le monde dans lequel nous sommes entrés : il faut que le reste de ce qui est enseigné ne soit pas en contradiction, et prépare par ailleurs à des métiers qui ne le seront pas plus.
Et là, nous n'y sommes pas encore. Dans un pays où la liberté académique est un principe très fort (je ne discute pas du bien fondé !), et où les enseignants universitaires sont inamovibles (même remarque), réorienter le paquebot ne se fera pas rapidement, et la question est même posée de savoir ce qui pourrait déclencher un changement au bon rythme (c'est à dire pour demain matin).
Une autre difficulté est aussi soulignée en fin de l'article du Monde : pour un enseignant chercheur, modifier le contenu de son cours, c'est potentiellement modifier sa recherche, et cela signifie que, pendant un temps, il ne publie plus (ou plus autant). Avec la sacralisation des classements (dont Shanghai) basés sur le nombre de publications annuelles, rien que cela peut être un obstacle très difficile à surmonter pour les universités qui voudraient "changer de direction".
Il est donc probable que l'innovation va avoir du mal à venir "d'en haut". Pour le moment elle vient "d'à côté", par exemple avec des cours en ligne que beaucoup d'étudiant(e)s peuvent suivre en plus de leur cursus, ou d'établissements "partis de rien" (comme le Campus de la Transition cité dans cet article).
Il y aura aussi de l'innovation partie "d'en bas", à savoir les initiatives individuelles de certain(e)s enseignant(e)s, dont il faut espérer qu'elles inspireront le plus vite possible leurs collègues.
Car, au sens propre chaque été désormais, il y a le feu !

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date: '2023-01-07T19:14:13'
li-id: 7017569097689223168
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_economies-d%C3%A9nergie-la-chasse-au-gaspi-activity-7017569097689223168-Zi03
title: CHANGE_ME 38
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A l'époque où le monde était 100% renouvelable, il était moins pilotable qu'aujourd'hui. Il dépendait fortement de la biomasse, du vent, du soleil et de l'eau, et ces 4 composantes sont elles-mêmes tributaires, de façon très réactive (vent par exemple) ou plus lente (biomasse), des conditions du moment.
A l'époque, la marine à voile avançait quand il y avait du vent, et on ne savait pas exactement à quelle heure (ni parfois où !) on toucherait terre.
Les moulins à vent tournaient aussi quand il y avait du vent, et il valait mieux avoir un petit stock de farine sous la main pour ne pas risquer de manquer de pain en cas de panne éolienne un peu prolongée.
Les moulins à eau étaient plus réguliers, mais, lors d'une année sèche ou d'un hiver très froid (gel), ils pouvaient aussi s'arrêter de tourner. La biomasse pour les animaux était disponible l'été et il fallait faire des stocks pour l'hiver... en priant pour qu'ils soient suffisants.
L'ère des combustibles fossiles a complètement changé la donne, et nous a habitués à un monde où la disponibilité d'un produit ou service ne dépend en rien des éléments extérieurs.
Aujourd'hui, au sens littéral du terme, nous ne voyons pas pourquoi il serait nécessaire qu'il y ait du vent ou du soleil pour qu'un vêtement soit assemblé ou transporté, un aliment mis à notre disposition, une classe d'histoire ou une opération de l'appendicite ait lieu, un bus avance ou un coup de fil puisse être passé.
La "chasse au gaspi" - c'est à dire l'avènement de l'ère des économies d'énergie imposées par insuffisance d'offre - et le retour en force des productions renouvelables non pilotables vont probablement nous remettre, un peu ou beaucoup, dans ce monde moins prévisible, moins abondant et plus volatil.
Ainsi il a été question que les écoles soient fermées ou une partie du réseau téléphonique inopérant les jours sans vent (puisque ce sont les jours, en hiver, où il y a potentiellement un problème d'approvisionnement). Pour le moment cette éventualité n'est pas arrivée (un temps dépressionnaire est plutôt doux et venteux ; bonne conjonction !) mais son évocation montre bien que le monde qui nous attend n'a pas vraiment été pensé à l'avance côté consommation.
Il va falloir se faire à l'idée que tous les kWh ne sont pas équivalents. Les combustibles fossiles n'ont pas juste amené des kWh en grande quantité : ils les ont amenés à la demande. S'organiser sans cette caractéristique demandera beaucoup d'efforts : c'est ce que l'on appelle la "flexibilité". Sa description précise, et son caractère plus ou moins indolore, restent généralement un point (très) faible des scénarios pour l'avenir.

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date: '2023-01-06T12:32:11'
li-id: 7017105538584829952
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_jancovici-r%C3%A9chauffement-climatique-bient%C3%B4t-activity-7017105538584829952-Y_ZL
title: CHANGE_ME 39
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Faut-il parler de "dérèglement", de "crise", de "dérive", ou encore une autre expression pour caractériser l'évolution climatique ?
Restera-t-il des hivers dans un monde qui se réchauffe ?
Doit-on encore utiliser le mot de "normale" en matière de météo ou de climat, puisque l'évolution que nous avons mise en route enclenche une modification désormais permanente du système climatique, qui ne permet pas le retour à un état stable ? (or, ce que l'on qualifie de "normale" est généralement un état stable).
Allons-nous pouvoir gérer la question climatique sans que les "élites" ne se forment de manière approfondie pour en cerner les contours ? (chose que manifestement la personne qui a rédigé le discours de voeux de Macron n'a pas bien faite :) )
Voici quelques unes des questions abordées dans cette brève apparition dans la matinale de RTL. Malgré une quantité de "heu" qui ferait sauter en l'air n'importe quel conseiller en communication, j'espère que les réponses apportées seront utiles à un auditoire qui a aussi droit à Pascal Praud 2 heures par jour.
En particulier, il me semble essentiel que la population comprenne bien que "l'état normal" n'existe plus. Car c'est cela qui justifie que, alors même que nous allons devoir consacrer plus de moyens à la décarbonation, nous commencions aussi à redoubler d'efforts en matière "d'adaptation au changement climatique".
Il faut donc consacrer des compétences et des moyens physiques à nous prémunir au mieux contre des évolutions adverses qui ne sont pas encore là, mais dont nous savons avec certitude qu'elles vont arriver.
Ce qui vient de se produire rappelle qu'un jour l'avenir devient le présent. Les seuls qui ne sont pas surpris sont les modélisateurs du climat et celles et ceux qui prêtent attention à leurs propos. Mais l'important est que ce soit le reste de la population qui comprenne ce qui se passe et en tire les conséquences pour l'action.

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date: '2023-01-05T08:26:34'
li-id: 7016681335809261568
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title: CHANGE_ME 40
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En matière d'énergie, le mot à la mode est donc "sobriété" (qui ne figure cependant pas dans le message de voeux présidentiel). Pour savoir ce que ce terme inspirait à nos concitoyens, l'IFOP est aller les cuisiner un peu (cela s'appelle un sondage), et en a retiré une analyse de 86 pages (pas en libre accès mais que l'on m'a gentiment fournie quand même :) ).
Il y figure notamment le graphique ci-dessous, qui résume ce à quoi peut servir la sobriété énergétique selon les personnes interrogées. On y découvre avec étonnement (enfin pour moi) que la moitié de la population (environ) pense que la sobriété énergétique peut contribuer au manque de certaines énergies ou au dérèglement climatique.
Cela suggère que ce mot apparu de façon récente dans le discours politique est très loin d'être correctement compris par nos concitoyens, du moins si la bonne compréhension est la baisse volontaire de la consommation des individus.
Au demeurant, une question sur "qui doit s'engager en faveur de la sobriété", posée un peu plus loin, met les entreprises devant les citoyens, alors que, à l'évidence, la sobriété est bien une affaire de consommation finale...
Il est vraisemblable que, pour l'heure, cette notion de sobriété est aussi confondue avec celle d'efficacité. Les questions posées dans l'étude de l'IFOP sur les actes auxquels les personnes sont prêtes mélangent du reste un peu les deux (choisir des appareils plus efficaces et isoler son logement se retrouve est dans la même liste que moins utiliser sa voiture et moins prendre l'avion).
Enfin il est probable que "les gens" n'ont pas du tout les ordres de grandeur en tête sur l'effort à faire. Beaucoup de répondants considèrent que de réduire sa consommation d'énergie de 10% est ce qu'il faut viser, mais la "sobriété des 2°C" nous amènera très au-delà de cette valeur !
Il ne suffira donc pas de brandir ce mot de "sobriété" pour dégager un consensus et décrire qui devra faire quoi. Pour parvenir à cet objectif, il faudra donner corps à ce terme sous forme... d'un plan. Ca ne vous rappelle rien :) ?

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date: '2023-01-04T18:35:33'
li-id: 7016472206754906113
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_participez-au-concours-dimaginaires-bas-activity-7016472206754906113-Qtan
title: CHANGE_ME 41
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Vous maniez le crayon ou la caméra de manière acceptable ? Contribuer à la décarbonation vous tente ? Vous n'avez pas la possibilité, comme Bruno Le Maire, de le faire en faisant rédiger un projet de loi sur l'industrie "verte" (https://bit.ly/3Cq4rgK ) ?
Devenez auteur de BD à succès (c'est possible même si on ne s'y attend pas, je peux en témoigner :) ), ou rivalisez avec "Don't Look Up" ! Pour agir, il faut en avoir envie, et la fiction, en "donnant à voir", peut être un moyen de susciter cette envie.
Les Shifters - l'association des bénévoles soutenant et contribuant aux travaux du Shift Project - organisent donc un concours de (très) courts métrages et de (très) courtes bandes dessinées autour du thème "un lundi en 2050". Ce Lundi devra évidemment être à la fois décarboné, réaliste, et enviable.
L'année dernière, 210 écrivain(e)s en herbe avaient tenté leur chance à un concours de nouvelles organisé par la même association, avec un cahier des charges voisin : https://lnkd.in/eun_dbnd . Cette année le format est différent mais l'objectif est le même.
Il m'est souvent arrivé de le dire, donc je peux le faire une fois de plus : changer de modèle de société n'est pas qu'une affaire d'ingénieurs (et peut-être même pas avant tout une affaire d'ingénieurs). C'est aussi et surtout une affaire de valeurs, d'éthique, de priorités, et d'incarnation de ce qui est possible.
Ce petit concours est donc la "part du colibri" pour contribuer sur ces plans là. Alors, si ce petit défi vous tente, lancez vous !

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date: '2023-01-03T18:04:07'
li-id: 7016101906401927169
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_greenwashing-lutilisation-abusive-du-label-activity-7016101906401927169-r47p
title: CHANGE_ME 42
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Il va devenir un peu plus difficile pour les entreprises de présenter leurs produits comme "neutres". Pas totalement impossible (cela aurait été l'idéal : https://lnkd.in/dGTt6Zs), mais plus difficile : l'entreprise qui affirme qu'un de ses produits est neutre ne pourra le faire que si elle a :
- fait un bilan des émissions de gaz à effet de serre du produit ou service concerné sur l'ensemble de son cycle de vie.
- établi et publié la trajectoire de réduction des émissions de CO2 associées au produit ou au service, avec des objectifs quantifiés à 10 ans
- précisé la nature et la description des projets utilisés pour acheter des crédits (la "compensation").
Cela peut sembler un peu anecdotique de se concentrer sur la communication des entreprises au lieu de se concentrer sur leurs procédés, leurs matières premières, les usages de leurs produits, etc.
Sauf que, dans un monde qui doit se décarboner, le premier juge de paix auquel confronter les procédés, matières premières et usages, c'est justement leur "contenu en carbone". Obliger les entreprises à le mesurer, et à le faire évoluer dans la bonne direction, est donc une figure imposée pour que l'ensemble du système se mette en mouvement. C'est bien l'objectif qui détermine la nature de l'action à suivre, et non l'inverse.
La sanction prévue en cas d'infraction peut aller jusqu'au montant dépensé dans la communication (donc plus d'un million si c'est à la télé). A cela il faudrait probablement rajouter, en cas de condamnation, la réputation un peu écornée de l'entreprise prise la main dans le pot de peinture verte, qui lui coutera aussi nécessairement quelque chose, sur sa capacité à recruter par exemple.
Evidemment, l'idéal serait d'obliger à communiquer sur chaque produit ou service son empreinte carbone sans autre forme de commentaire. A ce moment, plus besoin de se demander si un produit est neutre ou pas : on saurait combien a été émis pour sa fabrication, point.
La difficulté pour en arriver là est que, à l'heure des chaines de valeur mondialisées (aucun métal incorporé dans un objet disponible dans notre pays ne vient de notre pays, par exemple), on ne peut pas calculer le contenu carbone d'un produit de manière exacte sans que l'ensemble des entreprises - en France ou à l'étranger - qui ont contribué à la sa fabrication ne disposent d'une comptabilité carbone analytique.
Comme il est peu probable que, la semaine prochaine, la Chine, l'Allemagne, le Mexique, le Chili, le Maroc et la Turquie, et en fait tous les autres pays, imposent à leurs entreprises de tenir une telle comptabilité, cela signifie que, pour un temps au moins, il sera plus facile d'interdire ce qui est grossièrement faux que de mettre en place ce qui est quantitativement exact.

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date: '2023-01-02T18:51:56'
li-id: 7015751553600880640
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_climat-ces-universit%C3%A9s-qui-interdisent-%C3%A0-activity-7015751553600880640-4mhu
title: CHANGE_ME 43
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De mémoire (car je n'ai plus la référence en tête), un professeur d'université suisse a (ou avait avant covid) une empreinte carbone liée à sa profession d'environ 10 tonnes de CO2 par an. En cause : essentiellement les voyages en avion associés aux colloques qui deviennent l'ordinaire des universitaires quand ils se sont fait un nom dans leur spécialité.
L'étude qui donnait ce résultat indiquait également que cette empreinte carbone "aérienne" était croissante avec le statut : elle démarrait à une tonne pour un doctorat ou post-doctorant (ma mémoire me fait défaut sur ce point précis) pour finir à 10 tonnes en haut de l'échelle (qui en Suisse s'appelle "professeur ordinaire" !).
C'est donc une initiative intéressante que celle de lUniversité dUtrecht, aux Pays-Bas, qui, apparemment, va interdire à son personnel de prendre l'avion sur des distances inférieures à 700 km.
L'Université de Neufchâtel, elle, demande à ce que l'avion ne soit utilisé que si il n'y a pas d'alternative en train de moins de 10 heures. Notre gouvernement fait pâle figure avec ses 2h30 et l'exclusion d'un grand nombre de liaisons du dispositif !
Cette initiative commence évidemment par le plus facile, parce que, même si 10 heures c'est long, ca reste gérable sur une journée, et par ailleurs dans un train un chercheur peut travailler. Certes si son métier est de faire des manips sur des plantes ou des tests de résistance des matériaux il va avoir du mal à le faire en se déplaçant, mais rien ne l'empêche de traiter son courrier, rédiger des comptes-rendus, en lire d'autres....
Malheureusement, dans les vols aériens, ce qui émet beaucoup ce sont les long-courrier : en gros, les émissions d'un vol sont proportionnelles au kilométrage (pas tout à fait parce que le décollage consomme proportionnellement plus, mais en première approximation on peut retenir ca).
Et pour les long-courrier l'alternative devient moins confortable. Le train pour traverser la Russie ou les USA c'est plusieurs jours d'affilée, et le bateau pour traverser l'Atlantique une semaine. Réduire les long courrier, qui est donc une mesure "forte" pour diminuer l'empreinte carbone de la recherche, signifie en pratique réduire les colloques, ou les passer en visioconférence (ca va faire grincer quelques dents !).
Il n'empêche que la recherche, comme le reste de nos activités, devra fatalement évoluer un jour ou l'autre dans un monde où la mobilité longue distance sera moins facile. Il serait souhaitable que tout nouveau projet qui démarre soit compatible, à la fois sur le fond et sur le mode opératoire du projet, avec ce cahier des charges.

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date: '2023-01-01T12:16:56'
li-id: 7015289760269099008
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_v%C5%93ux-2023-aux-fran%C3%A7ais-activity-7015289760269099008-rJ0N
title: CHANGE_ME 44
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C'est l'époque des voeux ! Même si seul le prononcé fait foi, j'ai attentivement lu le texte mis en ligne par l'Elysée.
On y lit "Qui aurait imaginé [il y a un an] que (...) nous  aurions à affronter (...) une effroyable crise  énergétique, une crise alimentaire menaçante, (...) la vague dinflation, (...) ou la crise climatique ?"
Qui ? Sur l'énergie, tous ceux qui, remarquant que les combustibles fossiles sont épuisables alors qu'ils fondent la société moderne, soulignent depuis longtemps que leur baisse subie dans un monde non préparé se traduira par des conséquences adverses d'ampleur croissante (dès Meadows et al au moins : https://bit.ly/2HkwcIl ).
L'Europe était bien avant l'Ukraine en baisse subie sur le pétrole (depuis 2007), le gaz (depuis 2005), le charbon (depuis les années 50), et en baisse choisie sur le nucléaire (depuis 2005). Notre baisse de production physique (des tonnes chargées dans les camions ou des immeubles construits) a commencé dès 2008. L'empreinte carbone des français a commencé à baisser en même temps que leur revenu disponible, en 2009 ou 2010, dans la foulée de cette décrue énergétique.
Il n'y a donc pas besoin d'être grand clerc pour "voir venir des ennuis" avec la décrue énergétique, sans bien sûr être en mesure de décrire ces derniers avec précision. Pour ce que j'en connais ce qui précède ne fait l'objet d'aucune attention particulière de l'Elysée.
Sur l'alimentation, même motif même punition : l'agriculture moderne c'est un climat stable et des combustibles fossiles. Que le climat devienne instable et les combustibles fossiles moins accessibles, et la conclusion devient logique à défaut d'être plaisante.
Enfin, sur la crise climatique, c'est à se demander ce qui est passé par la tête de la personne qui a rédigé ce discours que de poser la question de savoir "qui l'aurait prédite". Sérieux ?
On trouve ensuite "A chaque épreuve, lEurope nous a permis dagir plus vite et plus fort". C'est vrai et faux : l'Europe avance aujourd'hui sur deux pieds qui contribuent inégalement au mandat initial de paix et "prospérité". Le pied "libéral et concurrentiel" tire de plus en plus contre son propre camp. On a vu ses effets sur l'électricité, sur la perte industrielle ou sur l'incapacité à faire émerger une agriculture "durable".
Le pied réglementaire prend de la vigueur. On lui doit par exemple la limitation des émissions des voitures neuves, les économies d'énergie dans le bâtiment, les obligations de transparence sur les émissions ou la "taxe carbone aux frontières". Mais l'Europe doit encore apprendre à marcher -) donc coordonner ses 2 pieds - dans le monde fini.
Suivent plusieurs paragraphes mentionnant que "notre travail" va permettre d'avancer dans la bonne direction. Mais ce discours - qui parle surtout d'intendance à court terme, certes utile - ne décrit pas de grand projet cohérent de long terme qui soit lisible (et donc qui motive à travailler). Peut-être n'était-ce pas le moment d'en parler.

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date: '2023-02-16T22:37:37'
li-id: 7032115801016938496
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-shift-recrute-une-cheffe-de-projet-agriculture-activity-7032115801016938496-lQSy
title: CHANGE_ME 1
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Ce n'était pas le secteur le plus travaillé dans le Plan de Transformation de l'Economie Française, et donc le Shift Project a décidé d'y revenir. Car la production et cuisson de nos aliments, en incluant les émissions industrielles amont (fabrication des engrais, des intrants en général, et des machines agricoles), les émissions dans les exploitations, et celles à l'aval (industries agro-alimentaires, transports, emballages, déplacements des consommateurs pour faire les courses, cuisson, etc) c'est un tiers des émissions mondiales, et pas loin du même pourcentage en France.
Il semble donc difficile de dire que nous allons devenir "neutres", ce qui suppose de supprimer la quasi-totalié de nos émissions actuelles, sans s'occuper sérieusement de ce secteur. C'est pour cela que The Shift Project se cherche le mouton ou la brebis à 5 pattes (c'est de circonstance) pour piloter la réflexion à venir sur la bonne manière de décarboner notre assiette.
Si faire un petit tour par les locaux de cette association vous tente, à vos CV !

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date: '2023-02-07T14:05:41'
li-id: 7028725477036969984
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-danemark-et-totalenergies-acc%C3%A9l%C3%A8rent-sur-activity-7028725477036969984-M7II
title: CHANGE_ME 10
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Une des solutions qui permettrait d'utiliser des combustibles fossiles sans déranger le climat s'appelle la capture et séquestration du CO2 (en anglais CCS pour Carbon Capture and Sequestration), et passe par les opérations suivantes :
- on "attrape" le CO2 d'une installation de combustion avant qu'il ne s'échappe dans l'atmosphère. Pour cela la fumée barbote dans un liquide spécial - généralement des amines - qui va "accrocher" les molécules de CO2 (on parle d'adsorption) et laisser partir le reste.
- le CO2 est récupéré en faisant chauffer la solution qui l'a adsorbé,
- il est compressé, transporté dans un tuyau et enfin injecté sous forme supercritique (une forme intermédiaire entre le gaz et le liquide) sous le sol dans une formation géologique dont il ne sortira plus
Cette opération n'a de sens que pour des installation fixes importantes (centrales à charbon ou à gaz, cimenteries ou aciéries). La capture demande 20% à 30% de l'énergie du site, et fait baisser la production (d'électricité, d'acier...) d'autant. C'est de loin la première barrière à l'utilisation de ce procédé.
Il faut ensuite trouver où injecter ce CO2. Les anciens gisements de pétrole et de gaz sont une première possibilité. Ce sont de bons candidats, car, avant exploitation, ils étaient aptes à retenir longtemps au même endroit du liquide et du gaz sous pression. Il faut juste vérifier que les forages d'exploitation (normalement scellés à la fin de vie du gisement) ne changent pas l'étanchéité.
Les aquifères souterrains - un mélange de roche et d'eau - sont une deuxième possibilité. Le CO2 injecté finit par se dissoudre puis se transformer lentement en carbonates avec le temps.
Les pétroliers connaissent assez bien l'injection du CO2 sous le sol :
- dans beaucoup de gisements pétroliers le fait d'injecter du CO2 permet de mieux "laver" le gisement. En pareil cas le moteur de l'action n'est donc pas la vertu environnementale mais tout simplement l'augmentation du pétrole produit !
- le gaz naturel extrait de terre contient toujours un peu de CO2, et ce dernier doit être enlevé avant le transport par gazoduc, sinon il y a un risque fort de corrosion des infrastructures (la présence simultanée d'eau et de CO2 crée un mélange acide). Les opérateurs doivent donc séparer le gaz du CO2 en tête de puits, et en Norvège ce CO2 doit être réinjecté sinon le pétrolier paye une pénalité à la tonne.
Ce n'est donc pas un hasard si Total - un pétrolier - et le Danemark - la Mer du Nord - regardent ensemble ce qu'ils pourraient mettre comme CO2 sous la mer. Il reste à trouver des industriels acceptant d'investir pour capturer le CO2 à la source et à se faire payer pour ca.
On parle potentiellement de 10 Mt de CO2 par an, soit 500 M€/an environ au cours actuel du CO2. C'est assez d'argent pour que ca vaille le coup de reconvertir une plate-forte, mais cela évitera juste les émissions d'une centrale à charbon. On ne va pas pouvoir compter que sur ca !

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date: '2023-02-05T22:07:45'
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li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_jancovici-linfluent-gourou-du-climat-activity-7028122019623772160-KtIx
title: CHANGE_ME 11
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Il y a une grosse heure, j'ai commenté ce post de L'Express pour corriger une affirmation erronée contenue dans ce portrait auquel je n'ai pas contribué (le commentaire expliquait justement pourquoi).
L'Express ayant supprimé mon commentaire peu après, je le reproduis donc en post. Je dois dire que je ne comprends pas ce qui motivé cette suppression : soit la personne de permanence sur le compte linkedin de l'Express un Dimanche soir regardait la télé sans faire attention à ce qu'elle faisait, soit elle a laissé le clavier à son enfant de 2 ans, soit... le vilain mot de censure vient à l'esprit, ce qui pour un media d'une démocratie ne serait pas terrible. Je suis volontiers preneur de l'explication si le journal veut bien me la fournir.
Voici donc mot à mot le commentaire que j'avais mis :
"L'Express la cause invoquée dans ce portrait pour mon refus de parler à la journaliste est erronée : j'ai décliné avant tout parce que je considère que les portraits sont contreproductifs, et non d'abord par manque de temps.
J'ai expliqué par mail à la journaliste que le "portrait" focalisait le propos sur le messager (qui est secondaire) et non sur le message, qu'il donnait toujours l'impression d'un parcours solitaire alors que tout travail se fait en équipe, et enfin qu'il était par construction bâti sur des points saillants (pour lesquels c'est facile de mettre des étiquettes pour ou contre) qui crispent le débat alors que nous avons besoin de nous parler. J'ai ajouté qu'en conséquence je ne souhaitais pas y passer du temps.
C'est pour le même genre de raison que je n'avais pas envie d'être nommé "personnalité de l'année" : ce n'est pas sur moi qu'il faut concentrer les moyens éditoriaux mais sur le fond.
Le résultat me donne hélas raison : je ne vois pas en quoi cet article va aider la prise de décision pour notre avenir. Il servira au mieux à alimenter "ma" page wikipedia (dont je n'ai pas écrit une ligne) où, la dernière fois que j'ai regardé, j'ai compté plus de 90 erreurs factuelles ou d'interprétation."
Mon commentaire ne caresse pas le magazine dans le sens du poil, mais il fait partie d'un droit de réponse normal, et je n'ai pas l'impression qu'il soit injurieux ou insultant. Sa suppression reste donc une énigme.
Puisqu'un post offre plus de place qu'un commentaire j'en profite pour rajouter deux éléments.
1 - Mon temps professionnel est essentiellement affecté (dans cet ordre) au quotidien de Carbone 4, à celui du Shift Project, à des conférences et interventions, et à des publications. Les media et les politiques sont marginaux en termes de temps passé. Ce portrait ne mentionne ni C4 ni The Shift Project...
2 - c'est à nouveau le nucléaire qui m'est collé sur la figure comme "premier élément distinctif". Il suffit pourtant d'écouter n'importe laquelle de mes conférences (https://bit.ly/3l9HEzR ) pour voir que cela ne correspond pas à mon discours. Mais "pronucléaire" ca doit faire plus de clics que "vulgarisateur"...

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date: '2023-02-05T13:41:18'
li-id: 7027994566683193344
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title: CHANGE_ME 12
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Dans notre pays, à peu près tout le monde est d'accord pour avoir plus de transports en commun. Par contre, quand il s'agit de décider qui doit passer à la caisse pour le permettre, l'unanimité est un peu moins de mise !
C'était déjà un sujet quand l'économie était en croissance, et paradoxalement une économie mal portante pourrait contribuer à augmenter encore la demande.
Cela vient du fait que notre comportement en matière de déplacements du quotidien a obéit depuis longtemps à une double logique budgétaire (ce que montrent les statistiques des économistes des transports).
La première est économique : nous utilisons généralement pour nous déplacer le moyen le plus cher que notre revenu nous autorise. En première approximation les personnes qui peuvent se payer une voiture et qui ont une place de parking chez eux et au travail utilisent l'automobile, et les autres les transports en commun (tendance que le covid a renforcée).
Lorsque la conjoncture devient plus difficile sans pour autant priver les gens de leur motifs déplacement, une partie de la population a plus de mal à utiliser son véhicule, et voudrait plus en transports en commun. Cet effet est encore renforcé lorsque la difficulté économique vient de l'énergie (moindre disponibilité et/ou prix qui montent très fort, comme en 2008).
A cela vient s'ajouter le fait que, sur série longue, nous avons fonctionné à temps de déplacement constant. L'arrivée de voitures en masse depuis l'après-guerre n'a pas été utilisé pour aller plus vite au même endroit, mais pour passer le même temps à faire plus de km (parce que cela élargit l'univers de choix pour le logement, le travail, l'école...).
L'augmentation du nombre de voitures - en France le parc auto est passé de 3 à 38 millions d'unités de 1945 à maintenant) - a donc induit de l'étalement urbain, créant des zones avec des densités d'habitants au km2 plus faibles qu'en ville, peuplées de gens qui font des dizaines de km en auto tous les jours (cela se constate partout dans le monde).
Aller "chercher" en transports en commun des périurbains qui n'(aur)ont plus les moyens économiques d'utiliser leur voiture coute(ra) beaucoup plus cher par personne que pour les urbains, puisque les couts d'un système de transports en commun sont pour partie des couts fixes.
Enfin même pour les infrastructures existantes les charges augmentent avec la fréquentation : par exemple s'il y a une fréquence de passage plus importante cela signifie plus de personnel, plus de matériel roulant, plus d'énergie, plus de maintenance...
Le casse tête du Syndicat des Transports d'Ile de France (90% du trafic du quotidien français en mode ferré) n'est donc pas résolu demain matin. En effet, à l'horizon de quelques décennies l'énergie sera de moins en moins disponible, et à la suite les flux physiques sous-jacents de l'économie aussi. Qui peut-on et doit-on "transporter en commun" quand il y a globalement moins de moyens : c'est désormais la question qui se pose.

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date: '2023-02-04T17:39:01'
li-id: 7027692001311498240
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_carburants-les-gilets-jaunes-ont-ils-activity-7027692001311498240-vtZx
title: CHANGE_ME 13
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En 2018, la France a vécu l'épisode des "gilets jaunes". A l'époque essence et gazole étaient à environ 1,5 euro le litre. C'est désormais entre 1,8 et 2 euros selon la pompe et le type de carburant (https://bit.ly/2SBEC4o ). Et.... rien. Pas d'émeute, alors que dans le même temps le prix du gaz et de l'électricité ont fortement augmenté, sans parler du reste.
Si la raison première de ce qui s'est passé il y a 4 ans était juste le niveau de prix dans l'absolu, pourquoi tout le monde fait le dos rond actuellement ?
Tentons une hypothèse : à l'époque l'Etat avait prononcé le mot "taxe carbone". Or parler de fiscalité des carburants, c'est débattre de la part à la main de notre pays, pour laquelle il ne dépend évidemment que de nous de la monter... ou de la baisser.
Actuellement, c'est la faute à "pas de chance". C'est pas de chance si Poutine a envahi l'Ukraine. C'est "pas de chance" si le prix de marché du baril monte fortement. Et on ne va quand même pas menacer la Russie ou l'Irak de l'arme nucléaire pour que ces pays augmentent leur production d'or noir !
Il est facile de constater que nous acceptons souvent bien plus facilement les efforts déclenchés par "pas de chance" que ceux qui sont le résultat d'une démarche intentionnelle. Si les taxes sur les carburants augmentent, on ne nous enlèvera pas de la tête que notre président, qui devrait nous prendre sous son aile, prend un malin plaisir à nous rendre la vie plus difficile !
Et pourtant, là où l'évolution actuelle est "pas de chance", c'est qu'elle est beaucoup plus dommageable pour la population que la taxe carbone envisagée à l'époque par le gouvernement.
L'impôt est un recyclage national. Ce que nous payons en plus pour les carburants, l'Etat peut nous le rendre sous forme de travaux d'isolation, de pompes à chaleur, de subventions aux véhicules électriques ou de pistes cyclables.
Quand le prix du baril monte, cela appauvrit la France (en augmentant le déficit commercial) et personne ne reverra cet argent pour aider le pays à s'organiser avec moins d'énergie fossile.
Et le paradoxe de l'affaire est que c'est l'un ou l'autre. En effet, le pétrole étant épuisable (et le pic conventionnel passé), si nous ne provoquons pas la baisse de son usage par des mesures qui sont fatalement contraignantes pour quelqu'un, il y aura périodiquement des envolées de prix comme celle que nous vivons actuellement ou pire.
Il y a donc décarboner et décarboner. La voie qui consiste à attendre que "y'en a plus" enrichit les producteurs et laissera la population au dépourvu. Celle qui consiste à agir demandera des efforts à plus court terme mais beaucoup moins "plus tard".
Il reste une condition du succès essentielle : que le gouvernement sache faire la pédagogie du problème (pour le moment il ne comprend pas que l'Europe est en déclin subi sur le pétrole depuis 2007) et que toute mesure d'effort s'inscrive dans un plan d'ensemble perçu comme pertinent. Et là nous n'y sommes pas encore.

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date: '2023-02-03T12:00:16'
li-id: 7027244366859530240
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_devant-lurgence-climatique-de-plus-en-plus-activity-7027244366859530240-uwL-
title: CHANGE_ME 14
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Un médecin peut-il se contenter de poser le diagnostic sans recommander de traitement ? En matière de climat, c'est le mandat qui a été donné au GIEC : être "policy relevant but not policy prescriptive", c'est à dire décrire la situation, mais sans fournir de recommandation sur la voie à suivre.
Quand on y réfléchit bien, ce n'est pas infondé : après tout, se restreindre maintenant pour préserver l'avenir n'est pas une décision scientifique mais un choix. Un médecin, pour reprendre le parallèle, peut dire au fumeur qu'il prend des risques, et les lui décrire par le menu, mais il ne peut pas physiquement le contraindre à s'arrêter (il y a 20 ans je m'étais amusé - enfin si l'on peut dire - à comparer plus largement effet de serre et tabac, car il me semble qu'il y a beaucoup de points communs, et à me relire je ne vois pas grand chose à changer : https://bit.ly/3YjUeL9 )
Il y a par ailleurs des cas de figure où la réponse à la question initiale est oui, parce que même en médecine on change d'interlocuteur entre diagnostic et thérapie. Le radiologue qui vous fait passer l'IRM ne sera pas celui qui vous proposera un traitement derrière. La généraliste à qui vous dites que vous avez "mal au dos" n'est pas nécessairement celle qui vous recommandera la solution au problème.
En matière de climat, cette difficulté est encore plus grande : le physicien ou la biologiste décrivant l'évolution du système terre sous l'effet d'émissions croissantes n'a pas, du seul fait de son métier, de compétences techniques particulières pour proposer la manière de modifier l'organisation humaine et matérielle qui en est à l'origine (même si les journalistes adorent faire du "tout en un" en demandant au scientifique cuisiné sur la situation ce qu'il faut faire à partir de là).
La question de savoir si des scientifiques doivent ou non "descendre dans la rue" pour mieux se faire entendre dépend donc de l'effet recherché et du discours tenu.
Si c'est pour militer pour que le diagnostic soit mieux connu, à ce moment le/la scientifique est légitime, mais en pratique ce n'est pas d'abord la puissance publique qui est visée, mais d'abord la presse, puisque c'est d'elle dont dépend le volume et la qualité de l'information diffusée sur le sujet et son lien avec l'organisation du monde.
Qu'un(e) climatologue s'enchaîne aux grilles de l'Elysée ou à une centrale à charbon fera-t-il des media plus prolixes et performants sur le climat ? Une fois que l'information est connue, la décision qui en découle n'est plus un problème scientifique.
Si ce militantisme a pour objet de faire adopter des mesures particulières (taxe carbone, investissements dans le train, ou isolation des bâtiments), alors la question doit être posée sans invoquer la qualité de scientifique : il s'agit de savoir, quel que soit le métier de la personne concernée, si bloquer un aéroport au nom du climat est plus ou moins immoral que de bloquer les trains au nom des retraites. Intéressante question !

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date: '2023-02-02T18:09:42'
li-id: 7026974946824192000
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_les-influenceurs-br%C3%BBlent-le-monde-avec-activity-7026974946824192000-e51E
title: CHANGE_ME 15
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Les "influenceurs" ne sont généralement pas considérés comme des grands amis de la lutte contre le changement climatique. Promouvoir des chaussures, des téléphones, des séjours à l'étranger ou des cosmétiques, tout en sautant d'un avion à l'autre pour les prises de vues, c'est un peu compliqué à marier avec la sobriété.
C'est après ce constat que Vinz Kanté a basculé de la promotion publicitaire au militantisme climat (avec la création de la chaine Limit : https://lnkd.in/eGdVN6Vw ). Mais il y a un prix à payer, au sens propre du terme : comme il le dit lui-même dans cette vidéo, cela s'est accompagné d'une très forte baisse de ses revenus.
Il lui est récemment venu l'idée d'aller dialoguer avec des "collègues" de l'influence (qui l'accepteraient) comment ils et elles voyaient la question environnementale dans leur métier (et si ca leur causait ou pas des états d'âme).
La première qui a accepté de se prêter au jeu s'appelle Jill (elle est belge, comme celui qui la passe sur le grill). Il en résulte un dialogue intéressant entre 2 militant(e)s à leur façon, l'un passé "dehors" (c'est à dire devenu un influenceur "dédié climat"), l'autre restée "dedans" (elle fait toujours le même métier, mais dit pouvoir ainsi parler à des gens pas convaincus).
Une partie de l'échange tourne donc autour de cette question éternelle : pour changer le système, est-ce plus efficace d'être dedans ou dehors ? En fait c'est probablement un faux débat : il faut les deux. Depuis "dehors" on déstabilise (et sans déstabilisation personne ne cherche à changer) ; depuis "dedans" on construit (phase indispensable après la déstabilisation).
La meilleure partie de la vidéo est à la fin, avec tout d'abord des statistiques (dont je ne sais pas si elles sont représentatives du métier) sur les diverses catégories de produits dont Jill a fait la promotion. En première approximation, la quasi-totalité de ce qui permet à cette influenceuse de gagner sa vie est constitué de produits ou services "pas durables" (sans que la définition en soit donnée, mais quand on regarde la décomposition par catégorie de produits on arrive assez facilement à cette conclusion).
Puis vient le bilan carbone de la cobaye du jour : sans surprise, il est nettement supérieur à la moyenne, avion oblige, alors même que l'intéressée considérait avoir fait beaucoup de chemin en installant des panneaux PV sur le toit, en limitant la viande et en minimisant ses déplacements du quotidien en voiture.
Cela illustre l'un des défis de la décarbonation : familiariser le grand public avec la notion d'empreinte carbone et de "contenu carbone" d'un produit ou service. Car là comme ailleurs il n'y a pas de progrès sans mesure !

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date: '2023-02-15T23:23:31'
li-id: 7031764966638559232
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_b8-d%C3%A9pendance-%C3%A9nerg%C3%A9tique-du-secteur-de-activity-7031764966638559232-jEQv
title: CHANGE_ME 2
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Après les ingénieurs et les gestionnaires, c'est au tour des futurs médecins de se faire former aux enjeux climatiques et environnementaux.
D'ici à septembre 2023, toutes les facultés de médecine de France vont inclure dans leur enseignement un module intitulé "médecine et santé environnementale" pour fournir des bases sur les enjeux, mais aussi sur la manière de les aborder.
Ce module est essentiellement constitué de vidéos dont la liste est accessible là : https://lnkd.in/dhmUtKmy
Ma "partition" dans cet ensemble consiste à exposer l'apport de l'énergie - c'est à dire de notre costume d'Ironman - à l'augmentation de l'espérance de vie, au travers de l'alimentation, de la prophylaxie, de la fabrication des vaccins et médicaments, et plus récemment au fonctionnement de l'hôpital moderne.
Le grand paradoxe, dans la santé, est que l'émergence des combustibles fossiles a globalement fortement allongé la durée de vie... tout en faisant naître une menace croissante sur le maintien de cette durée à l'avenir.
Cette courte vidéo ne détaille pas du tout les futurs impacts possibles du changement climatique sur la santé. Elle porte uniquement sur le passé, pour faire comprendre en quoi l'énergie a joué un rôle central dans le fait que l'espérance de vie (en fait l'âge moyen du décès) soit passée d'un peu moins de 30 ans en 1800 à environ 80 aujourd'hui.
Comment ne pas retourner à 30 ans dans un monde sobre en énergie ? C'est à ce défi que devront participer les médecins - et les autres professionnels de la santé - à l'avenir. Espérons que ce module leur donnera des clés de lecture utiles !
NB : en farfouillant dans la liste vous y trouverez quelques "usual suspects" (Bourg, Bihouix, Keller, Gouyon, Selosse, Auzanneau...) sur des formats assez courts : il n'y a plus qu'à déguster !

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date: '2023-02-14T07:46:23'
li-id: 7031166740847837185
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_la-s%C3%A9cheresse-pointe-sous-lanticyclone-activity-7031166740847837185-sdcK
title: CHANGE_ME 3
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Il va falloir réviser le sens des mots en matière de météo. Quand on écoute le bulletin, "il fait beau", utilise un adjectif qui est généralement associé à quelque chose de positif : il est assez rare que l'on emploie "beau" pour une situation dont on ne voudrait pas !
Malheureusement, "il fait beau", en hiver (et même en été !), peut désormais être associé à un certain nombre d'inconvénients dont on se passerait bien.
Tout d'abord, s'il "fait beau" c'est qu'il ne pleut pas. Notre pays s'apprête à battre un record de durée de jours secs en hiver, avec plus de 3 semaines consécutives à moins de 1 mm de pluie par jour sur le pays : https://bit.ly/3RZ2pdK
Cette sécheresse hivernale survient alors que les nappes phréatiques, au 1er janvier, étaient toujours à un niveau bien trop bas sur une large partie du pays : https://bit.ly/3E7IALE ("Plus des trois-quarts des nappes demeurent sous les normales mensuelles. Les niveaux sont nettement inférieurs à ceux de décembre 2021"). Rappelons que la recharge des nappes l'hiver c'est le confort - voire la survie - de la végétation l'été.
Quand "il fait beau", c'est généralement que nous sommes en conditions anticycloniques, avec peu de vent, et donc la production éolienne est faible, ce qui est effectivement le cas en France en moyenne sur les dernières semaines : https://bit.ly/3lttNod
La carte des contenus carbone des pays européens à l'instant où je tape ce post reflète cette faiblesse, avec des moyens fossiles qui sont utilisés de manière significative : https://lnkd.in/eRvA7w-a Deuxième conséquence de "il fait beau", donc : les émissions de CO2 augmentent, ainsi que les émissions de polluants associés à la production électrique fossile (oxydes d'azote et particules fines).
Quand "il fait beau" en hiver, avec un ciel dégagé, il fait généralement aussi froid. Cela augmente d'autant la consommation électrique - une deuxième raison d'avoir des centrales à charbon qui fonctionnent plus - ainsi que le chauffage fossile ou au bois, qui émettent aussi des polluants. Avec l'air qui circule peu (puisqu'il y a un anticyclone), et les autres sources de particules (agriculture et transports), on se retrouve avec un épisode de pollution aux particules fines un peu prononcé : http://www2.prevair.org/ (choisir "Europe" et "PM 2.5" dans les menus déroulants pour avoir une vue d'ensemble de l'Europe pour les particules les plus dangereuses). Les parisiens peuvent jeter un coup d'oeil à https://airparif.asso.fr/
Résumons : "Il fait beau" signifie donc une végétation qui va souffrir l'été prochain, une pollution (qui tue) et des émissions de CO2 en hausse. Si ces conséquences étaient rappelées à chaque bulletin météo, peut-être que cela nous motiverait un peu plus à décarboner rapidement notre économie, et à commencer à nous exciter un peu plus sérieusement sur la préparation au mieux à un climat qui va devenir plus hostile pour tout ce qui pousse.
C'étaient les bonnes nouvelles du jour :)

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date: '2023-02-13T11:13:50'
li-id: 7030856557022072832
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_biodiversit%C3%A9-ni-lampleur-ni-la-rapidit%C3%A9-activity-7030856557022072832-3dG6
title: CHANGE_ME 4
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Ils pèseraient environ 1 milliard de tonnes, soit autant que la masse combinée des humains et de leurs animaux d'élevage. Qui ? Les arthropodes terrestres, que nous appelons plus communément les insectes : https://bit.ly/3XpnsYk (car les araignées et les mille-pattes ne sont pas des insectes, ces derniers ayant 6 pattes).
Pourtant, leurs effectifs sont en baisse rapide. Ils le sont chez nous, mais aussi "ailleurs", comme par exemple en Asie : https://bit.ly/3Xto9j4
Dans cette tribune parue dans Le Monde, Stephane Foucart, journaliste sciences, rappelle une fois de plus cet effondrement en cours, tout en soulignant que, à la différence du climat, nous n'avons pas de "phénomène extrême" qui survienne de temps à autres pour nous réveiller un peu (ce qui, même pour le climat, est hélas peu impactant, puisqu'aucun ouragan ou aucune sécheresse n'a pour le moment conduit à une baisse des émissions mondiales).
La cause de cette baisse est connue : ce sont les substances que nous introduisons dans l'environnement précisément pour supprimer ces bestioles rampantes ou volantes. Depuis les débuts de l'agriculture, notre espèce fait tout ce qu'elle a pu pour partager le moins possible le résultat de cette activité avec d'autres espèces.
Nous ne souhaitons pas que le champ prévu pour accueillir du blé ou des poireaux accueille aussi des "mauvaises herbes", qui captent une partie des nutriments et du soleil : c'est la raison de l'usage des herbicides, qui sont les premiers pesticides utilisés en tonnage en France.
Nous ne souhaitons pas que les épis de maïs ou les cerises soient partagés avec des papillons ou des mouches : c'est la raison de l'usage des insecticides qui permettent d'avoir le produit des cultures "rien que pour nous".
La conséquence n'est pas une surprise : les effectifs de ces insectes diminuent. La solution semble donc évidente, et sa contrepartie aussi : pour préserver les insectes, il faut utiliser moins d'insecticides... et accepter alors de laisser une petite partie de ce que nous cultivons à ces animaux, qui serviront eux-mêmes de nourriture aux oiseaux et à d'autres espèces animales.
Cela fera fatalement baisser les rendements agricoles, et donc monter le prix de la nourriture. La bonne question est de savoir si nous échapperons de toute façon à une hausse de prix pour ce que nous mangeons. Car, sans insectes pollinisateurs, il y aura des baisses de rendement pour un certain nombre de productions, et sans insectes tout court probablement des "surprises" pour certains services écosystémiques dont nous bénéficions aujourd'hui.
Il est à craindre que, pour la biodiversité plus encore que pour le climat, il n'y ait pas d'action à large échelle tant que nous ne serons pas "atteints dans notre chair", avec au surplus la capacité à faire le lien entre ce qui nous arrive et la véritable cause. Pour la biodiversité comme pour le climat, un de nos adversaires les plus redoutables est le sentiment que nous avons encore bien le temps.

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date: '2023-02-12T21:46:07'
li-id: 7030653289532661760
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_souverainet%C3%A9-et-ind%C3%A9pendance-%C3%A9nerg%C3%A9tique-activity-7030653289532661760-omeJ
title: CHANGE_ME 5
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A quoi sert l'Autorité de Sûreté Nucléaire ? Si vous vous êtes posé la question un jour, cette vidéo est faite pour vous. Il s'agit de l'audition du patron de l'ASN dans le cadre des auditions de la "Commission d'enquête visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d'indépendance énergétique de la France".
En 3 heures de temps, sont passés en revue le mandat et le fonctionnement de cette instance, ses moyens, et l'articulation avec d'autres organismes impliqués dans la sûreté nucléaire (comme l'IRSN, qui vient par ailleurs de faire l'objet d'une annonce inattendue de rattachement partiel à l'ASN après cette audition : https://lnkd.in/eQV9WjJU).
En 3 heures, il y a évidemment du temps pour aborder des questions un peu techniques, dont les suivantes :
- est-ce le changement de cadre réglementaire en cours de route qui explique une partie du retard à Flamanville ?
- pourquoi en France les installations doivent être conformes à l'état de l'art alors qu'aux USA il leur suffit d'être conformes à leurs spécifications d'origine ?
- l'ASN met-elle en balance la sécurité d'approvisionnement avec la sûreté nucléaire ?
- le niveau de sûreté des installations nucléaires françaises s'est-il dégradé parce que le parc est plus âgé ?
- y a-t-il un risque à prolonger les centrales au-delà de 40 ans ?
- y a-t-il un risque de pertes de compétences à utiliser des sous-traitants dans le nucléaire ?
- le parc - actuel ou futur - intègre-t-il des mesures d'adaptation au changement climatique ?
- l'EPR est-il un réacteur trop compliqué parce qu'il est franco-allemand ?
- la filière est-elle suffisamment attractive pour disposer des compétences qui seront nécessaires pour mener un chantier ambitieux de "renouveau nucléaire" ?
- le président de l'ASN voit-il sa responsabilité personnelle nécessairement engagée en cas d'accident nucléaire en France ? (cette question découlait d'une affirmation de Corinne Lepage soutenant que c'était le cas)
Dans cette intervention le président de l'ASN fait part à plusieurs reprises d'une crainte forte : celle d'être mis dans la situation où il serait amené à choisir entre plonger le pays dans le noir et laisser fonctionner une installation qu'il aurait arrêtée "en temps normal". Cette situation se présentera, dit-il, si la politique énergétique se base sur des paris incertains ou un défaut d'anticipation qui amèneraient le pays à se retrouver sans marges. A bon entendeur...

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date: '2023-02-11T11:07:48'
li-id: 7030130262550147072
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title: CHANGE_ME 6
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En route pour la géoingénierie ! Si nous avons un excès d'effet de serre (= un excès de rayonnement infrarouge en provenance de l'atmosphère), il suffit de diminuer un peu le rayonnement solaire reçu par la planète, et l'ensemble nous remet à la bonne température. C'est bête comme chou non ?
Une idée pour y parvenir consiste à placer entre la terre et le soleil un objet suffisamment vaste, et légèrement opaque, qui va intercepter une partie du rayonnement solaire et ainsi contribuer à "refroidir la terre".
La mécanique céleste nous indique en effet que, sur la ligne qui joint la terre au soleil, il existe un point - appelé point de Lagrange - où l'attraction de la terre et celle du soleil dont de même intensité. Si l'on peut y placer un objet, ce dernier y reste (il est "tiré de chaque côté" avec une force égale), et se met alors à orbiter autour du soleil à la même vitesse que la terre.
Il y a donc périodiquement l'idée de placer à cet endroit de quoi rafraîchir notre planète : de grands miroirs, ou, récemment, un nuage de poussière réfléchissante (https://bit.ly/3RYkybW ). A partir du pouvoir réflexif des particules de poussière et de leur densité, les chercheurs ont calculé qu'avec 10 millions de tonnes de poussière on pourrait diminuer la puissance solaire d'un peu moins de 2%.
La puissance solaire reçue au niveau du sol étant de 170 watts par m2 en moyenne (sur toute a surface et toute l'année), 2% en moins ca fait 3 watts par m2, soit à peu près le forçage actuellement du au supplément humain d'effet de serre. CQFD.
Sauf que... 10 Mt représenterait 700 fois la masse combinée de tout ce que les humains ont envoyé dans l'espace depuis le début des fusées. Si ca fait trop depuis la Terre, partons de la Lune ! Car en plus sur notre satellite il y a de la poussière à volonté... Il n'y a qu'à y construire une base permanente, et y développer une industrie permettant de fabriquer fusées et carburant à partir de matériaux locaux et de rayonnement solaire (pour éviter d'amener sur la lune le poids des fusées+carburants depuis la terre, ce qui "ramènerait au problème précédent"). Une formalité :)
Par ailleurs en arrivant au point de Lagrange les grains de poussière ont une énergie cinétique (la "vitesse" qui leur a permis de se déplacer depuis le point de lancement) et pas de pédale de frein : ils ne peuvent être "arrêtés" au bon endroit. Pire : si la position initiale d'un grain de poussière "arrêté" est éloignée d'un km du point de Lagrange, au bout d'un an il se sera éloigné à plus de 1000 km du point en question (c'est un équilibre metastable). Il faudrait donc réalimenter ce nuage en permanence.
Qu'en déduire ? Que la conclusion évidente à tirer de ce papier est que cette solution ne sera jamais à l'échelle. C'est pourtant l'inverse que laissent penser quelques titres à sensation relevés ici ou là. Avis aux journalistes qui ont relayé ou veulent le faire : commencez par lire les petites lignes, comme avec les contrats d'assurance...

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date: '2023-02-10T18:02:56'
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title: CHANGE_ME 7
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2022 ne restera pas dans les mémoires des agriculteurs comme une année très sympathique. Au mieux les cultures n'ont pas souffert par rapport à 2021, et au pire elles ont connu une baisse de rendement, de l'ordre de 15% pour le maïs ou le soja.
Mais c'est surtout sur l'herbe, qui fait l'objet de peu de systèmes irrigués, que la chute a été la plus forte : il y a eu un déficit de production des pâturages d'un tiers par rapport à la moyenne 1989 - 2018, ce qui a fortement baissé une partie de la production de fromage AOP (par exemple pas de Salers cet été).
Cet article de Carbone 4 vous propose un petit tour d'horizon de l'année écoulée, complétée par une analyse prospective sur 4 départements du Sud-Ouest (Aveyron, Tarn, Tarn-et-Garonne et Lot).
A cause de l'inertie de la dérive climatique (qui s'amplifie tant que les émissions mondiales nettes ne sont pas nulles), les situations adverses vont se multiplier, et il est plus que temps de réfléchir à ce que nous allons faire en face, surtout qu'à l'horizon de quelques décennies il va aussi y avoir un sujet sur la disponibilité de l'énergie fossile, qui est partout dans les cultures : pour fabriquer les engrais azotés, pour les amener dans les champs, pour faire avancer les tracteurs, pour faire avancer les camions à l'aval du champ, pour faire tourner le secteur agroalimentaire....
L'agriculture est par ailleurs un système humainement inerte : les actifs y aiment les traditions (ce qui est une manière de dire qu'ils n'aiment pas le changement !), la rotation du capital y est lente, et enfin y faire venir du monde ne se fait pas en un claquement de doigts.
Pour minimiser les dégâts, le maître mot, là comme ailleurs, est donc l'anticipation. Mais comment anticiper alors que nous avons bâti un système économique et réglementaire dont la première priorité est de tirer les prix vers le bas - ce qui prive le secteur de moyens d'investissement - sur la base de la compétition - qui raccourcit les horizons de temps - et pas du tout d'assurer la pérennité physique d'un système résilient ?
Le secteur agricole n'est ni assez riche ni assez libre de ses mouvements pour décider en toute autonomie de moyens de "faire ce qu'il faut" pour rendre son activité la plus résiliente possible, tout en abaissant la pression environnementale (émissions de gaz à effet de serre, phytosanitaires) dont il est à l'origine. Rappelons qu'il ne bénéficie aujourd'hui que de 2% des revenus économiques du pays, ce qui est peu pour un secteur dont 100% des autres activités dépendent.
Si nous voulons une agriculture à la fois plus résiliente face à l'amplification de la dérive climatique à venir et moins perturbatrice ce l'environnement, il y a un élément que nous allons difficilement pouvoir éviter : décider de payer la nourriture plus cher. Sinon c'est ce qui finira par arriver de toute façon, mais de manière moins bien organisée !

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date: '2023-02-09T21:51:40'
li-id: 7029567522739773440
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_abandoned-farm-fields-take-decades-to-recover-activity-7029567522739773440-WGjz
title: CHANGE_ME 8
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La biodiversité est-elle résiliente ? Dit autrement, si l'on se met à "laisser en paix" un endroit qui était autrefois perturbé par les activités humaines, est-ce que la biodiversité revient au niveau qu'elle aurait eu si nous n'avions jamais touché à rien ?
Cela n'est pas garanti, indique une étude parue dans Journal of Ecology (https://lnkd.in/e7G9q24e ), qui a examiné le nombre et l'abondance des espèces sur des parcelles de prairie situées aux USA et anciennement agricoles qui ont été laissées "à l'abandon" depuis 3 ans à presque un siècle.
Sur aucune des parcelles les espèces n'étaient au niveau de ce que l'on trouvait sur des prairies identiques n'ayant jamais été exploités pour l'agriculture. Une soixantaine de plantes poussant sur les prairies "primaires" ne s'observaient sur aucune des parcelles de prairie "secondaire", même au bout de plusieurs décennies. En moyenne, un tiers des espèces manque à l'appel sur les parcelles ayant été cultivées par rapport à celles ne l'ayant jamais été.
Pour beaucoup d'entre nous, il y a l'idée de réversibilité dans l'état des écosystèmes : si la pression qui a conduit à la baisse de la biodiversité est allégée ou supprimée, alors la biodiversité se rétablit pour l'essentiel. Cette étude montre que la réalité n'est pas si simple, et que la recolonisation d'un écosystème dégradé n'est pas nécessairement automatique.
En outre cette étude a été menée avec une dérive climatique limitée : pour les espèces végétales qui avaient été supprimées par l'exploitation agricole, le climat d'aujourd'hui est encore relativement proche de celui qui existait au moment de la mise de la prairie en culture.
Mais à l'avenir le climat existant au moment de l'arrêt de la pression sera de plus en plus différent de celui qui existait au moment du démarrage de la pression. La question de la réversibilité sera nécessairement encore plus posée dans ce contexte.
Ce que suggère l'article dans sa partie finale est de donner un "coup de pouce" à la restauration de la biodiversité, par exemple en plantant des graines des espèces qui ont du mal à revenir spontanément.
En somme, la proposition est de corriger la baisse de la biodiversité causée par l'agriculture par... une autre forme d'agriculture !

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date: '2023-02-08T18:24:06'
li-id: 7029152901151227904
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title: CHANGE_ME 9
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L'automobiliste qui boucle sa ceinture s'attend-il à avoir un accident ? Le particulier qui paye sa prime d'assurance contre l'incendie s'attend-il à voir son domicile en proie aux flammes ? Le navigateur qui enfile son gilet de sauvetage à finir par-dessus bord ?
Lorsque le coup du sort est possible, la prudence veut que l'on prenne ses précautions, pour parer des éventualités alors même que la personne qui est victime n'est pas en défaut sur son propre comportement (comme un conducteur saoul qui ne vous a pas vu ou un coup de foudre).
Il en va de même pour le climat. Si l'évolution des conditions climatiques en France ne dépendait que des émissions françaises (une chose que pensait un ministre que j'ai rencontré dans le gouvernement Macron I, accessoirement), on pourrait considérer que de préparer le pays à une évolution climatique "incompatible accords de Paris" est une démission.
Mais ce que sera le climat de la France en 2100 dépend avant tout de ce que vont émettre tous les autres pays que le nôtre d'ici à 2100. Avons nous de la prise dessus ? La réponse est oui pour partie : d'une part l'humain est animal mimétique (merci la mode pour nous le rappeler !), et d'autre part si nous trouvons des "solutions" chez nous nous pourrons ensuite les exporter.
Mais nous avons au mieux un pouvoir d'influence et non un pouvoir absolu. La prudence veut donc que l'on ait un plan B si la baisse des émissions ne va pas assez vite dans le monde (et actuellement elle ne va pas assez vite...).
En pratique, avoir ce plan B signifie "durcir" tout ce que nous pouvons durcir en France pour résister au mieux à des conditions climatiques qui dériveraient fortement par rapport au scénario "idéal" d'une hausse limitée à 1,5 °C dans le monde (ce qui signifie plus en France car les terres émergées se réchauffent plus vite que la moyenne).
Ce n'est pas une fois que la situation est "cata" que nous aurons la possibilité d'avoir en une semaine une forêt constituée des bonnes espèces, des cultures résistant aux canicules ou hivers doux, des infrastructures et des voies de communication en état de fonctionner, ou encore des logements qui ne soient pas des fournaises.
Le principe même de s'y prendre maintenant pour être "prêt" dans 50 ans, et d'utiliser d'un scénario très adverse est donc une bonne chose : cela s'appelle de la prudence.
Pour passer à l'action, il va d'abord falloir modéliser pour chaque acteur les conséquences possibles de 4°C de réchauffement en France. Que risque un bailleur social ? Une installation industrielle ? Un pont ? Un réseau d'eau ? Un agriculteur ? Un réseau de communications ? Un hôpital ?
Puis il faudra ensuite imaginer les moyens d'y répondre (et parfois le seul sera l'abandon...) et enfin les mettre en oeuvre.
Tout cela demandera des moyens intellectuels puis matériels (et donc des sous). Sans obligation sérieuse de la puissance publique, il est peu probable qu'ils arrivent tous seuls à la bonne vitesse !