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date: '2021-12-31T10:47:05'
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title: CHANGE_ME 436
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Il y a quelques semaines est sorti le film "Don't Look Up", avec toute une brochette de stars. Ce film relate - pour celles et ceux qui ne l'ont pas vu - la croisade d'un groupe de scientifiques qui tente d'alerter le monde politique et médiatique après avoir découvert une comète qui s'apprête à frapper la terre, tuant potentiellement toute vie humaine.
Ils vont évidemment chercher à alerter la population, et en premier lieu les pouvoirs publics et la presse. En face d'eux, ils vont cependant rapidement trouver l'incapacité du politique à changer ses priorités de court terme, la frivolité du monde médiatique qui considère qu'il faut "dire des choses positives", et le lobbying du monde des affaires, qui se persuade que la catastrophe peut être changée en opportunité.
Toute ressemblance avec une situation réelle n'est évidemment pas fortuite : le film est là pour nous rappeler qu'en matière de changement climatique, nous sommes exactement dans la même situation. C'est ce qui conduit Peter Kalmus - un "scientifique du climat" - à écrire dans cette tribune publiée dans le Guardian que ce film est "the most accurate film about societys terrifying non-response to climate breakdown Ive seen", et qui y développe son "spleen" lié à une frustration profonde parce que la société n'arrive pas à modifier son comportement en tenant compte de cette nouvelle information. Je dois dire que je partage un peu de ce sentiment...
Cette satire évite deux écueils du "Jour d'Après" (https://lnkd.in/e5XvPYX ), où le fond scientifique était plein d'invraisemblances, et qui se terminait par un "happy end", quittant à la fin du film le message de départ pour rejoindre le fil plus classique du héros qui triomphe de l'adversité (avec un paquet de morts au passage, mais peu importe).
Dans ce film, et sans spoiler la fin, la cohérence et l'ironie cruelle restent jusqu'au bout. Le message est clair.
Puisque nous approchons de l'époque des voeux, peut-on souhaiter qu'en 2022 le monde politico-médiatique - car c'est lui qui est visé en priorité dans ce film - reçoive le message très explicite qui lui adressé par cette fiction, qui n'en est qu'à moitié une par bien des aspects ?

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date: '2021-12-30T17:51:25'
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title: CHANGE_ME 437
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Y aura-t-il assez d'électricité cet hiver ? RTE publie une actualisation de ses "perspectives d'offre-demande d'électricité pour l'hiver" : https://lnkd.in/eiGpJTuz
On peut y lire "À ce jour, le diagnostic met en évidence que le recours à des moyens « post marché » (interruption de grands consommateurs industriels, baisse de la tension sur les réseaux de distribution) serait probable en cas de vague de froid (de lordre de 4 °C en dessous des normales) ou de situation de très faible production éolienne sur la plaque européenne, et quasi-certain si
ces deux facteurs se combinent.
En dernier ressort, le recours à des coupures ciblées de consommateurs demeure une solution à laquelle RTE devra potentiellement recourir en cas de conditions météorologiques
difficiles (vague de froid durant plusieurs jours couplée avec une absence de vent en France et dans les pays voisins) ou de nouvelle dégradation des capacités de production, notamment
nucléaires."
En bref : c'est un peu tendu. Dans quelques années, avec d'une part moins de nucléaire en Europe (et moins de charbon/gaz potentiellement), d'autre part plus d'usages électrifiés (transport, chauffage), et de troisième part pas beaucoup plus de capacités de stockage à large échelle, ca pourrait être plus que tendu lors des anticyclones hivernaux.

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date: '2021-12-30T11:27:59'
li-id: 6882281092817186816
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title: CHANGE_ME 438
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Au 1er janvier de la nouvelle année, les demandes de permis de construire déposées en France pour les logements neufs devront satisfaire à un plafond maximal d'émissions de gaz à effet de serre par mètre carré, en incluant à la fois la phase de construction et celle d'utilisation sur une durée conventionnelle (50 ans).
Rien que pour la construction, le total dépasse actuellement 700 kilos équivalent CO2 par m2 pour les logements (un peu plus en collectif qu'en individuel, voir graphique en commentaire). Le total admissible, utilisation du bâtiment incluse, va descendre par paliers au fil des années. En 2030, il ne faudra pas dépasser environ 400 pour les maisons et environ 500 pour le logement collectif pour avoir le droit de construire.
C'est donc une inflexion très forte qui est imprimée au secteur du bâtiment, qui va l'obliger à modifier beaucoup de choses dans les techniques constructives.
Cette approche illustre un point majeur : pour répondre au défi climatique, vaut-il mieux un prix ou une norme ? Le prix, c'est la taxe carbone : taxons le carbone, et "spontanément" les constructeurs utiliseront moins de ciment, moins de bitume, moins de moquette, moins d'électronique dans le bâtiment...
Cela suppose d'avoir partout des mécanismes de répercussion des surcouts à l'aval qui se fassent sans modifications des chaines de valeur, et notamment sans importations issues de pays ne taxant pas le carbone pour tout ce qui se transporte facilement.
L'autre option est d'imposer un plafond en termes d'émissions (la norme). C'est finalement cette deuxième voie qui s'impose dans la construction, et dans les transports (sur les émissions des véhicules neufs). Mais à raison : elle rend l'avenir prévisible en disant exactement quoi faire.
Après le neuf (qui doit baisser parce qu'il artificialise les sols), le grand défi suivant sera le contenu carbone de la rénovation.

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date: '2021-12-29T11:55:38'
li-id: 6881925665298399232
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-minist%C3%A8re-de-la-transition-%C3%A9cologique-activity-6881925665298399232-NIED
title: CHANGE_ME 439
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Le ministère de la transition écologique publie une étude sur la marche et le vélo dans les déplacements des français(es) : https://lnkd.in/em2qpTMy
Information importante à garder en tête avant de regarder les résultats : ces derniers datent de... 2019. Or, il est probable que le covid a un peu changé la donne, que ce soit pour le total des trajets (télétravail), la part du vélo (qui a du augmenter), et la part des transports en commun (qui a peut-être baissé à cause de la peur de la contamination).
Mais il n'en reste pas moins que la segmentation des pratiques par tranche d'âge, sexe ou niveau de diplôme est intéressante. Les plus gros marcheurs sont les enfants (6-18 ans), suivis des... plus de 65 ans (un tiers des déplacements locaux dans chaque cas). Les 19-24 ans (un âge auquel se prennent les bonnes - ou mauvaises - habitudes d'adulte) marchent beaucoup moins (moins d'un cinquième des déplacements locaux) et ne pédalent pas plus que les plus de 65 ans !
La synthèse ne détaille pas tous les résultats quantitatifs qui sont mis à disposition dans un tableur en libre accès. On y découvre que (sans surprise) la marche est considérablement plus pratiquée s'il n'y a pas de véhicule automobile à disposition du ménage, mais aussi qu'elle est plus pratiquée s'il n'y a pas de vélo à disposition ! (mais je soupçonne que c'est un effet revenu : avoir assez d'argent pour se payer une voiture va avec le fait d'en avoir assez pour se payer - et surtout avoir l'espace pour stocker - un vélo...).
Si l'on fait le total des modes actifs (marche et vélo) par grande agglomération (le détail n'est pas fourni pour les zones rurales), il va de 7,8% pour Rouen à 14,5% pour Strasbourg, soit une variation du simple au double, qui ne s'explique pas complètement par le relief, même si la synthèse note que "Sur un trajet en pente, le nombre de cyclistes est deux fois plus faible que sur un trajet intégralement plat, en 2019. Cet effet décourageant du relief est plus fort pour les femmes."
En effet, Rouen est certes dans une vallée avec la banlieue surélevée, mais c'est aussi le cas de Nancy et de Grenoble ; cette dernière étant 2è avec 13,8%. Par ailleurs cet inconvénient devient bien moins fort avec des vélos à assistance électrique.
Sans que les chiffres ne soient fournis dans le tableur, la note fournit une indication intéressante : "Quand la densité du réseau cyclable dune commune dépasse 2500 mètres par km², la pratique du vélo est, toutes choses égales par ailleurs, presque trois plus importante que dans une commune qui ne compte aucun réseau".
Voici probablement une indication à méditer pour les aménageurs de l'espace...

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date: '2021-12-28T11:11:08'
li-id: 6881552079073132544
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_nucl%C3%A9aire-leur-choix-notre-probl%C3%A8me-activity-6881552079073132544-xhMP
title: CHANGE_ME 440
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L'année qui s'achève aura été une année de contrastes pour le nucléaire en Europe, qui fait l'objet de positions de plus en plus éloignées au sein des pays du Vieux Continent, ce qui conduit les Echos à constater (à raison) que les décisions de fermeture sont prises nationalement mais avec des impacts sur la sécurité d'approvisionnement hors des frontières : https://lnkd.in/ev4GyiTj
L'Allemagne va fermer prématurément 4 GW au 31 décembre ; la Belgique n'en peut plus de décider de fermer prématurément ses capacités (https://lnkd.in/ekM4X-9Q ), ce qui va conduire soit à un système importateur fragile (voire des délestages), soit à des centrales à gaz fossile supplémentaires, en violation des engagements de baisse des émissions ; l'Espagne voudrait en sortir en 2035 sans bien savoir par quoi de décarboné le remplacer (l'Espagne illustre très bien la situation d'arrivée de l'Allemagne : peu de charbon mais beaucoup de gaz pour "backer" l'éolien, ce à quoi il faut rajouter des importations structurelles, qui demandent donc des capacités pilotables en dehors des frontières : https://lnkd.in/eHyARXCx) ; la Suisse est aussi partie pour ne pas renouveler ses capacités nucléaires.
De l'autre côté, la France veut construire de nouveaux réacteurs ; les Pays Bas viennent de décider de le faire (https://lnkd.in/eWmZDa_g ) ; la Pologne aussi (https://lnkd.in/eMYbVZxA ) ; La Finlande a un sixième réacteur en construction après Olkiluoto et les Verts y sont pronucléaires (https://lnkd.in/epJ75pvj ), et enfin l'Italie montre des signes de revirement (https://lnkd.in/eJHZy62J).
RTE a rappelé dans son récent rapport qu'un système électrique "100% ENR" en France demanderait un rythme d'équipement en éoliennes et panneaux solaires dépassant tous les ans - pendant 30 ans - le maximum de ce qu'ont fait l'Allemagne ou la Grande Bretagne de 2009 à 2020 : https://lnkd.in/ePPhXAzg
Et cela nous ramène à cet éditorial des Echos : quelle attitude adopter, au sein d'un ensemble européen censément intégré sur l'énergie (il a même été fait pour cela : https://lnkd.in/eVRuWEtv ), envers des pays qui prennent unilatéralement des décisions mettant un effort ou un risque à la charge d'autrui sans leur demander leur avis ?

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date: '2021-12-27T10:52:59'
li-id: 6881185123056852992
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_automobile-les-suv-poursuivent-leur-irr%C3%A9sistible-activity-6881185123056852992-wWIc
title: CHANGE_ME 441
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En lisant que, sur les 10 premiers mois de 2021, les SUV ont fait une petite moitié des ventes en Europe, deux pensées viennent à l'esprit.
La première est que, manifestement, l'acheteur de SUV neufs (le particulier acheteur de véhicules neufs a 57 ans en moyenne : https://lnkd.in/eXDhm2FC ) a du mal à se mettre d'accord avec le (grand-)parent inquiet pour l'avenir "écologique" de ses (petits-)enfants.
La deuxième est que les pouvoirs publics ont aussi beaucoup de mal à se mettre d'accord avec eux-mêmes. On veut bien de la neutralité carbone, mais quand même pas au point de dissuader les acheteurs de véhicules neufs de se procurer des modèles lourds et gourmands en carburant.
On se retrouve ici avec deux conflits d'objectifs que nous sommes incapables d'arbitrer en faveur du long terme :
- un conflit entre emploi/PIB et environnement : les modèles concernés sont des modèles à forte marge, et fabriqués en France ; ils sont donc particulièrement "précieux" pour les constructeurs français
- un conflit entre "sécurité à court terme" (les SUV procurent une impression de sécurité de conduite parce qu'ils sont surélevés) et "sécurité à long terme" (ces modèles sont plus prédateurs de l'environnement : ils demandent plus de matériaux à la construction - et cela reste vrai pour les modèles électriques - et émettent plus à l'utilisation).
Perpétuant une dépendance forte aux carburants (puisqu'une voiture neuve reste 20 ans en circulation ensuite), ils préparent aussi "par construction" de nouveaux épisodes de type "gilets jaunes", à chaque fois que le prix du pétrole fera un bond vers le haut (et cela va arriver plus d'une fois sur les 20 ans qui viennent, parce qu'une production de pétrole contrainte à la baisse alors que nous ne sommes pas en cours de sevrage engendre un prix devenant très volatil).
Puisque c'est l'époque des voeux qui arrivent, j'en ai un : que chaque acheteur potentiel de ce genre de voiture ait l'obligation de lire un document explicatif sur l'énergie et le changement climatique (au hasard une BD faite pour cela :) ), suivie d'un test de connaissances réussi, avant de réaliser l'achat. Et que le passage du permis comporte le même genre d'acquisition de connaissances avec le même genre de test.
Si le gouvernement est sérieux sur ses déclaration climatiques, je suis sûr qu'il ne verra aucune objection à implémenter cette mesure.

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date: '2021-12-26T17:45:18'
li-id: 6880926496593117184
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-plan-france-2030-se-heurtera-in%C3%A9vitablement-activity-6880926496593117184-M7LG
title: CHANGE_ME 442
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Cette tribune de Maroun Eddé concerne le plan France 2030, mais il n'y aurait pas grand chose à y changer si elle devait s'appliquer au plan de transformation de l'économie française du Shift Project (https://lnkd.in/dNARPrU ).
L'auteur y explique qu'il n'y a pas de grande vision qui tienne s'il n'y a pas les compétences pour la mette en oeuvre. De fait, qu'il s'agisse de réindustrialiser notre pays ou de le décarboner, à un moment nous aurons besoin de compétences "physiques", dans lesquelles on peut mettre à la fois les maçons, les conducteurs de trains, les cultivateurs de lin, les forestiers, les réparateurs de vélos, et bien d'autres encore, sans oublier des ingénieurs de toute sorte.
Que des grands dispositifs de formation soient nécessaires aux grands dessins de l'état ne date pas d'hier : nos grands corps techniques, qui ont parfois tant fait jaser (les Mines, les Ponts, le Génie Rural, les Eaux et Forêts...), sont nés de la volonté royale de doter le pays de voies de communications, de mines et d'industries, ou d'une agriculture performante et de forêts pour disposer de bois.
A l'heure où les grands défis s'appellent la prise en compte des limites planétaires, il serait logique que notre appareil éducatif s'oriente sans tarder dans la bonne direction. Une limite se gérant quantitativement, il faut donc apprendre à compter. Comme elle se rapporte à notre environnement, il faut apprendre de quoi appréhender ce dernier (physique, biologie, écologie...). Et enfin il faut se former aux métiers de demain, qui demanderont de plus en plus de "revenir à ce qui se fabrique" et non uniquement à ce qui se gère.
L'énergie abondante nous a éloigné du physique. A l'ère de l'énergie rare, la richesse était dans les ressources naturelles, et les compétences précieuses dans ce qui permettait de les gérer au mieux (agriculture, forêts, mines). Puis la richesse et les compétences sont passées dans la transformation de ressources dont l'extraction a été rendue facile par l'énergie. Les fortunes sont devenues industrielles (et non foncières) et les métiers "précieux" ceux de la transformation (de l'artisanat à l'industrie).
Encore un peu d'énergie et de mondialisation et ce sont les services qui ont emporté la mise. La richesse est passée dans la finance (la simple détention du capital) et l'aristocratie des métiers dans le "management" et la finance.
La contraction énergétique imposera de revenir tôt ou tard à une compétence du "faire" plutôt que du "gérer" (ou plus exactement on ne pourra gérer que si on sait faire). L'auteur a raison de déplorer que pour le moment nous n'en prenions pas du tout le chemin. Il s'agit d'un angle mort majeur dans les plans gouvernementaux, et reconfigurer le système éducatif avec un objectif clair en tête devrait être une de nos urgences nationales.

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date: '2021-12-24T14:58:44'
li-id: 6880159804292157440
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-monde-sans-fin-activity-6880159804292157440-cJWG
title: CHANGE_ME 443
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En cette veille de Noël, je dois des excuses à toutes celles et tous ceux qui n'ont pas pu trouver d'exemplaire du "Monde sans fin" pour le glisser sous le sapin auquel ils pensaient. La raison de cette "pénurie relative" vient d'un décalage entre ce que les libraires ont pressenti comme ventes au moment de la présentation de l'album (ce "sentiment" des libraires permet à l'éditeur de dimensionner le premier tirage et la mise en place) et le démarrage effectif des ventes, qui est allé bien plus vite que ce que les libraires avaient imaginé.
Dans un monde infini, l'éditeur se rattrape dès qu'il voit le nombre d'albums écoulés la première semaine, en commandant immédiatement une réimpression qui permet de ne pas être en rupture de stock. Mais dans notre monde fini, il y a actuellement (effet conjugué du covid et de la "reprise" post-covid) une légère pénurie de papier et de carton. Ce dernier, en particulier, est très demandé par les opérateurs de vente à distance (Amazon en tête) pour les emballages.
Du coup Dargaud n'a pas pu réimprimer à la vitesse à laquelle les exemplaires étaient demandés. Et du coup (bis) il y a des sapins qui resteront "non garnis" avec ce copieux (enfin raisonnablement copieux) ouvrage blainovicesque.
J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
La mauvaise est qu'il y aura plein d'autres occasions de l'acheter. Mauvaise ? En effet, cet album n'existe que parce que nous avons un problème. Et tant que nous avons ce problème sur les bras, il sera quand même utile de bien comprendre de quoi il retourne, ce qui était la modeste ambition de Christophe Blain et de votre serviteur en se mettant (au vrai sens du terme pour l'un des deux) à la planche à dessin.
La bonne est que dès mi-janvier il y a deux réimpressions conséquentes qui arrivent. Les voeux pouvant se souhaiter jusqu'au 31 janvier, et une bonne année étant éventuellement une année où nous devenons un peu plus sérieux sur la question climatique, il y aura donc une première occasion de se rattraper d'ici 3 semaines pour celles et ceux qui étaient fort chagrin d'avoir laissé la hotte du Père Noel dégarnie.
Et pour celles et ceux qui l'ont trouvé, l'ont offert, et ont été content(e)s de l'effet produit, voici quelques suggestions pour rééditer l'expérience à l'occasion, puisqu'il n'y a aucune raison de se priver d'un peu de plaisir d'offrir, hein :
- votre maire
- votre député(e)
- votre patron(ne)
- vos employé(e)s
- le/la responsable du supermarché
- les fonctionnaires de la direction des routes
- les responsables des services d'urbanisme
- le CDI du lycée
- les tours opérators
- votre banquier (arf !)
- et bien sûr vos beaux parents :)
Je rappelle que cet ouvrage est à conserver au moins un siècle pour concourir efficacement à la soustraction de CO2 de l'atmosphère. Si vous n'en voulez plus, donnez le à une bibliothèque !

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date: '2021-12-23T17:55:28'
li-id: 6879841892465467393
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_les-catastrophes-naturelles-ont-co%C3%BBt%C3%A9-105-activity-6879841892465467393-MJka
title: CHANGE_ME 444
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Selon Swiss Re, 2021 sera la 4è année la plus couteuse en termes de catastrophes naturelles, avec une facture de 105 milliards de dollars pour les assureurs.
105 milliards de dollars, c'est assurément plus d'argent que tout lecteur de ce post n'en aura jamais (ce qui signifie que je renonce délibérément à être lu par Bezos, Musk, Arnault et Gates ; j'espère que ce renoncement sera apprécié à sa juste valeur).
Mais face à un PIB mondial qui se monte à environ 80.000 milliards par an, c'est juste ri-di-cule. Pour une personne qui gagnerait 80.000 euros par an, cela signifierait une perte d'environ 100 euros à cause du climat (car en 2021 il y a une toute petite partie qui vient de causes non climatiques). Ca ou rien, c'est pareil !
Regarder le problème sous l'angle des pertes économiques actuelles est donc se condamner à ne rien faire. Cette approche nous masque trois points essentiels :
- tout d'abord la perte d'activité consécutive à la destruction d'une infrastructure n'est pas toujours dans les dommages assurés, et peut se monter à bien plus que le cout de reconstruction de l'infrastructure,
- ensuite la facilité à reconstruire les infrastructures détruites vient de l'abondance énergétique. Plus cette dernière sera affaiblie avec la baisse - délibérée ou subie - des combustibles fossiles, plus il sera difficile de rétablir l'infrastructure détruite, ou plus les conséquences de sa destruction seront durables.
- enfin et surtout les ressources naturelles dont dépendent nos activités sont gratuites par convention. Si le changement climatique les détruit, cela est invisible dans les dommages assurés... mais pas du tout dans le niveau de "prospérité" de l'humanité.
Il serait donc très dangereux d'en rester aux dommages assurés pour se rassurer à bon compte. Ces chiffres ne sont pas pertinents pour jauger de l'ampleur du problème.

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date: '2021-12-22T20:11:03'
li-id: 6879513626189844480
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-site-de-rte-qui-donne-les-prix-spot-de-activity-6879513626189844480-JuEl
title: CHANGE_ME 445
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Le site de RTE qui donne les prix spot de l'électricité indique qu'en Belgique ce dernier a dépassé les 600 euros du MWh le 21 décembre (soit 60 centimes le kWh), reflétant en cela une tendance très marquée partout en Europe : https://lnkd.in/dfxe6pfH
Il serait inexact d'y voir une seule cause, mais il y en a plusieurs qui s'empilent :
- peu de vent sur l'Europe (parce que ca arrive de temps en temps...)
- peu de soleil (logique, c'est l'hiver)
- un prix du gaz très élevé parce que les russes se font un peu tirer l'oreille pour nous en fournir (et donc cela tire vers le haut le kWh électrique au gaz)
- un quota de CO2 dont le prix est élevé (logique, puisque nous voulons "sortir du CO2")
- une demande élevée parce qu'il a fait froid (le chauffage n'est pas seul en cause : plein d'autres consommations augmentent aussi quand il fait froid).
- et en France l'arrêt de quelques réacteurs, mais on voit que cela ne différencie pas notre pays du reste de l'Europe.
Aucune de ces causes n'est véritablement une surprise (pas même le fait que l'on arrête un réacteur de temps en temps pour remplacer une pièce qui doit être changée ; toute machine est périodiquement vérifiée et parfois arrêtée pour réparation sans que ce soit nécessairement une catastrophe qui vient d'être évitée).
Admettons que l'on commence à se dire que notre système électrique est parti dans une mauvaise passe. Suffit-il, alors de demander à EDF de "prendre toutes les mesures pertinentes pour renforcer à court terme la sécurité dapprovisionnement", comme l'a fait Mme Pompili au nom du gouvernement (https://lnkd.in/eDbEqzkG), pour que finalement les problèmes soient réglés ?
Pas nécessairement. Le système électrique est un système lent. Il se pilote sur des décennies. La conjonction de cet hiver (un peu de froid, pas de vent, pas assez de gaz russe - à terme parce qu'ils passeront leur pic de production, pas de soleil, et des moyens pilotables diminués) se reproduira à l'avenir, et sera d'autant plus difficile à gérer que nous prenons des paris pas du tout assurés de réussir.
Pour le moment la seule conséquence est un prix très élevé sur le marché spot (sachant que l'essentiel des transaction se fait à terme). Mais, au vu de la dépendance totale du fonctionnement des sociétés modernes à l'électricité, si les défauts de fourniture commencent à devenir fréquents, ca sera une autre histoire !

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date: '2021-12-21T09:08:29'
li-id: 6878984498646716416
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_pour-atteindre-la-neutralit%C3%A9-carbone-faisons-activity-6878984498646716416-oA-7
title: CHANGE_ME 446
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Connaissez vous "l'électricité verte" ? Cette dénomination désigne en pratique un contrat d'achat d'électricité par lequel le fournisseur vous vend en même temps de l'électricité (qui physiquement vient en pratique du même réseau quel que soit le vendeur) et des certificats de garantie d'origine.
Ces derniers attestent simplement que "un producteur a injecté de l'électricité d'origine renouvelable dans le réseau européen il y a moins d'un an". Il n'y a aucun lien physique spécifique entre l'électricité qui franchit votre compteur et l'électricité d'origine renouvelable qui a été injectée dans le réseau à n'importe quel moment de l'année écoulée.
Dans cette tribune, les auteurs proposent que :
- ces garanties d'origine ne puissent être échangées entre pays au-delà des capacités physiques d'interconnexion (alors que c'est le cas aujourd'hui),
- et que ces garanties d'origine ne soient valables qu'une heure et pas une année (à ce moment votre fournisseur serait obligé de vous déclarer de l'électricité "pas verte" quand il y a plus de clients de "l'électricité verte" que de fourniture physique d'électricité renouvelable pendant l'heure qui précède).
Il s'agit donc de mieux faire coller la convention contractuelle à la réalité physique (même si ca sera encore imparfait). La deuxième disposition, en particulier, mettrait des obligations de stockage à la charge des producteurs non pilotables. En ce moment, où nait un débat sur "le passage de l'hiver", qui dépend précisément de ces capacités pilotables, on en comprend l'intérêt.
Par exemple, hier à 19h, il y avait 4 GW de puissance effective sur 100 GW de puissance éolienne et solaire installée (premier graphique en commentaire), et en France c'était 3 GW sur 30 GW installés (deuxième graphique). La situation est identique ce matin, avec pour résultat que ce sont les moyens fossiles qui tournent à plein régime (en Europe, la disponibilité des 4 réacteurs découplés en France ne change pas grand chose).
En cas de pari sur un ensemble "ENR intermittentes + back-up pilotable décarboné", ce risque de "défaut de capacités de pilotage décarbonées" a été bien identifié par RTE dans son volumineux rapport récent. Il en résulterait l'une des deux conséquences suivantes :
- maintien de moyens fossiles et excès de CO2
- défaut d'approvisionnement en gaz (épuisable et dont le pic mondial n'attendra pas 2050) et délestages.
Pousser les pays favorisant les producteurs "intermittents" à prévoir et financer dès à présent (et pas plus tard) le back up n'est donc pas complètement sans fondement...

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date: '2021-12-20T17:18:38'
li-id: 6878745459192594432
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title: CHANGE_ME 447
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A intervalles réguliers, l'exécutif français rappelle que la France est pleinement engagée dans la lutte contre le changement climatique. Ca, ce sont les discours. Puis on passe aux actes... et beaucoup change.
D'où viennent les émissions domestiques de gaz à effet de serre en France ? Tout d'abord des transports. On devrait donc se dire que si le but est de faire baisser les émissions des transports, une des choses que nous allons faire est d'éviter de donner envie aux français de rouler encore plus en voiture à pétrole.
Ben non. Selon Paris Normandie, Jean Castex vient de déclarer que "Cest le rôle de lÉtat de soutenir des infrastructures de transport qui ont un impact concret pour la vie quotidienne des Françaises et des Français. Je le fais pour les routes, partout en France (...)".
Il faut baisser les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports, mais on va le faire en rajoutant des routes. Il faut baisser l'artificialisation, mais on va le faire en rajoutant des routes. L'Etat va proposer aux rouennais (et aux autres) de circuler plus facilement en voiture, pour ensuite leur expliquer que ca serait bien qu'ils utilisent moins de moyens individuels, gourmands en ressources et en énergie (quelle qu'elle soit).
Mais en fait Matignon a tout prévu : "La bascule des véhicules thermiques vers lélectrique change la donne. À terme on sera sur des voitures décarbonées donc limpact dun projet routier est moindre que par le passé".
"moindre" ce n'est malheureusement pas "aligné avec les 5% de baisse des émissions qu'il faut enclencher demain matin pour ne pas franchir la limite des 2°C de réchauffement planétaire".
A quand une impossibilité de construire toute nouvelle infrastructure sans avoir fait la preuve que cette dernière est bien compatible avec ce rythme de baisse des émissions ? Désormais ne devrait-on pas conditionner la déclaration d'utilité publique à la production d'une étude sérieuse (non critiquée par l'Autorité Environnementale) montrant que le projet est "compatible accord de Paris" ? Car des contournement routiers justifiés par le gain de confort du aux automobilistes, il n'y en a pas qu'à Rouen...
L'autre alternative pour retrouver de la cohérence est de faire comme Trump : acter une bonne fois pour toute que l'accord de Paris, l'Elysée et Matignon s'en fichent. En fait, c'est la réalité en matière de décisions concrètes de l'Etat pour les infrastructures de transport. La justification de construire de nouveaux ouvrages se base sur la valorisation économique du gain théorique sur le temps de déplacement procuré par l'ouvrage. En face on tient compte aussi de la valorisation (négative) des externalités environnementales, mais les valeurs sont calées pour que cet aspect là soit négligeable. C'est un choix politique puisque ces valorisations sont conventionnelles.
Le discours est donc celui de la décarbonation. La méthode pousse à l'exact inverse.

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date: '2021-12-19T16:57:27'
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li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_environnement-les-vagues-de-froid-sont-elles-activity-6878377740781834240--EnQ
title: CHANGE_ME 448
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Il y a deux semaines environ, le Nord de la Scandinavie, la Russie et l'Alaska ont expérimenté des records de froid pour un mois de décembre (https://lnkd.in/eUVZ3iqG ).
Alors quoi : le climat se réchauffe et pourtant on se les gèle ? Dans cette livraison hebdomadaire pour RTL, j'essaie d'expliquer pourquoi ce paradoxe n'en est qu'en apparence. Le réchauffement climatique va, au moins "un certain temps", favoriser des incursions d'air très froid aux moyennes latitudes comme il y en a eu une récemment, ou comme il y en a eu une au Texas en février dernier. Et cela est parfaitement compatible avec des records de chaud à d'autres moments.
Il va aussi favoriser les dégâts dus aux gelées tardives. Avec une végétation qui se réveille plus tôt en moyenne, un épisode de gel survenant au même moment qu'avant trouvera des plantes plus vulnérables puisque tout aura bourgeonné. Météo France revient sur l'épisode de 2021 : https://lnkd.in/eJU9DAda
Un climat qui se réchauffe va donc parfois... nous donner des sueurs froides au vrai sens du terme.

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date: '2021-12-18T18:32:20'
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title: CHANGE_ME 449
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Dans une interview pour L'Info Durable, un enseignant à Kedge Business School (donc historiquement pas un repaire de décroissantistes en partance pour le Larzac), Christophe Revelli, rappelle que la "finance durable" est malheureusement trop souvent un habillage de circonstance pour donner l'impression que la finance "normale" est devenue durable. On pourra discuter tel ou tel point technique évoqué dans cet interview, mais mon propos n'est pas là.
Le point intéressant est que la personne qui critique les méthodes trop souvent employées dans le monde financier pour se peindre en vert enseigne dans une école dite "de commerce". De ce fait, il est probable qu'il apprenne à ses étudiants à développer un sens critique, c'est-à-dire leur apprendre à voir si le comportement des acteurs d'u secteur est concrètement en phase avec les objectifs affichés.
Pour la collectivité, acquérir cette compétence est une excellente chose. Cela signifie que se multiplient les professionnels qui gardent en permanence du recul sur ce qu'ils font, évitent de se leurrer eux-mêmes à défaut d'être déjà parfaitement "là où il faut", et surtout sont aptes à concevoir ou utiliser des outils et méthodes qui permettent de comprendre où nous en sommes par rapport au problème et non juste de se rassurer à bon compte.
Mais cette orientation a un inconvénient potentiel : par construction, elle barre la route à l'embauche (en tous cas pas sur la base de ce sens critique) chez les acteurs qui ne veulent surtout pas de la cohérence, mais juste donner le change, avec des méthodes faites pour laisser croire que tout est sous contrôle, alors que le problème reste inchangé.
Et tant que l'économie restent à dominante "pas durable", ces acteurs sont majoritaires. La quadrature du cercle se présente donc ainsi : dans le domaine financier, comment faire pour former des étudiants utilisant des méthodes pertinentes, puis leur assurer un débouché sur ces bases quand l'essentiel du secteur n'en veut toujours pas ?

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date: '2021-12-17T15:38:15'
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title: CHANGE_ME 450
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La production électrique au charbon atteindra un record historique en 2021, indique l'Agence Internationale de l'Energie dans son rapport "Coal 2021".
On y lit que la Chine (50% de la production mondiale) prévoit des augmentations de capacités minières et de production électrique au charbon pour les 4 ans à venir, et que c'est aussi le cas de l'Inde.
Et l'Agence Internationale de l'Energie de commenter en écrivant "Global coal consumption is not on the Net Zero trajectory and is unlikely to be before 2024". Il faudra probablement plus que des post linkedin pour inverser la donne. La bonne question est quoi faire...

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date: '2021-12-17T08:24:49'
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li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_a-quand-des-chief-impact-officers-dans-toutes-activity-6877523957164109824-2cgA
title: CHANGE_ME 451
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L'humanité a un problème avec les limites planétaires. En réponse, les Nations Unies ont proposé le concept de "développement durable", une espèce de baguette magique où nous pouvons à la fois ne pas nous restreindre tout de suite ("un développement qui satisfait les besoins de la génération actuelle") sans obérer l'envie des générations futures de ne pas se restreindre ("sans compromettre ceux des générations futures"). A bien y regarder, c'est un oxymore : https://lnkd.in/e99RRmJ
Nous avons nommé des personnes en charge du développement durable dans toutes les grandes entreprises. Est-ce que cela a changé la trajectoire de ces dernières ? Les émissions de gaz à effet de serre ont progressé à la même vitesse avant la création de ces fonctions qu'après, de même que pour la déplétion pétrolière, l'érosion de la biodiversité, la dégradation des sols ou l'étalement urbain.
Il est maintenant question de créer des "chief impact officer". Est-ce que le résultat sera différent ? En fait, sans redéfinition bien plus large de l'espace que doivent occuper nos activités productives monétisées, cette fonction deviendra trop souvent celle de "chief greenwashing officer", comme une partie des responsables du développement durable en entreprise le sont devenus à leur corps défendant.
Nous n'aimons pas nous remettre en question. Avant même de savoir si c'est une bonne ou une mauvaise idée, c'est un fait. D'expérience, lorsqu'une entreprise découvre, en réalisant pour la première fois un exercice de comptabilité environnementale, que son activité la met structurellement à risque en cas de "transition écologique", la réaction la plus courante n'est pas de décider séance tenante de changer de portefeuille de produits, de marchés, de compétences, quoi qu'il en coute sur le plan des performances économiques (et même si le CA doit baisser), parce que "c'est bon pour l'environnement".
La réaction la plus courante est de continuer comme avant, en cherchant bien si on ne peut pas se dire que, au fond, l'activité est quand même contributive à la transition (le dernier secteur en date a avoir beaucoup communiqué sur ce thème est le digital). CIO ou pas CIO...
L'exemple de la personne en photo illustre bien le propos. Elle travaille dans une entreprise qui s'appelle Contentsquare. Cette dernière a pour objet (cf leur site : https://contentsquare.com/ ) de "helps companies understand hidden customer behaviors". En gros ils font du ciblage marketing. Question : à quoi sert un "CIO" dans une entreprise dont l'ADN est d'aider des entreprises qui vendent des produits à en vendre plus ?
La seule manière d'avoir "de l'impact" au bon niveau est de mettre la totalité de l'entreprise en conformité avec un monde où les flux physiques baissent structurellement. Et cela demande que tout le comex y voit une limite non dépassable, à commencer par le/la patron(ne). Pour le moment, nous n'y sommes pas.

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date: '2021-12-16T07:45:42'
li-id: 6877151725782933504
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title: CHANGE_ME 452
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Le Haut conseil pour le climat propose une analyse du bilan de la COP 26. Au-delà du fait de répéter que nous ne sommes pas dans les clous question engagements pris par rapport à ce qui permettrait de limiter le réchauffement à 1,5 ou même 2°C (élévation de température pour laquelle les canicules séculaires deviennent décennales, une bonne partie de la forêt française meurt, et les sols européens perdent 20% d'humidité), le document publié par le HCC fait un inventaire des "initiatives" sectorielles lancées pendant la COP.
Il ne faut cependant pas se leurrer : de par son fonctionnement, une COP ne peut rien faire d'autre que d'entériner ce que les pays ont déjà décidé de faire chez eux, pour des raisons d'intérêt domestique.
Aucune COP ne règlera "de l'extérieur" un problème que nous ne voulons pas régler de l'intérieur. Penser que la COP va être un succès alors que les pays procrastinent sur le plan domestique, c'est penser que l'on peut faire une bonne équipe de rugby avec des gens qui ne veulent pas jouer au rugby et ne s'entraînent pas à ce jeu.
Par ailleurs, les implications économiques de la réduction massive des émissions (fin de la société fossile = forte contraction de l'économie "physique") ne sont toujours pas comprises et/ou acceptées par l'essentiel des protagonistes. On se rappelle de cette réplique célèbre : "sur un malentendu, ca peut marcher". Malheureusement pas avec la physique.

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date: '2021-12-15T14:54:08'
li-id: 6876897155487981569
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_ice-shelf-holding-back-keystone-antarctic-activity-6876897155487981569-2PSG
title: CHANGE_ME 453
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Une partie de la superficie future du continent européen est peut-être en train de se joue en ce moment du côté de l'Antarctique. En ce début d'hiver, où les températures (en France métropolitaine) sont de saison (ce qui n'est pas le cas aux USA où des épisodes 20°C au-dessus des normales ont été constatés en décembre : https://lnkd.in/eC6MqmVq ), nous ne pensons plus spontanément aux conséquences "chaudes" de la dérive climatique.
Malheureusement cela n'est pas suffisant pour les arrêter. Un article (pas "à comité de lecture") tout juste publié dans Science.org indique une faiblesse du glacier Twaites, situé en Antarctique de l'Ouest. Ce glacier, situé sur la partie de l'Antarctique qui fait face au Chili, et de la taille de la Floride, se termine par une langue flottant sur la mer. Il est par ailleurs posé sur un socle rocheux sous-marin, comme une large partie de l'Antarctique de l'Ouest et une partie de l'Antarctique de l'Est.
Sa taille et sa position en font une "clé de voute" de l'ensemble de la calotte antarctique de l'Ouest. Or, la langue terminale de ce glacier commence à être "grignotée par en dessous" par une mer plus chaude. Cela accélère le déversement de glace dans la mer. Si l'ensemble de ce glacier venait à se désagréger en icebergs (pas en une semaine, mais possiblement à l'échelle du siècle), cela pourrait par contrecoup conduire à la dislocation de l'ensemble de l'Antarctique de l'Est.
Un article récemment paru dans Nature (https://lnkd.in/e2T9MYUa ) indique que, pendant la dernière déglaciation, les processus de retrait des glaciers de cette calotte devenaient irréversibles pour plusieurs siècles. Les points de bascule sont encore mal identifiés, mais la conclusion de l'article est que nous pourrions être en train de vivre l'un d'eux, auquel cas nous avons "signé" pour une hausse de plusieurs mètres du niveau de l'océan quoi que nous fassions. Du reste le dernier rapport du GIEC indiquait qu'une élévation de l'océan mondial supérieure à 15m ne pouvait être exclue en 2300 à cause de l'instabilité sur les calottes antarctique et groenlandaise.
Pour maximiser la probabilité que cela n'arrive pas, il n'y a qu'une seule chose à faire : baisser massivement les émissions planétaires à partir de demain matin.

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date: '2021-12-14T16:10:26'
li-id: 6876553970488279040
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_une-des-difficult%C3%A9s-des-enseignants-qui-souhaitent-activity-6876553970488279040-iGEV
title: CHANGE_ME 454
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Une des difficultés des enseignants qui souhaitent "enseigner le climat" à leurs élèves est de trouver des ressources pédagogiques. Dans quel ordre présenter le problème ? Que faire passer comme notions en fonction de l'âge ? Combien de temps y passer ? Où trouver de bons supports ? (à part une BD que je ne nommerai pas puisqu'elle est introuvable 😁).
Ces questions trouvent rarement une réponse dans son entourage proche quand on est en phase de démarrage d'un enseignement, puisque par définition les voisins n'ont pas plus fait que soi-même, sauf exception.
Ceest justement pour "mailler les exceptions" que The Shift Project et Les Shifters ont initié, avec le soutien de Enseignants de la Transition, le développement du site Enseigner le Climat (https://lnkd.in/d-2rc4fw), qui a vocation à fournir des ressources et de la mise en réseau aux enseignants qui veulent... enseigner le climat.
Les ressources sont évidemment des contenus, mais aussi des individus : conférenciers, vacataires...
Nous espérons que cette initiative permettra d'accélérer la diffusion de l'information "de départ", celle sur le problème à traiter, pour que la réflexion sur "les solutions" que les futurs actifs devront mener (car nous allons vivre avec le changement climatique pour quelques siècles) soit la plus pertinente possible.

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date: '2021-12-14T06:34:12'
li-id: 6876408955933921280
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_r%C3%A9chauffement-climatique-la-technologie-activity-6876408955933921280-S2V4
title: CHANGE_ME 455
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La "technologie" va-t-elle suffire à nous éviter un réchauffement climatique délétère, sans action sur le niveau de consommation ? Dans cet article le site de France Info rappelle à sa manière l'équation de Kaya (https://lnkd.in/gAthJhJ ), un raisonnement quantitatif - car en matière d'émissions il faut compter - qui met en perspective les vitesses de progression dans l'efficacité unitaire et l'augmentation des usages.
La conclusion est hélas négative. A la traditionnelle question "pourquoi demain ne serait-il pas différent d'hier ?" on peut répondre que, depuis que nous avons identifié le réchauffement climatique comme un problème (a minima la fin des années 1980, date de la création du GIEC), les progrès techniques ont été importants et la hausse des émissions tout autant.
France Info s'attarde un peu sur deux "trouvailles" récentes, dont l'avion à hydrogène et le "direct air capture" qui consiste à essayer de pomper le CO2 directement dans l'air avec un procédé technique (une alternative serait de planter des forêts, mais en ce moment la couverture forestière baisse...).
La conclusion est hélas toujours la même : sans sobriété, nous n'avons aucune chance de tenir la limite des 2°C de réchauffement (nous sommes actuellement à 1,2). Et on pourrait en ajouter une autre (qui ne figure pas dans l'article) : la décrue de la consommation matérielle, sur notre planète finie, est juste une question de temps et de conditions. Ca, ce n'est pas Kaya, c'est Meadows (https://lnkd.in/ev4N-EA ).

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date: '2021-12-13T07:32:44'
li-id: 6876061296387747840
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_dhabitude-les-publications-de-loffice-activity-6876061296387747840-NvGS
title: CHANGE_ME 456
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D'habitude, les publications de l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques sont dans la droite ligne de l'appellation de cet organisme : elles éclairent les avantages et inconvénients d'une technologie donnée, par exemple la 5G ou l'intelligence artificielle, et font, comme beaucoup de rapports parlementaires, un nombre de pages trop élevé pour que leur lecture soit large.
C'est donc une approche un peu inhabituelle qui a été choisie pour une récente publication, qui ne concerne pas les avantages ou méfaits d'une trouvaille technique, mais qui décrit en quelques pages l'évolution (inquiétante) de la population d'insectes en France : https://lnkd.in/dEcP77_S
Toutes les personnes ayant dépassé le demi-siècle (et parfois moins) se rappelleront sans peine que, lorsqu'elles étaient enfants, les voitures terminaient les voyages estivaux avec le pare-brise et les phares couverts d'impacts d'insectes volants en tout genre, et que les jardins péri-urbains (voire urbains) regorgeaient de papillons l'été.
Désormais, il faut aller dans des endroits préservés des diverses nuisances évoquées dans cette note (pesticides surtout, mais aussi métaux lourds, pollution lumineuse...), par exemple les alpages l'été, pour déranger des sauterelles en marchant dans l'herbe ou observer des papillons en quantité. Une partie du constat documenté dans cette note est donc accessible à tout un chacun de pas trop jeune :).
Comportant plus de 100 références pour 5 pages de note, cette publication de l'OPECST se termine en insistant sur l'urgence d'agir, principalement au niveau des pratiques agricoles. Elle souligne que la réglementation européenne est en retard sur l'état de l'art scientifique (ce qui est malheureusement toujours le cas, une réglementation précède rarement la connaissance d'un inconvénient !), mais qu'il existe un levier d'action aujourd'hui insuffisamment employé : l'éco-conditionnalité des aides de la politique agricole commune.
Cette recommandation n'est pas nouvelle. Par contre, de voir sous la plume d'une sénatrice centriste (le Sénat, de par son mode d'élection, est considéré comme traditionnellement plus proche du monde rural, donc des agriculteurs, que l'Assemblée) la phrase "[La] conservation [des insectes] doit donc être une priorité politique sous peine de conséquences dramatiques pour les écosystèmes et lhumanité.", qui suppose que les agriculteurs doivent changer de pratiques, avec le soutien de la collectivité, est un signe intéressant.
Que l'OPECST fasse - prioritairement à destination des autres parlementaires - des notes courtes et digestes sur des enjeux environnementaux mal traités est une bonne nouvelle : la forme et le fond sont adaptés au public visé. Le mérite en revient probablement pour partie à son président, Cédric Villani, qui s'exprime de plus en plus sur des sujets environnementaux.

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date: '2021-12-12T09:39:33'
li-id: 6875730823543345152
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_sustainable-investing-is-mostly-about-sustaining-activity-6875730823543345152-d9Rd
title: CHANGE_ME 457
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Le site Bloomberg BusinessWeek se fend d'un article très sévère sur les indices ESG (sigle désignant des investissements comportant des critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance) proposés par MSCI.
MSCI est le plus gros fournisseur d'indices dans le monde. Un indice désigne une manière de constituer un portefeuille d'actions et/ou d'obligations qui obéit à des règles précises. Par exemple le CAC 40 est un indice, et la règle est qu'il agrège les actions des 40 plus grosses capitalisations de la bourse de Paris. Ces indices sont achetés par des gestionnaires d'actifs qui suivent les règles de constitution, en échange de quoi ils rémunèrent le fournisseur d'indices.
D'habitude, la presse spécialisée du monde financier a plutôt tendance à "passer les plats" en ce qui concerne le caractère ESG des indices. Dit autrement, dès qu'un gestionnaire d'actifs dit qu'il fait de l'ESG, la presse du secteur le répète sans que personne n'aille mettre son nez dans les méthodes.
Il est donc tout à fait inattendu de voir Bloomberg critiquer vertement MSCI en expliquant que ses méthodes ESG ne sont pas du tout raccord avec la réalité des problèmes à traiter.
Tout d'abord, Bloomberg explique que les indices ESG de MSCI ne rassemblent pas des entreprises qui ont un faible impact sur l'environnement, mais des entreprises qui sont faiblement à risque réglementaire pour leurs impacts.
Ensuite, ces indices sont trop peu discriminants : 90% des entreprises du SP 500 se retrouvent dans un indice ESG de MSCI ! Cela laisse évidemment penser que ces indices sont avant tout destinés à peindre en vert une situation inchangée...
Bloomberg explique également que MSCI a récemment amélioré la note ESG de 155 entreprises alors même que ces dernières n'ont rien changé, ou ne reportent pas la totalité de leur empreinte carbone, ou ont une activité difficilement compatible avec un monde peu carboné....
Bloomberg relève aussi que, dans le risque crédit, les méthodes des grandes agences de notation sont très voisines, alors que dans le domaine de l'ESG les méthodes diffèrent fortement d'un fournisseur de données à l'autre. Cela a une conséquence évidente : tout acteur financier trouvera toujours, en cherchant bien, une méthode qui lui permettra de se proclamer "dans les clous".
Bloomberg plaide pour que, sur la partie climat, les analyses des entreprises :
- soient basées sur les émissions sur l'ensemble de la chaine de valeur (le fameux scope 3 - voir https://lnkd.in/djQW4YAk )
- permettent de quantifier l'impact d'une entreprise, et non juste si elle est à risque réglementaire à brève échéance (mais avec la bonne méthode on peut faire impact et risque ; c'est ce que revendique Carbon Impact Analytics dont le guide méthodo vient tout juste d'être mis à jour : https://lnkd.in/evXqpExr)
Promis, Carbon4 Finance n'a rien soufflé à l'oreille de Bloomberg pour qu'il suggère exactement ce que nous faisons !

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date: '2021-12-11T18:57:02'
li-id: 6875508733091418112
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title: CHANGE_ME 458
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Le ministère de la transition écologique vient de publier, en lien avec I4CE, l'édition 2021 des "chiffres clés du climat" : https://lnkd.in/gbxPC4jp
On y trouve une foule de graphiques très instructifs sur la décomposition des émissions en France et en Europe, leur évolution historique, etc.
Parmi ces graphiques, figure celui reproduit ci-dessous qui donne (en vert et violet) l'évolution des "puits de carbone" en France. Il s'agit des processus gérés par l'homme qui permettent de soustraire du CO2 à l'atmosphère. On va y trouver :
- l'augmentation du stock de forêts (parce que le carbone passe de l'air dans le bois et les racines via la photosynthèse)
- la conversion de cultures en prairies (parce que l'arrêt du labour augmente la quantité de carbone dans le sol).
A l'inverse, la conversion des prairies en cultures diminue le stock de carbone dans le sol (et donc conduit à des émissions, en moutarde sur le graphique ci-dessous), et l'urbanisation diminue aussi le stock de carbone dans le sol qui se trouve sous la surface imperméabilisée.
Dans la Stratégie Nationale Bas Carbone, notre pays compte sur un doublement du puits de carbone d'ici à 2050 pour "compenser" les émissions territoriales résiduelles. Cela suppose que le changement climatique ne va pas déstocker le carbone des forêts (mort des arbres par stress hydrique ou thermique, incendies) et que les sols agricoles deviennent globalement un puits aussi (arrêt du labour, haies et agroforesterie).
Le graphique ci-dessous nous dit que cela ne va pas se faire d'un claquement de doigts. La tendance depuis le milieu des années 2000 est un affaiblissement significatif du puits forestier, et par ailleurs la contribution de l'ensemble des sols agricoles continue d'être une émission nette.
Au total, le secteur UTCATF (Utilisation des Terres, Changement dAffectation des Terres et Foresterie) est passé d'une séquestration annuelle d'environ 45 millions de tonnes de CO2 par an en 2008 à 30 actuellement (les émissions territoriales sont d'environ 400 millions de tonnes de CO2 équivalent actuellement).
Dans un monde soumis à des injonctions économiques avant toute chose, augmenter fortement les puits n'est pas rentable. Cela ne pourra se faire que parce que la collectivité décide que c'est important et paye en conséquence. Nous avons quelque part le même sujet domestique que le Brésil avec l'Amazonie : la forêt coupée rapporte plus que la forêt sur pied, donc si le seul critère est économique on coupe.
Augmenter les puits en France devra relever d'une injonction un peu plus forte qu'un simple chiffre dans un document de cadrage qui n'a aucune portée contraignante.

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date: '2021-12-10T08:01:30'
li-id: 6874981375200546817
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_cest-devenu-un-secret-de-polichinelle-activity-6874981375200546817-YlHy
title: CHANGE_ME 459
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C'est devenu un secret de Polichinelle : l'exécutif s'apprête à annoncer la mise en chantier d'EPR en France. Lors qu'un ménage fait construire un logement, il se passe de l'ordre de l'année (parfois un peu plus !) entre le moment où la décision est prise et le moment où les meubles peuvent être installés.
Pour une usine ou un hôpital le délai est parfois un peu plus long. Et pour une centrale nucléaire ? Cet article de la SFEN explique pourquoi une décision prise aujourd'hui changera physiquement la donne... dans 10 à 13 ans : https://lnkd.in/e3JFD6Xq
Il y a en effet plusieurs années entre la décision et le premier "coup de pioche" : études, consultations publiques, et processus d'autorisation demandent de 4 à 5 ans, sans lesquelles il n'y a pas de chantier qui démarre.
Ce genre de délai n'est pas rare dans le domaine des grandes installations électriques. Entre la décision de construire le barrage de Serre-Ponçon et la première électricité, il s'est écoulé 12 ans, à une époque où le dirigisme d'Etat était un peu plus marqué qu'aujourd'hui, et les étapes de "débat préalable" bien plus courtes.
C'est pour cela que dans ce domaine de l'électricité, devenu vital puisque sans électrons nous n'avons plus de monnaie (les transactions monétaires sont pour l'essentiel des transactions électroniques) ou plus de communications, l'anticipation est le maître mot. Une situation de défaut de l'appareil productif ne se corrige pas facilement à bref délai.
Même l'option "on fera du gaz parce que ca va vite et tant pis pour le CO2" ne sera pas éternellement ouverte : le gaz - énergie fossile donc épuisable - n'est pas perpétuel. Notre continent en utilise - de manière forcée - de moins en moins depuis que la mer du Nord a passé son pic, en 2005, et la Norvège en 2017. Cela nous promet une dépendance croissante aux russes et à d'autres pays extra-européens avec - tant qu'il y aura un "marché" - des prix volatils et un approvisionnement incertain.
C'est pour cela que les récents rapports publiés par RTE soulignent l'urgence de cesser de procrastiner. Et en fait cette conclusion est applicable à tout ce qui est concerné par la décarbonation : que ce soit la gestion des villes, celle de l'agriculture, de la forêt, des réseaux de transport, ou la création ou au contraire disparition de filières industrielles, le pas de temps qui sépare début des grandes manoeuvres d'un résultat dans le bon ordre de grandeur se compte en décennies ou siècles. Très très loin du pas de temps auquel raisonnent l'essentiel de nos politiques, dont ceux qui vont commencer à se disputer la place actuellement occupée par un certain Emmanuel Macron.

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date: '2021-12-09T16:20:07'
li-id: 6874744465140051968
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title: CHANGE_ME 460
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Les Shifters terminent leur tour du monde en 80 centrales, si l'on peut dire. Le dernier opus de la série "état du nucléaire dans le monde" s'achève au Moyen Orient et en Asie du Sud-Est (Inde comprise), avec un descriptif de là où en sont les pays concernés.
Vous découvrirez ainsi que le pouvoir philippin, défavorable au nucléaire civil, envisage néanmoins la création d'une autorité de sûreté nucléaire ; que l'Inde, avec 22 réacteurs, produit... 2,6% de son électricité avec du nucléaire ; que le Vietnam a envisagé du nucléaire avant de construire... du gaz et du charbon.
Ces fiches pays ne comportent ni recommandation ni souhait. C'est juste une description de la situation actuelle.

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date: '2021-12-09T09:01:51'
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title: CHANGE_ME 461
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Le Directeur de la Toulouse School of Economics est interviewé dans Les Echos. La partie attendue de son propos est son plaidoyer en faveur de la taxe carbone, doublée d'une taxe carbone aux frontières.
Sur ce point, il a partiellement raison : une taxe est utile, mais ce n'est pas la totalité d'une politique. Et surtout la pertinence est très différente selon que l'on s'adresse aux particuliers ou aux entreprises.
Les particuliers anticipent peu. Nous sommes rares à calculer un cout total sur la durée de vie à l'achat d'un véhicule ou d'une chaudière, en intégrant un "prix croissant du carbone". C'est bien pour cela que les hausses rapides de prix du carbone provoquent des remous : nous faisons alors face à des dépenses qui n'ont pas été anticipées.
De ce fait, la hausse du prix du carbone pour les particuliers ne peut être que lente : seule une montée très progressive du prix est socialement acceptable, pour laisser le temps aux individus d'avoir des alternatives (qui doivent par ailleurs "arriver sur le marché", ce qui prend du temps). C'est évidemment un problème quand nous sommes dans une course contre la montre.
C'est différent pour les entreprises : ces dernières - surtout les grosses émettrices, généralement des grandes entreprises - ont les moyens d'embaucher des armées de consultants, qui vont faire des calculs dans tous les sens pour savoir où se trouvent les points de bascule qui rendent telle ou telle alternative économiquement pertinente.
Par ailleurs, pour ces mêmes gros émetteurs un "prix du carbone" va être significatif dans leur compte de résultat, ce qui va les motiver fortement à trouver des alternatives "de rupture". Un exemple classique est la taxe carbone appliquée aux centrales anglaises, qui a beaucoup joué dans le basculement du charbon au gaz outre-Manche.
La taxe carbone est donc un outil qui peut rapidement changer la donne pour certaines entreprises, mais c'est beaucoup moins vrai pour les particuliers, pour qui la réglementation permet d'aller bien plus vite, parce qu'elle dit quoi faire au lieu de dire ce qu'il ne faut pas faire.
Incidemment la "taxe carbone aux frontières" ne serait pas une fiscalité stricto sensu en Europe. La fiscalité est une compétence exclusive des Etats membres, et donc l'Union ne peut rien faire sans unanimité des membres (unanimité qui n'existe jamais). Le mécanisme serait une extension du système de quotas (par exemple les importateurs devraient se procurer des quotas au prorata du "contenu en carbone" des importations).
La partie plus inattendue du discours de Gollier est l'affirmation que la transition ne sera pas "que du bonheur sur tous les tableaux". Cela rejoint un peu le propos de ceux qui disent qu'il n'y aura pas de croissance verte. L'argument n'est pas le même - et Gollier ne dit rien sur la croissance - mais il y a un point commun : cette transition va nous demander de gros efforts. Qu'il y ait une grosse satisfaction à la clé ne doit pas masquer cette réalité.

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date: '2021-12-08T14:41:46'
li-id: 6874357328620068864
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title: CHANGE_ME 462
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Qui ne se souvient de cette phrase mainte fois entendue, qui est que pour faire de la croissance dématérialisée, il faut favoriser les visites au musée ? Si cela est vrai, alors la culture ne saurait engendrer des émissions de gaz à effet de serre.
Sauf que... pour aller au musée, au cinéma, au théâtre, au festival, il faut parfois - horreur ! - prendre une voiture, et parfois - comble de l'horreur ! - un avion. Une large partie des visiteurs du Louvre (hors covid) sont aéroportés, et un Festival comme les Vieilles Charrues engendre aussi son lot de transport routier (pour les visiteurs ou le matériel) ou aéroporté (pour une partie des artistes).
Les visiteurs des musées commémorant le débarquement en Normandie sont par la force des choses des américains ou des canadiens qui ne traversent pas l'Atlantique en pneumatique à la dérive comme Bombard, et les japonais croisés au Mont Saint Michel ou à la Tour Eiffel ne sont pas venus en Transsibérien.
Dans la culture, il y a aussi l'audiovisuel. Historiquement c'était les tournages (déplacements, matériel, repas, location de lieux divers...) et surtout la diffusion (fabrication des salles de cinéma puis des télés ; déplacements des personnes pour le cinéma), et désormais c'est un gros morceau du numérique (la vidéo à la demande - porno compris - fait les trois quarts du trafic internet en gros). Toute personne qui visionne un bout de série ou qui joue à un jeu sur son smartphone dans le bus utilise un "service culturel" au sens économique.
Ce secteur est donc truffé (d'émissions) pire qu'un boudin blanc (du vrai champignon). C'est pour cela que, dans le cadre du plan de transformation de l'économie française, nous avons consacré un rapport entier à la chose, rapport qui vient tout juste d'être publié.
Lisez le ! Ca émettra un peu - fatalement - mais on espère que ca permettra de réduire ensuite en se posant les bonnes questions.
NB : en fin de page de présentation du rapport il y a les mails des auteurs et des personnes qui peuvent faire une présentation personnalisée aux acteurs (c'est le cas de le dire) intéressés du secteur.

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date: '2021-12-07T14:09:52'
li-id: 6873986912357498880
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title: CHANGE_ME 463
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Usbek & Rica relaie un sondage effectué auprès de salariés du secteur "pétrole et gaz", qui indique que 56 % des personnes interrogées souhaitent désormais travailler dans les énergies renouvelables, soit quasiment 20% de plus qu'en 2020 (la valeur était alors de 38 %).
A la question "envisagez vous de quitter le secteur de l'énergie dans les 5 ans ?", 44% des salariés du secteur pétrolier et gazier répondent oui, mais... 42% des salariés des renouvelables font de même ! Le taux de réponses positives le plus bas pour cette question se trouve dans le nucléaire, qui est le secteur qui présente donc le plus grand contraste entre l'opinion publique et l'avis des salariés.
Cette envie d'aller voir ailleurs est-elle due avant tout à une prise de conscience des réalités environnementales ? Pas que. Si l'on regarde les plus jeunes, qui sont a priori les plus susceptibles d'être sensibles à cet aspect des choses, l'absence de reconnaissance sociale est invoqué par 20% de ceux qui veulent changer, mais le "mode de vie" (beaucoup de salariés du secteur pétrolier travaillent loin de chez eux, et avec des rythmes de travail qui ressemblent parfois à ceux de la marine marchande) est invoqué par 25%, et les "salaires trop bas" (étonnant pour le pétrole ! Mais dans les pays producteurs il est possible qu'il y ait des cohortes de gens mal payés, ce qui n'est pas vraiment le cas chez Total...) par 21%.
L'une des difficultés de la transition est de maintenir dans les secteur qui doivent décroître en douceur "juste ce qu'il faut de compétences" pour que ces secteurs continuent de fonctionner tout en diminuant. Alchimie complexe, et pas que pour l'énergie, comme ce sondage vient le rappeler.

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date: '2021-12-06T17:22:47'
li-id: 6873673072503734272
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_emploi-et-transformation-bas-carbone-le-activity-6873673072503734272-ZF8O
title: CHANGE_ME 464
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Décarboner nos activités, est-ce bon pour l'emploi ? Ben... ca dépend, mais le sujet est central. En effet, une des préoccupations que nous avons tou(te)s, c'est bien de garder un emploi, voire de l'améliorer. Si nous devons être persuadés que la décarbonation du pays est une mauvaise affaire pour l'activité, ca ne va évidemment pas simplifier les choses pour aller de l'avant.
C'est pour cette raison que l'emploi est un sujet central dans le cadre du plan de transformation de l'économie française. Nous n'avons pas pris le problème sous l'angle "aurons nous l'argent pour payer les gens si on fait différemment ?" mais "de quels emplois, prenant place dans quels secteurs, aurions nous besoin pour mener la décarbonation au bon rythme ?".
C'est le résultat de cet exercice que nous vous proposons de découvrir le 9 décembre prochain, au cours d'un webinaire pendant lequel il y aura d'abord une présentation du travail que nous avons fait sur les besoins en emplois, puis une table ronde associant les partenaires sociaux, à savoir Patrick Martin (vice-président délégué du MEDEF), Véronique Martin et Angeline Barth, Secrétaires confédérales de la CGT, et Beatrice Clicq, Secrétaire confédérale à FO.
Il s'agira non seulement de se demander de quels emplois nous avons besoin, mais aussi comment faire pour mettre en place et piloter le changement souhaité.
A l'heure de la décarbonation, comment revisiter la politique de l'emploi, vieux serpent de mer dans notre pays ?

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date: '2021-12-05T18:37:21'
li-id: 6873329452718276608
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title: CHANGE_ME 465
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Après Greta Thunberg et sa "grève de l'école", après Extinction Rebellion bloquant les ponts, l'action climatique prend un nouveau visage : celui d'un père en grève de la faim.
Depuis 35 jours Guillermo Fernandez, citoyen suisse, ne s'alimente plus, et a fait le voeu de ne recommencer qu'à une condition : que le parlement fédéral suisse reçoive une formation sur les enjeux climatiques et la biodiversité donnée par des scientifiques et basée sur la documentation produite par le GIEC, lIPBES et lOMM.
Sa revendication inclut que la présentation des faits à lAssemblée fédérale soit enregistrée et rendue publique, "afin que les citoyens soient au même niveau dinformation que leurs représentants".
D'aucun(e)s se diront probablement qu'il est étonnant de risquer de mourir tout de suite pour éviter de risquer de mourir plus tard. Sauf que cet homme ne justifie pas son action par la peur de devoir affronter un avenir difficile : c'est celui de ses enfants qui est invoqué (d'où le slogan "papa on hunger strike").
Ce qui est fou, dans cette histoire, ce n'est pas son geste. C'est qu'il soit nécessaire de mettre une vie en danger pour une demande qui ne relève que du simple bon sens.
Quand la matière existe, les vulgarisateurs aussi, et qu'il est question d'un sujet qui est considéré comme central par le monde politique, où est le problème à passer quelques heures à comprendre de quoi il retourne exactement ? Est-ce infamant de reconnaître que le suffrage universel ou la nomination comme ministre n'est pas équivalent à réussir à un test de connaissances sur un sujet technique ?
Cette remarque vaut évidemment tout aussi bien pour les élus et le gouvernement de mon pays...

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date: '2021-12-05T15:07:37'
li-id: 6873276669046599680
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_energie-comment-leurope-a-b%C3%A2ti-sa-propre-activity-6873276669046599680-RdjU
title: CHANGE_ME 466
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Dans un article publié sur Telos, Etienne Beeker, en charge des questions énergétiques à France Stratégie, revient sur 40 ans de politique énergétique en Europe, et explique comment la conjonction de la "libéralisation" de l'électricité et du développement des modes intermittents a ouvert un espace pour le gaz russe que nous allons avoir les plus grandes difficultés à refermer.
L'une des conséquence de la situation que nous (nous les Etats européens) avons délibérément créée en 40 ans est que nous n'avons pas fini de voir les prix du gaz et de l'électricité faire du yoyo. Seul le retour à un système beaucoup plus fortement régulé qu'aujourd'hui - ce qui suppose d'abandonner le dogme de "market is good for you anywhere and anytime", et surtout prendra du temps, alors que le temps est ce qui nous manque - permettra de conjuguer prix stables (pas nécessairement bas cependant !) et système décarboné.
L'auteur note non sans malice que les Grands Bretons, qui ont beaucoup oeuvré pour créer de la volatilité dans le système (ils ont été très "supportive" de la dérégulation quand ils étaient dans l'Union sont paradoxalement ceux qui aujourd'hui ont la politique électrique décarbonante la mieux construite, en acceptant de revenir à une quasi-nationalisation de fait du système avec les "contracts for difference".
L'histoire est un perpétuel recommencement !

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date: '2021-12-05T10:07:55'
li-id: 6873201246270984192
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title: CHANGE_ME 467
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Depuis 2 siècles la production agricole française a fortement augmenté. D'abord doucement, puis un peu plus rapidement à la fin du 19è et au début du 20è siècle, puis de manière très rapide après la seconde guerre mondiale, avec l'arrivée de la mécanisation et des engrais (azote, potasse, phosphates) et phytosanitaires. Mais ces auxiliaires demandent eux-mêmes de l'énergie pour pouvoir être fabriqués ou mis à disposition.
Dans un très intéressant article publié il y a quelques années, 2 chercheurs du Laboratoire Interdisciplinaire des Énergies de Demain (Paris Diderot) observent comment a évolué le bilan énergétique de l'agriculture, quand on déduit de la production l'énergie des intrants (engrais et mécanisation) : https://lnkd.in/dBSDZcnH
Le graphique ci-dessous en résume l'essentiel. On voit que les cultures, exprimées en contenu énergétique (petajoules) passent de 1000 à presque 2000 en l'espace d'un siècle (avec des rendements qui n'augmentent plus sur les dernières décennies).
Il y a un siècle, une grosse partie de cette production sert aux exploitations agricoles elles-mêmes : elle nourrit les animaux de trait et le personnel de la ferme (zone orange). La ferme dégage un surplus (trait rouge) qui représente un quart de la production brute.
Arrivent les engrais et la mécanisation (l'énergie amenée est celle représentée par la zone bleue foncée sous le zéro). A ce moment on voit le surplus fortement augmenter, ce qui permet de nourrir des tas de gens qui ne sont pas sur l'exploitation, et notamment dans des villes.
Les auteurs ont regardé la "biomasse équivalente" qui serait nécessaire pour fournir cette énergie : c'est le trait bleu clair. Dit autrement, le surplus de production est égale au surplus d'énergie amené de l'extérieur.
La conclusion des auteurs est évidemment très perturbante : dans un monde sans combustibles fossiles, soit l'apport externe à l'agriculture s'arrête et les rendements retombent à ceux d'un siècle, ce qui empêche l'agriculture de fournir la moindre énergie à la société (biocarburants, biogaz), soit une partie de la biomasse est utilisée pour faire les intrants de l'agriculture, et à ce moment la production reste élevée mais le surplus agricole s'effondre.
Ce point de la fourniture d'énergie par l'agriculture dans un monde sans fossiles est un des postulats extrêmement osés de la stratégie nationale bas carbone, laquelle suppose un maintien des rendements nets dans un monde sans fossiles. Ce que disent les auteurs est que cela semble un pari intenable, sans même parler de l'effet fortement négatif qu'aura le changement climatique sur le vivant.

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date: '2021-12-04T19:03:46'
li-id: 6872973711369109504
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title: CHANGE_ME 468
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Sylvestre Huet recense le livre "Pétrole le déclin est proche" de Matthieu Auzanneau, livre qui fait lui-même suite au rapport du Shift Project sur les perspectives d'approvisionnement en pétrole de l'Europe sous le seul angle de la contrainte géologique : https://lnkd.in/dMFCWQFw
Ce sujet de la contrainte pétrolière a été largement ignoré par le monde économique, qui n'y voit qu'un risque d'inflation, alors que l'essentiel du problème n'est pas là.
En effet, le pétrole est encore aujourd'hui indispensable au transport, donc aux échanges économiques, y compris entre chaque client et chaque fournisseur. A ce titre, son défaut est certes un sujet (transitoire) pour les prix, mais surtout une limitation du premier ordre sur l'activité. Et pour notre plus grand malheur un défaut de pétrole ne signifie pas des prix de plus en plus hauts : il signifie un PIB de plus en plus contraint.
Cela ne perturbe pas plus que cela le monde politique. La commissaire européenne à l'énergie n'a pas le mot "pétrole" dans sa lettre de mission (https://lnkd.in/dQNdX-Q ) ; notre gouvernement n'a aucune espèce de réflexion avancée sur le comportement à avoir en cas de défaut subi et irrémédiable de pétrole (ce qui est le cas de manière larvée en Europe depuis 2007) ; le monde économique continue à le voir comme un produit qui se consomme au lieu d'être le premier de nos facteurs de production (https://lnkd.in/gTFCeG3 ).
Cela ne perturbe pas non plus les media. Encore aujourd'hui, expliquer à un journaliste économique que c'est le défaut - physique - de pétrole qui a empêché l'économie européenne de "repartir" après 2008 provoque souvent une grande crise d'hilarité.
Et se faire rendre raison quand le problème sera bien avancé ne sera la source que d'une satisfaction relative : l'inertie sociétale est telle que c'est une forte anticipation dont nous avons besoin, là comme pour le climat. Attendre que les faits confirment le diagnostic signifie attendre une instabilité très élevée, qui ne sera bonne pour aucun objectif (pas plus la décarbonation planifiée).

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date: '2021-12-03T16:31:30'
li-id: 6872573004698673152
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_si-les-banques-centrales-ont-pu-sauver-activity-6872573004698673152-e5ug
title: CHANGE_ME 469
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C'est un slogan qui a été souvent repris depuis la crise financière : si les banques centrales ont pu mettre des milliers de milliards de dollars "sur la table" pour sauver le système bancaire, il n'y a pas de raison que l'on n'y arrive pas pour le climat.
Il y a évidemment du vrai dans cette histoire. Le début du vrai, c'est qu'il serait tout aussi légitime de mettre dans le mandat des banques centrales de protéger l'environnement - sans lequel il n'y a pas d'économie et pas de système financier - que de protéger la monnaie, c'est-à-dire lutter contre l'inflation.
La conséquence de ce premier point de vue pourrait par exemple être que les banques centrales mettent des obligations ou au contraire des restrictions aux opérations qu'elles font avec les banques :
- pas d'argent prêté à une banque lorsque cette dernière donne en garantie des titres (appelés collatéraux) qui sont "non compatibles avec un minimum de de décarbonation"
- pas d'achat d'obligations souveraines en provenance d'états dont e rythme de décarbonation n'est pas conforme aux engagements qu'il prend lui-même
- réalisation de modèles réalistes de "stress test" des banques sur les risques climat (pour le moment ces "stress tests" sont conçus pour être faciles à passer et non pour être réalistes)
Mais il y a aussi une part d'illusion à bon compte dans cette affaire. Car "sauver le climat" n'est pas qu'une affaire d'argent. Il ne suffit pas "d'investir là où il faut" pour que le boulot soit fait. Décarboner l'économie, c'est notamment la rendre "physiquement plus petite" (c'est exactement cela que l'on appelle sobriété). Et là, la question de savoir comment une banque centrale concourt directement à contracter en douceur la taille de l'économie est probablement plus vite posée que résolue.

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date: '2021-12-03T09:24:48'
li-id: 6872465620009525248
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title: CHANGE_ME 470
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Toute entreprise est un projet de conquête, et donc de croissance. La "stratégie d'entreprise", dans le monde dont nous sortons, qui est caractérisé par une expansion globale semblant sans limites, a souvent été pensée par induction, dans un contexte "continu" généralement appelée "Business As Usual", qui ne tient pas compte de possibles contraintes physiques majeures. Or, ces dernières vont survenir, et multiplier les obstacles à la poursuite des tendances. A ce moment, les prix d'hier ne nous renseignent plus sur la capacité à opérer demain (le covid est un exemple de contrainte physique et on voit bien ce que cela signifie !).
Dans un monde qui va être de plus en plus caractérisé par des discontinuités issues du franchissement (transitoire) des limites planétaires, comment repenser la stratégie d'entreprise à l'heure du "business as unusual" ?
Cette nouvelle publication de Carbone 4 (qui fait aussi de la stratégie, oui oui !) décrit comment ces limites physiques - et notamment celles issues de l'énergie et du climat - demandent d'utiliser une nouvelle approche, basée sur l'analyse par scénarios, pour appréhender l'avenir. Cette approche a évidemment déjà été testée sur toute une palette de cas concrets, et on s'est rendus compte que, chose inouïe, ça fonctionne !

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date: '2021-12-02T13:54:11'
li-id: 6872171026701144064
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title: CHANGE_ME 471
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Comment rester en bonne santé dans un monde qui se décarbone ? Ce sera plus facile diront les uns : moins de combustibles fossiles, c'est moins de particules fines, de sédentarité donc d'obésité, de changement climatique et son cortège d'agressions sur les sociétés humaines, et j'en passe.
Pas si vite feront remarquer d'autres, qui noteront que l'espérance de vie a généralement fortement augmenté avec l'approvisionnement énergétique fossile, lequel a amené sécurité alimentaire (productivité agricole, transports, et... relative stabilité politique), protection contre le froid, le chaud et l'humide (logements), et également un système de soins sophistiqué (vaccins, médicaments, hôpital, etc).
Même si c'est le deuxième effet qui l'a emporté historiquement, la question de savoir comment maintenir un bon état de santé dans un monde moins doté de combustibles fossiles se pose, que ce soit pour des raisons climatiques, ou pour des raisons de décrue subie des combustibles fossiles.
Après un an et demi de travail, The Shift Project publie ses propositions pour le secteur de la santé dans le cadre du plan de transformation de l'économie française.
Ce secteur devra prendre sa part de mesures qui se retrouvent "partout ailleurs" : décarbonation du confort thermique des bâtiments et des transports ne sont en effet pas propres aux établissements de santé. Mais il faudra aussi d'occuper des médicaments (qui font un tiers de l'empreinte du secteur), des "dispositifs médicaux" - seringues, poches, compresses, prothèses, bref tout les consommables, qui en font 20%, des appareils d'imagerie ou encore de ce que mangent les personnes hospitalisées.
Mais même avec des mesures ambitieuses sur les aspects "techniques et matériels", cela ne suffira pas à faire en sorte d'avoir une santé "neutre en carbone". Pour y arriver, il faudra diminuer la demande de soins, plus avoir un appareil curatif "plus petit". Cela signifie que la prévention deviendra le maître mot dans ce domaine.
Cela devrait être facilité par le fait que le système de soins ne détermine que pour 10 à 20 % létat de santé de la population. Les autres déterminants sont les comportements individuels, lenvironnement physique, le contexte socio-économique, et la constitution biologique. Il va donc falloir s'occuper sérieusement de faire en sorte que la population n'ait pas envie de fumer ou de boire, puisse (et veuille) faire du sport, ait envie de marcher ou pédaler plutôt que conduire, ne respire pas de particules, etc. Cela sera la première mesure pour concilier sobriété de moyens (car il en restera évidemment) et bon état sanitaire.

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date: '2021-12-02T08:04:45'
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title: CHANGE_ME 472
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Si vous avez de l'épargne financière, et que vous l'avez confiée - par exemple via de l'assurance vie - à des gestionnaires d'actifs, ces derniers vont le placer en achetant des actions ou des obligations.
Dans les placements, une partie va dans l'immobilier. En pratique, cela signifie détenir une partie du capital (actions) ou de la dette (obligations) de sociétés foncières, à savoir des entreprises dont le métier est de détenir des immeubles. Ces derniers peuvent être des bureaux, des centres commerciaux, ou encore d'autres bâtiments, par exemple des établissements de soin ou sportifs.
Dans le cadre de l'application de sa méthode Carbon Impact Analytics, Carbon4 Finance vient de publier une analyse sectorielle sur les foncières cotées (c'est à dire dont tout ou partie du capital est disponible à la vente sur un marché, à un prix qui est connu de tous).
142 entreprises (dans le monde) ont ainsi été passées au crible, et leurs performances évaluées via une méthode dont les principes sont explicités dans cette publication.
Tous types de bâtiment existants, et en agrégeant construction et fonctionnement (dans le fonctionnement on compte à la fois les émissions directes des chaudières des bâtiments, et les émissions indirectes des centrales électriques au charbon, au gaz et au fioul qui alimentent les bâtiments), l'immobilier représente 37% des émissions mondiales de CO2.
Il s'agit donc d'un enjeu majeur, sans compter les émissions des déplacements associés aux bâtiments (domicile-travail pour les bureaux ; déplacements des clients pour les centres commerciaux...) qui dépendent de la localisation de l'immeuble. La transition du secteur est donc une nécessité : sont-ils au rendez-vous ?

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date: '2021-12-01T07:34:51'
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Nous n'aurons pas remporté le "grand prix de la BD" du magazine Elle (qui a cependant consacré 2 pages à la recension de notre ouvrage), mais nous avons découvert une vertu cardinale de notre livre pendant la cérémonie de remise du prix qui a eu lieu hier (en dehors de la possibilité de caler un meuble avec bien sur) : il pacifie les couples !
Nous avons en effet (Christophe et moi) été remerciés par plusieurs femmes du jury parce que, en offrant cette BD à leur Jules, ce dernier n'avait pas cessé de leur manifester de la gratitude pendant une semaine.
Mesdames, n'hésitez donc plus une seconde : pour la modique somme de 27 euros, offrez vous une semaine de calme, de reconnaissance et de dévotion, effet garanti ! Et si ca ne fonctionne pas vous pourrez toujours caler un meuble :)
NB : plus sérieusement, le réapprovisionnement est en imminent. Les libraires devraient être livrés avant la fin de la semaine.