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date: '2022-05-31T18:23:58'
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title: CHANGE_ME 261
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Le Monde sans Fin, le Plan de transformation de l'économie française, Greta Thunberg, la formation du nouveau gouvernement, Macron, Mélenchon, l'Ukraine, l'urbanisme, l'emploi et la voiture (sans parler du reste) étaient au programme de cette interview de votre serviteur parue dans le quotidien lu dans le village d'Astérix (à moins que ce ne soit le Télégramme de Brest peut-être :) ).
A en juger par le nombre de sollicitations reçues récemment de la presse quotidienne régionale, il me semble que nous sommes en train de vivre une période où beaucoup de certitudes sont en train de s'estomper, et où il faut trouver de nouveaux repères.
Le covid et la guerre en Ukraine ont fait comprendre que l'avenir pouvait être surprenant, et pas en bien, et les soubresauts du climat sont de plus en plus présents dans les esprits. Ce genre de période est à la fois propice aux changements qui étaient souhaitables depuis longtemps... et aux actions qui vont en fait en rajouter à nos peines en espérant pourtant régler des problèmes urgents (n'oublions pas que l'Enfer est parfois pavé de bonnes intentions !).
Pour se prémunir au mieux contre la seconde éventualité, un des "remèdes" est de bien comprendre la situation de départ. Je n'ai pas mentionné dans cette interview le besoin de formation qui me semble indispensable pour le nouveau gouvernement (qui, d'ici aux législatives, est parfaitement disponible puisqu'il n'a rien de vital à faire). Mais si j'ai un regret c'est que j'aurais du !

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date: '2022-05-30T07:45:31'
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title: CHANGE_ME 262
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Les Echos font une poussée de croissance verte. Dans l'édition de Vendredi dernier, 2 recensions de livres revendiquent que croissance et environnement pourront être conciliés à l'avenir. Dans la critique du livre au titre explicite "Growth for Good. Reshaping Capitalism to Save Humanity from Climate Catastrophe", écrit par Alessio Terzi en 2022, Julien Damon écrit "Le capitalisme devient (...) de plus en plus immatériel et, potentiellement, de plus en plus favorable à l'environnement".
Juste à côté (https://cutt.ly/SJozG1q ), cest Daniel FORTIN qui, évoquant un ouvrage de Guillaume Poitrinal intitulé "Pour en finir avec l'Apocalypse, Une écologie de laction", écrit "Un livre choc qui déconstruit les fausses solutions militantes et propose un vrai chemin pour affronter les défis environnementaux" puis "Hérissé par la décroissance (...)" avant de reprendre clairement à son compte la phrase "En abandonnant la consommation, on appauvrit tout le monde. Mais surtout, on renonce au pouvoir de mieux consommer, et donc à l'influence que l'on peut avoir sur l'économie mondialisée qui nous entoure".
On pourrait se dire qu'il est normal que les milieux d'affaires souhaitent la croissance, en même temps que les individus qui les composent peuvent avoir envie (pas toujours ! Parfois ils pensent aussi que ca ne va pas vraiment les concerner) que l'on résolve nos problèmes d'environnement. Mais cette position est en fait plus la règle que l'exception. Les Nations Unies, par exemple, sont parfaitement raccord avec les deux articles des Echos.
En effet, dans les 17 Objectifs du Développement Durable, le N° 8 vise la croissance, le N°9 le développement de l'Industrie, et le N° 12 la consommation et la production (certes "responsables" !), pendant que le N° 13 demande une résolution du problème climatique et le 6 de l'eau pure. Et quand on regarde de près, on se rend malheureusement compte tout cela forme un ensemble sans aucune cohérence (https://cutt.ly/KJozOSV ).
Un groupe d'universitaires (avec quelques pièces rapportées comme Yves Cochet !) vient même de proposer que l'on abandonne ces ODD ! https://cutt.ly/CJozEgh.
De dangereux anticapitalistes, diront certains. Voire. Les chercheurs au MIT qui ont écrit The Limits to Growth n'ont pas, à ma connaissance, pris position contre le grand capital. Ils ont juste correctement décrit un système productif sur le plan physique (https://cutt.ly/sJocCt1 ), et compris que les prix passés ne donnaient pas toute l'information sur les limites futures.
Cela n'a pas empêché l'article 3 du traité de Lisbonne (la "consitution européenne") de mentionner noir sur blanc que l'Union vise la croissance (https://cutt.ly/jJoxypF ), et le terme "green growth" figure partout dans les textes européens.
Hélas, nos rêves devront toujours céder le pas devant les limites physiques de ce monde. Comme dans nos vies personnelles, il vaut mieux accepter les réalités et s'organiser en conséquence plutôt que de buter durement dessus...

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date: '2022-05-29T16:40:29'
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title: CHANGE_ME 263
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George Monbiot n'est pas connu pour dire souvent des choses gaies ou rassurantes. Mais il dit souvent des choses qui nous secouent de manière pertinente.
Dans cette chronique récemment publiée dans le Guardian, l'auteur pointe du doigt un point important concernant notre alimentation : comme beaucoup d'autres productions, cette dernière a été mondialisée, et ce qui était un avantage dans le passé va se retourner contre nous à l'avenir. Les pays se sont spécialisés (fruits et légumes ici, céréales là, élevage ailleurs) et les régions se sont spécialisées au sein des pays (en France on le voit bien).
C'est l'organisation qui est optimale dans le monde infini, où il y a pléthore de pétrole pour assurer le transport entre les divers maillons du système agricole et agroalimentaire (cultures, transformation, élevage, préparation, distribution, consommation). C'est aussi l'organisation optimale avec un climat stable, qui permet de rester longtemps sur les mêmes cultures et donc d'en perfectionner à l'infini les modalités.
L'ensemble est alors régulé par le libre échange et des prix de marché internationaux, qui forcent les pays adhérant au système à se spécialiser dans les seules production pour lesquelles ils sont compétitifs en délaissant le reste.
Mais George Monbiot, en s'appuyant sur de la littérature scientifique traitant du sujet, pointe la fragilité du système en univers contraint. Comme pour les médicaments au moment du covid, l'éclatement des systèmes productifs de nourriture entre étapes très spécialisées distantes les unes des autres crée une vulnérabilité accrue lorsqu'un maillon de la chaine fait défaut.
Monbiot souligne que le système mondialisé est devenu impossible à comprendre dans sa globalité parce qu'il y a désormais trop d'interactions, exactement comme personne n'avait une vue globale du système financier en 2008 et des enchainement en cascade pouvant y prendre place (je ne sais pas si c'est beaucoup mieux aujourd'hui !). De ce fait il en résulte une grande difficulté à "consolider le système" dans son état actuel.
Monbiot plaide en conclusion pour une action qui figure aussi dans le volet agriculture du plan de transformation de l'économie française : il faut "dé-spécialiser" les pays et régions agricoles. Cela fera un système peut-être moins productif quand tout va bien, mais beaucoup plus résilient quand ca commence à aller mal. Et comme la probabilité que "tout aille bien" pour un système mondialisé basé sur des grandes distances et un climat stable va diminuer avec le temps, on sait ce qui reste à faire !

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date: '2022-05-28T10:17:05'
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title: CHANGE_ME 264
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Dans le nouveau gouvernement, il y a un ministre qui aura une feuille de route particulièrement ambitieuse si Macron est sérieux sur sa volonté de faire baisser les émissions françaises (en empreinte carbone évidemment) de 5% par an (ce qui est en ligne avec l'effort mondial correspondant à une limitation de la hausse à 2°C) : celui en charge de l'emploi.
Le travail, c'est un sujet majeur pour nous tou(te)s. Une des réticences à engager la "transition" dans la population vient certes des habitudes de consommation, mais une autre vient de l'incertitude sur l'emploi si on enclenche les grandes manoeuvres (d'où l'impérieure nécessité de planifier, ce qui amène de la visibilité donc de la sécurité sur cet aspect des choses).
C'est pour cela que l'emploi a fait l'objet d'un début d'analyse approfondie - sur quelques secteurs - dans le plan de transformation de l'économie française (le PTEF) : https://lnkd.in/eZ9STp7Z
Contrairement à ce qu'Amélie de Montchalin affirmait récemment (à 3'45 sur cette compilation : https://lnkd.in/epPRuRdy ), décarboner à la bonne vitesse est une révolution. C'est aller partout et tout le temps à rebours de ce qui s'est passé quand la révolution industrielle (qui en était bien une, de révolution !) a carboné partout l'économie, et détricoter le système plus rapidement (en 30 ans) qu'il n'a été tricoté (en un siècle en gros).
Cela ne se fera donc pas sans toucher, partout et tout le temps, à l'emploi et aux compétences. Certains emplois n'auront plus de pertinence, d'autres doivent se renforcer ou apparaître, et tous les emplois existants devront s'exercer différemment, ce qui demande un effort massif de formation continue et de reconversion.
Si Macron est désormais un peu plus sérieux sur sa volonté de faire de la "planification écologique" qu'il ne l'a été lors de "make the planet great again" (qui aurait déjà du enclencher une planification), l'Etat va donc devoir engager la transformation de l'emploi avec un accompagnement sans précédent - un peu comme lorsque l'économie américaine s'est reconvertie pour la guerre en quelques années en 1942 - et le ministre en charge - Olivier Dussopt donc - doit en avoir conscience.
Signe intéressant : les responsables syndicaux avec lesquels nous (The Shift Project) en avons discuté dans le cadre de l'élaboration du PTEF avaient parfaitement conscience de cet aspect des choses (on nous a même dit que nous étions trop timorés !). Dans les secteurs que nous avons regardés, 25% de l'emploi devrait apparaître ou disparaître - et tous le reste se transformer - en un peu plus de 25 ans.
Et dans les autres secteurs il est probable que les mouvements seraient de même ampleur. Je ne sais pas si mes 3 minutes réglementaires sur RTL seront utiles pour attirer un peu plus l'attention du nouvel exécutif sur cette question, mais il serait temps de regarder cela de très près !

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date: '2022-05-27T09:06:47'
li-id: 6935878966234759168
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title: CHANGE_ME 265
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Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence, a donné une interview à plusieurs journaux européens dont les Echos.
Ca démarre bien : elle explique que la course aux plus bas prix - ce que la concurrence doit amener, je rappelle - augmente l'insécurité pour l'avenir. C'est au nom de l'approvisionnement au moindre cout que nous avons délocalisé et allongé les chaines de valeur, créé des dépendances parfois majeures à des pays ou des entreprises "lointains" qui peuvent faire défaut sans trop prévenir.
Dans la foulée, Vestager considère que nous avons été "cupides" en achetant du gaz russe. Cela se discute : nous avons importé ce gaz faute de production européenne suffisante, et la "physique du gaz" fait que c'est plus facile d'acheminer ce gaz par gazoduc de pays voisins que par méthanier sous forme liquide.
Ensuite, il n'y a pas que la cupidité qui a joué. Il y a quelques décennies, l'Europe a fait le choix du gaz contre le nucléaire (ce qui ne relève pas de la cupidité) dans l'électricité, et le choix des chaudières à gaz contre les pompes à chaleur (ce qui relève un peu de la cupidité mais pas que) dans le chauffage.
Vestager constate ensuite que pour les métaux de la transition nous sommes quasi-totalement dépendants de l'étranger. Il faut accepter de payer pour la sécurité dit-elle. Mais payer cher ne crée pas de minerai de cuivre ou de fer sur le continent européen... et donc il faudra quand même choisir de qui on dépend. Plus on aura besoin de métal en volume, plus nous serons à risque.
Est-ce que "Madame concurrence" commencerait à envisager moins de concurrence et plus de planification ? Pas si vite ! Car elle déclare "Nous ne devons surtout pas renationaliser le marché européen de l'électricité, cela mènerait tout simplement à des black-out !".
On ne va quand même pas adapter notre système de pensée aux faits :) Car c'est plutôt la "libéralisation" qui crée des risques de black-out... La "libéralisation" a découragé le nucléaire - compact, bas carbone et pilotable - à cause de l'imprévisibilité des prix de marché et de la très forte hausse du cout du capital (voir la sensibilité du cout du MWh au cout du capital sur https://lnkd.in/eGwQXF_A ), a retiré des marges aux détenteurs des centrales - qui investissent - pour la donner à des distributeurs qui n'investissent pas, a demandé partout des subventions en plus des prix de marché justement pour permettre l'investissement, a créé des offres "d'électricité verte" qui n'ont aucune existence physique... et Vestager explique sans rire que le système est devenu meilleur qu'avant ?
Avant "marché partout" et antinucléarisme infondé, le pays qui avait le système électrique le plus performant d'Europe sans "don de la nature" (les barrages permis par les montagnes) était la France et son opérateur public. Qu'avons nous gagné à tout casser ? Juste du temps perdu alors que nous sommes dans une course contre la montre. Nous n'avons hélas pas fini de payer cette illusion.

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date: '2022-05-26T09:44:24'
li-id: 6935526042031800320
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_blackrock-est-le-plus-gros-gestionnaire-dactif-activity-6935526042031800320-O8n7
title: CHANGE_ME 266
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Blackrock est le plus gros gestionnaire d'actif au monde. Cet acteur américain collecte de l'épargne (particuliers, entreprises, gouvernements...), et la "place" - en achetant des actions ou obligations d'entreprises ou d'états, ou des produits qui en sont dérivés - "dans l'intérêt financier" des épargnants.
Blackrock étant très gros, il est partout. Dès que vous allez regarder qui détient le capital d'une "grosse" entreprise cotée (par exemple celles du CAC 40 en France) vous allez souvent y voir Blackrock avec 1% ± 0,5% du capital.
Sur la page d'accueil du site de Blackrock France (image ci-dessous) il figure une affirmation qui laisse penser que Blackrock va à la fois bien choisir les entreprises au regard de leurs performances climatiques, et "bien" voter aux assemblées (puisque Blackrock y vote pour le compte de ses mandants).
Pour ce qui est du premier point, la réalité est que quand vous êtes investis dans toute entreprise cotée de grande taille, ce qui est inévitable quand vous avez 10.000 milliards de dollars à placer, vous n'êtes ni plus ni moins vert que l'économie mondiale dans son ensemble. Pour pouvoir se différencier de "la moyenne", il faut rester petit par rapport à la taille de l'économie (c'est vrai quelle que soit l'activité).
Sur le second point, il faut lire le document que Blackrock vient de publier sur sa politique de vote aux résolutions "climat" qui sont proposées lors des assemblées générales : https://lnkd.in/eteMCWJq
Il y est en effet écrit noir sur blanc :
- Sans exception, nos décisions sont guidées par notre devoir fiduciaire d'agir pour l'intérêt économique de long terme de nos clients
- [Blackrock] note que de nombreuses propositions d'actionnaires liées au climat qui seront soumises au vote en 2022 (...) peuvent ne pas promouvoir la valeur actionnariale à long terme (sous-entendu à ce moment on vote contre parce que notre premier critère est la valeur économique)
- [Blackrock n'est pas susceptible] de soutenir les propositions d'actionnaires qui (...) demandent des changements dans la stratégie ou le modèle d'affaires d'une entreprise.
On ne saurait être plus clair : on veut bien sauver la planète si ca ne signifie pas changer les entreprises ou gagner moins d'argent. Ne rien changer pour que tout change !
Cette "franchise" n'est pas isolée dans le monde financier. Récemment le responsable de l'investissement ISR d'HSBC a affirmé que le risque financier du changement climatique était faible (donc inutile de se préoccuper de climat) : https://lnkd.in/eFez3-Wa
Pourrait-il en être autrement ? Pas simple : un acteur de la taille de Blackrock (ou HSBC) sera décarboné le jour où l'économie mondiale le sera. Mais, compte tenu du fait que l'activité économique est aussi développée que nos émissions de CO2, il n'est pas sur que Blackrock - ou HSBC - sera toujours aussi gros à ce moment là !

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date: '2022-05-24T07:06:02'
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li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_printemps-du-shift-et-pourquoi-pas-une-activity-6934761413999525888-ep71
title: CHANGE_ME 267
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Demandez le programme ! En 2021 et début 2022, The Shift Project aura connu sa période la plus prolifique si l'on en juge par le nombre de rapports et propositions qui ont été publiés. Mais quand l'ambition est de proposer du changement dans la société, produire des rapports ne suffit pas : il faut surtout faire en sorte que cette matière soit portée à la connaissance du plus grand nombre de personnes possibles.
C'est pour cela que notre Think tank a créé un "catalogue" regroupant toutes les interventions que nous pouvons proposer pour venir à la rencontre "du public". Cette démarche d'ouverture accélérée sur l'extérieur s'appelle le "printemps du Shift", et englobe l'Univershifté qui prendra place fin juin (https://lnkd.in/ehnwuzmW ).
Voici une liste non exhaustive de ce qui est proposé sous forme de conférence :
- Teach The Shift : exposés pédagogiques pour comprendre l'enjeu énergie climat
- Présentation des derniers rapports du GIEC
- Présentation générale du PTEF : le Plan de transformation de léconomie française
- Propositions (et constats) concernant l'enseignement supérieur
- Histoire et perspectives de production pour le pétrole et le gaz sous seule contrainte géologique
- Comment approcher la question de la résilience des territoires
- Impact environnemental du numérique, sobriété numérique
- Empreinte carbone des pays ; matières premières ; énergie-PIB
- Place de lélectricité nucléaire dans le monde
Présentation d'un chapitre du PTEF :
Emploi
Aérien
Industrie (ciment, acier, chimie, manufacturière…) et recyclage
Mobilité quotidienne
Mobilité longue distance
Industrie automobile
Fret
Logement et rénovation énergétique
Finance
Culture : spectacle vivant, cinéma, livre, arts visuels
Santé
Administration publique
Tout cela est gratuit (par contre le pop corn n'est pas fourni). Pour chaque intervention proposée il y a un mail de contact. Nous espérons que l'affirmation de "planification écologique" de notre chef de l'Etat renouvelé vous donnera envie d'en discuter plus en détail autour de propositions concrètes. Vu de notre fenêtre, c'est le but !

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date: '2022-05-23T19:53:47'
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title: CHANGE_ME 268
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C'est un clin d'oeil mais c'est rigolo. Le titre pourrait faire penser que l'on va parler sobriété et contraction énergétique à Davos. Mais pas du tout : c'est juste le Forum lui-même qui se contracte ! Moins de participant(e)s, voire beaucoup moins pour certains pays. Moins de repas, moins de stars....
Ce n'est au fond pas si étonnant que cela. Davos est né avec la mondialisation. Et il est probable que ce Forum - ou l'essentiel de ce qu'il est - mourra avec la mondialisation. Entre covid et guerre en Ukraine, la mondialisation a connu un premier petit accroc. Mais ce ne sera pas le dernier : cette profusion de flux physiques sillonnant le globe est un enfant du pétrole.
Avec moins de ce dernier, de gré ou de force, la mondialisation - du moins pour une très large partie de ce qui la compose aujourd'hui - est donc appelée aussi à perdre de son éclat au fil du siècle en cours. Cela aura des conséquences jusque dans l'événementiel !

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date: '2022-05-22T09:37:18'
li-id: 6934074703661678592
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_nouveau-gouvernement-quelle-place-pour-activity-6934074703661678592-OhK7
title: CHANGE_ME 269
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Quand on a une idée en tête, on ne l'a pas ailleurs, comme disait je ne sais plus qui. Puisqu'il vient d'être formé, j'ai réitéré - via ma chronique du Samedi matin sur RTL - à l'adresse du nouveau gouvernement le souhait qui figurait dans la tribune récemment parue dans le JDD et appelant le nouveau gouvernement à démarrer son nouveau mandat par 20h de formation sur les enjeux écologiques et énergétiques, c'est à dire passer 20 h de cours (ou d'ateliers comme la Fresque du Climat) à apprendre un peu de physique, chimie et biologie élémentaires, parce que "l'environnement" c'est d'abord cela.
En ce qui me concerne, la satisfaction ou pas de cette demande sera un test, pour les raisons suivantes :
- Il n'y a pas un poste ministériel qui échappe au sujet : la transition demande de gérer différemment l'emploi, la formation, la fonction publique, la diplomatie, l'armée, les sports ou l'outre-mer, outre évidemment les transports, l'agriculture, le logement, l'aménagement du territoire, et bien sur l'économie qui est la manière conventionnelle - mais erronée - de représenter ce que nous faisons physiquement.
- à de rares exceptions près peut-être, le niveau de départ des membres de ce gouvernement n'est pas suffisant pour leur permettre de bien comprendre le problème à traiter. Tous les échanges que j'ai pu avoir avec des ministres au cours des années écoulées ont eu comme point commun le constat qu'ils n'avaient pas en tête le bon cahier des charges sur la question.
- 20h, ce n'est rien sur la durée d'un mandat gouvernemental. Nous avons attendu bien plus de 20h pour avoir la composition du nouveau gouvernement. Que ce dernier ne "travaille" pas pendant 20h de plus ne va rien changer au destin du pays. Qu'ils fassent l'économie d'une formation essentielle pour comprendre dans quel cadre nous sommes va par contre changer (en mal) le destin du pays.
- le contenu n'est pas très compliqué à établir. De mon côté je peux en proposer 10, à savoir les 4 premiers modules de mon cours à Mines ParisTech : https://lnkd.in/dM7u2j7 Il faut y rajouter des bases sur la biodiversité, les ressources métalliques, une fresque du climat pour vérifier qu'ils ont compris, un calcul d'empreinte carbone personnelle (au hasard https://www.myco2.fr/ ) pour leur faire toucher du doigt un cas concret de comptabilité carbone, et on doit y être à peu près.
- suivre un cours pour un(e) ministre n'est pas se déshonorer. Si les 150 membres de la Convention Citoyenne pour le Climat ont commencé par là, les électeurs ne vont pas critiquer le fait que les ministres procèdent de même, si ?
Et donc, au risque de me répéter, organiser cette formation - ou son absence - sera un bon test de vérité. Ne pas la faire - ou la faire au rabais, avec une durée trop courte et/ou un contenu inapproprié juste destiné à donner le change à la presse - donnera un très mauvais signal : celui de l'amateurisme.

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date: '2022-05-21T08:39:22'
li-id: 6933697737582383105
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title: CHANGE_ME 270
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J'ai été reçu avant-hier soir (en fait l'enregistrement a eu lieu il y a quelques jours, mais "dans les conditions du direct" donc c'est comme si cela avait été hier soir) par Aude Lancelin, sur sa chaine internet QG TV.
Nous sommes repartis du déroulé du Monde sans Fin (qui n'est plus en rupture de stock !) pour balayer les divers sujets qui y sont abordés. Je m'attendais évidemment, vue mon interlocutrice, à être "challengé" sur la possibilité de marier fin du mois et fin du monde - question ô combien légitime.
La première partie de notre BD faisant - hélas - comprendre que notre planète ne pourra pas physiquement supporter longtemps - et en fait ne supporte déjà plus - le niveau de consommation matérielle d'un(e) français(e) modeste d'aujourd'hui, comment porter un discours d'espoir qui permette d'agir tout en acceptant cette réalité ?
Je ne suis pas sur d'avoir la martingale pour répondre à cette question. Mais ce qui est sur c'est que c'est en ces termes qu'il faut que le nouveau gouvernement réfléchisse, tout comme chacun(e) d'entre nous.

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date: '2022-05-20T15:04:45'
li-id: 6933432334281015296
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_chien-robot-livraison-autonome-impression-activity-6933432334281015296-Qzn8
title: CHANGE_ME 271
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Le Parisien propose à ses lectrices et lecteurs de "voter pour linnovation qui va révolutionner notre vie". Afin de ne laisser aucune ambiguïté, l'autrice ou l'auteur de l'article (qui n'est pas signé, peut-être par peur de ce qui suit) précise ensuite que "Il sagit de choisir une innovation parmi cinq qui, selon vous, pourraient changer nos vies."
Avec une telle accroche, je suis plein d'espoir. A-t-on inventé une manière de faire revenir la pluie là où il fait trop sec ? Une façon de recréer les stocks de poissons ou d'arrêter la fonte du Groenland ? Une machine à amener la paix là où il y a des conflits ? Une manière infaillible de lutter contre la sédentarité et de donner envie à chaque français(e) d'enfourcher un vélo ? Un argument convaincant pour que la planification écologique de Macron ne soit pas qu'un slogan ?
Meuh non, ce qui pourrait changer votre vie est, au choix, un robot à faire le café, un robot qui monte les escaliers, ou un chien robot qui fait tout comme un vrai (l'article ne dit pas si il pisse ou pas contre les lampadaires ou "renifle le cul" comme dans Didier).
Nous ne sommes pas le 1er avril et Le Parisien n'a pas racheté le Gorafi. Par contre... Le Parisien est possédé par le même groupe que celui qui opère Vivatech (Les Echos - Le Parisien : https://lnkd.in/eYApB2XU). Cela peut-il expliquer une telle fascination pour le gadget de la part de certain(e)s journalistes jusqu'à en perdre le sens des mots ?

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date: '2022-05-20T09:59:01'
li-id: 6933355394694041600
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_changement-climatique-lonu-salarme-des-activity-6933355394694041600-Ir6c
title: CHANGE_ME 272
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Emmanuel Macron, Elisabeth BORNE, Bruno Le Maire, garder en état de marche une planète sans laquelle il n'y a pas de plans pour les retraites, l'économie ou la diplomatie de la paix qui tienne, ca justifie bien 20 heures de formation, non ? https://lnkd.in/eK6_PtVD
NB : si vous ne savez pas quoi mettre dans le programme nous on sait :) : https://lnkd.in/e66VwQeJ

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date: '2022-05-20T06:34:46'
li-id: 6933303992315752449
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title: CHANGE_ME 273
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La croissance verte, cela risque malheureusement d'être plus vite dit que fait. Le PIB européen est reparti à la hausse en 2021... et les émissions aussi.
L'annonce de Macron de vouloir doubler le rythme de baisse des émissions en France est une bonne chose. Mais l'histoire nous a montré que ca c'était la partie la plus facile. Pour passer à l'action il nous faut un plan !
Pour le moment le plan est de marier croissance économique et baisse des émissions. Malheureusement ne pas choisir c'est choisir quand même. Car nous finirons par avoir la décroissance subie (probablement "en marches d'escalier", avec des "accidents" dont l'Ukraine et le covid sont des exemples ; le climat et le défaut de ressources nous en amèneront d'autres) ET les emm... climatiques augmentés nourris par des émissions qui n'ont pas baissé de manière volontaire dans le monde.
Lorsque j'ai été reçu par le président renouvelé il y a 10 jours je lui ai dit que son cadre d'exercice allait être, en tendance, de gérer plus de problèmes avec moins de moyens. Je ne l'ai pas senti complètement convaincu. Il va pourtant bien falloir que cette lecture physique de notre avenir soit comprise si on veut ménager ce dernier au mieux...

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date: '2022-05-19T07:46:40'
li-id: 6932959701089320960
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_s%C3%A9cheresse-les-barrages-hydro%C3%A9lectriques-activity-6932959701089320960-PUQ8
title: CHANGE_ME 274
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Lorsque nous discutons scénarisation électrique, il est fréquent d'entendre que l'avenir ne va dépendre que de nos envies, quelle que soit l'option politique retenue.
Vous aimez le nucléaire ? Alors il suffit de tenir un discours un peu martial comme à Belfort et la machine repartira.
Vous aimez les renouvelables ? Alors il suffit de dire que "c'est possible" et nous n'aurons que cela.
Il y a besoin de gaz dans l'intervalle ? Pas grave : le gaz est disponible et donc on peut s'en servir "en attendant".
Mais voilà, la vraie vie est en train de nous proposer surtout une collection de points d'interrogation :
- CO2 ou pas CO2, il ne va peut-être pas avoir autant de gaz que l'on voudrait,
- il ne va peut-être pas avoir autant d'eau dans les barrages que l'on voudrait, électricité "verte" (qui correspond essentiellement à des certificats de garantie d'origine émis par des barrages) ou pas
- après des décennies de "stop and go" politique pour cause de démagogie électorale, et de confusion des genres entre une entreprise productive qui doit s'autofinancer et une poche dans laquelle l'Etat se sert à discrétion (et Macron a contribué aux deux), le nucléaire est affaibli
- et les "nouvelles ENR" ne seront peut-être pas si simples à déployer à l'échelle, parce que ce sont des dispositifs pas chers... dans une économie mondialisée dopée aux combustibles fossiles.
En effet, ce dont les 20 dernières années ont fait la preuve, c'est d'une baisse de couts des éoliennes et panneaux solaires dans un monde consommant de plus en plus de pétrole, gaz et charbon. Cela ne démontre en rien que cette baisse reste acquise dans un monde où il n'y a plus de pétrole pour les engins de mine, les camions et la marine marchande, plus de charbon pour la métallurgie et l'électricité, et plus de gaz pour l'industrie manufacturière, l'électricité, les cimenteries ou la chimie amont.
Le vent et le soleil étant des énergies diffuses, il leur faut (beaucoup) plus de métal par kWh que pour les énergies concentrées (charbon, gaz ou nucléaire) et beaucoup plus d'espace et de dispositifs annexes (stockage, réseau, voire dispositifs de pilotage en fréquence).
Si l'économie se "démondialise", parce que la mondialisation c'est l'abondance de transports donc de pétrole, alors plus il y a de matériaux "lointains" (les métaux en font partie) nécessaires dans une production, et plus cette dernière coutera cher.
C'est du reste quelque chose de cohérent avec ce qui précède qui s'observe depuis le covid, qui a engendré une petite expérience de démondialisation involontaire : éoliennes et paneaux solaires voient leur prix augmenter (https://lnkd.in/eqJqBtfC ).
Il est donc urgent de réfléchir à des scénarios électriques - et un cadre économique - cohérents avec une économie qui fonctionne en mode dégradé. Nous allons de toute façon devoir assumer un risque. Le monde des bisounours n'existera pas.

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date: '2022-05-18T12:53:52'
li-id: 6932674622882504704
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_environnement-les-biocarburants-peuvent-ils-activity-6932674622882504704-TPX4
title: CHANGE_ME 275
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Le pétrole devient hors de prix ? Remplaçons le ! Depuis des années déjà, le carburant disponible à la pompe incorpore des produits qui ne sont pas issus d'un gisement de pétrole, mais de cultures :
- l'essence contient de l'éthanol issu de blé (oui oui de blé !), de betteraves, ou de maïs (aux USA 40% du maïs est utilisé pour faire des agrocarburants)
- le diesel contient des huiles estérifiées issues du colza, du palme, du soja, voire du tournesol.
Cette idée de se passer de pétrole en utilisant des cultures illustre à merveille la difficulté de revenir à la situation énergétique "d'avant le pétrole" (donc avec juste des énergies renouvelables, au premier chef desquelles la biomasse) tout en conservant les acquis de la civilisation du pétrole, à savoir 1,2 milliard de voitures de plus d'une tonne sur terre, plus de 20.000 avions de ligne, sans compter les bateaux, tracteurs, engins de mine, poids lourds, et j'en passe.
Car des combustibles issus de la végétation, tout le monde en veut pour se passer d'or noir. Le secteur aérien compte très fort sur les "sustainable aviation fuels", largement dérivés de la biomasse, pendant que les gaziers comptent sur le "gaz vert", lui aussi issu de la biomasse (par fermentation), et que les constructeurs et utilisateurs de voitures comptent sur les "bio" (en fait agro) carburants.
Dans cette courte chronique diffusée Samedi dernier sur RTL, je propose un petit calcul d'ordre de grandeur pour expliquer pourquoi ces carburants resteront marginaux dans un monde consommant 4 milliards de tonnes de pétrole par an.
Par contre, plus nous voudrons mettre de dérivés de la biomasse dans nos moteurs, centrales électriques et chaudières, et moins il restera de surfaces disponibles pour nous nourrir, faire pousser des matériaux (bois, fibres, matières premières pour la chimie organique), et héberger la biodiversité.
Et, en cette période de prix très élevés pour les céréales, il faut rappeler que si nous avions accepté de diminuer la consommation des voitures de 20% (en les faisant plus petites et moins puissantes), nous n'aurions pas besoin donner une partie de nos cultures à manger à ces animaux à 4 roues, et la situation serait moins tendue pour ceux qui ont juste faim. Et plus le temps passera, et plus ce dilemme augmentera.

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date: '2022-05-17T12:13:14'
li-id: 6932302009039519744
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_linde-suspend-ses-exportations-de-bl%C3%A9-le-activity-6932302009039519744-7Yiw
title: CHANGE_ME 276
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Je dois dire que j'ai été surpris de découvrir, à l'occasion de cette nouvelle largement diffusée (que l'Inde n'exporterait pas de blé cette année), que le pays le plus peuplé de la planète (à parité avec la Chine), et disposant de 4 fois moins de surface cultivable par personne (0,14 hectare) que la moyenne mondiale (un peu au-dessus de 0,6 hectare) était... exportateur de céréales.
De même, alors que la production de céréales par personne et par an est proche de 400 kgs en moyenne mondiale (données Banque Mondiale et graphique en commentaire), cette valeur n'est que de 220 kgs en Inde, soit 40% de moins. A titre de comparaison, cette valeur est de une tonne (de céréales par personne et par an) en France, de 1,4 tonne aux USA et de 800 kgs en Russie.
Comment un pays qui produit aussi peu (enfin relativement aux autres grands exportateurs) peut-il dégager un surplus ?
Une des explications possibles vient peut-être de l'utilisation de ces céréales : l'Inde produit 40% de viande de boeuf en moins que la France (alors que sa population est 20 fois plus nombreuse), 7 fois moins de viande de porc, et "seulement" 3 fois plus de volaille (donc en fait 6 fois moins par habitant). L'espérance de vie à la naissance y est de 70 ans.
Il n'en reste pas moins que cette décision indienne a contribué à faire grimper les prix des céréales au plafond pour les échanges internationaux. Cela va contribuer à rendre encore plus difficile l'accès (économique) à la nourriture dans les pays fortement importateurs (dont plusieurs pays d'Afrique du Nord).
Cette nouvelle n'est hélas qu'une demi-surprise : avec une population planétaire en hausse, des approvisionnements agricoles qui vont être négativement impactés par le changement climatique et/ou l'accès plus difficile à l'énergie (gaz pour les engrais, pétrole pour la mécanisation et le transport aval, gaz et pétrole pour les phytosanitaires) la seule question est de savoir à quel rythme et à quel horizon de temps on verra apparaître des tensions croissantes.
Notre nouvelle première ministre arrive pile dans une petite répétition générale de ce qui sera de plus en plus notre quotidien : des conditions de température et de précipitations pas sympathiques, un accès à l'énergie plus difficile, des chaines mondialisées perturbées, et une inflation qui va en conséquence devenir plus ou moins structurelle, du moins exprimée en nombre d'heures de travail nécessaires pour se payer quelque chose.
Nous ne pouvons pas faire grand chose à court terme en ce qui concerne la production céréalière en dehors de nos frontières. Par contre nous devrions nous doter aussi vite que possible d'une boite à outils appropriée pour anticiper et planifier avec le monde tel qu'il va être, et non tel que l'on aimerait qu'il soit.

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date: '2022-05-16T14:04:18'
li-id: 6931967568656150529
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_co2-anglo-american-teste-dans-ses-mines-activity-6931967568656150529-31_x
title: CHANGE_ME 277
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Anglo American est un géant minier opérant dans de nombreux pays pour extraire de la croute terrestre des babioles diverses qui se retrouvent ensuite partout autour de nous :
- nickel, manganèse, minerai de fer et charbon métallurgique (tout cela sert pour l'acier)
- cuivre
- platinoïdes (catalyseurs, piles à combustible...)
- et... diamants, qui restent souvent considéré comme le "nec plus ultra" de la preuve d'amour.
Mais... ces métaux et minéraux ne sortent pas de la croute terrestre tous seuls. Il faut les y aider un peu en allant faire des trous, puis en charriant jusqu'au lieu où il sera "travaillé" (purifié, raffiné, transformé...) le matériau extrait de la mine (et qui contient en quantités variable du minerai ou des pierres précieuses et de la terre ou de la roche).
Pour ce transport on utilise souvent des dumpers, énormes camions qui peuvent mesurer jusqu'à 8 mètres de haut et dont la benne transporte jusqu'à des centaines de tonnes de matériau. Bien évidemment chacun de ces engins utilise des quantités respectables de diesel pour fonctionner.
Pour "décarboner" cette opération Anglo-American va tester des dumpers à l'hydrogène. L'opérateur affiche crânement sur les véhicules "zéro émission", et, emporté par cet élan, le journaliste de Les Echos utilise aussi cette expression. A-t-il raison ?
Poser la question c'est y répondre : zéro, surement pas. Il faut toujours fabriquer le dumper, sa pile à combustible (qui contient du platine... peut-être extrait par Anglo-American, très bien placé du coup pour avoir le bilan carbone de ce métal !), ainsi que le dispositif de production d'hydrogène, et tenir compte du rendement des opérations en chaine dans tout cela.
Application pratique juste pour l'énergie : avec un panneau solaire en Afrique du Sud le kWh solaire doit être à environ 30 g de CO2 (il est à 45 en France). L'électrolyse aura un rendement de 70% et la compression de l'hydrogène ensuite de 80%. La pile à combustible a un rendement de 50%. Enfin le moteur électrique a un rendement de 80%. Rendement de chaine : 0,7*0,8*0,5*0,8 ≈ 22% de l'électricité à l'arbre moteur en supposant zéro fuite (car les fuites d'hydrogène sont particulièrement impactantes sur le climat).
Ca fait donc le kWh mécanique à ≈ 130 g de CO2 hors fabrication de la pile à combustible. C'est assurément beaucoup moins que le diesel. Ce dernier émet 300 g de CO2 par kWh thermique, et en supposant que le rendement du moteur est de 40% cela fait 750g par kWh mécanique à l'arbre moteur.
Cela n'aurait pas couté cher au journaliste de faire le calcul et d'écrire non point "zéro CO2" mais tout simplement "quasiment 6 fois moins de CO2". La presse économique, normalement à l'aise et précise avec les chiffres en euros, devrait se donner pour objectif de l'être autant avec les chiffres en carbone ! Ca serait précieux pour nourrir les débats...

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date: '2022-05-16T10:09:29'
li-id: 6931908477317476353
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_univershift%C3%A9-activity-6931908477317476353-xJkY
title: CHANGE_ME 278
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Les 25 et 26 juin prochains se tiendra dans la capitale des Gaules, c'est à dire Lyon, la seconde édition de l'Univershifté, à savoir l'université d'été des Shifters, les bénévoles inscrits - désormais plus de 16.000 - du Shift Project (l'été commençant le 21 juin, on peut faire une université d'été fin juin, non mais). L'événement est ouvert à tou(te)s, comme l'année dernière.
Le programme - en cours de finalisation - n'est pas encore en ligne, mais pour celles et ceux qui nous font confiance il est déjà possible de s'inscrire sur le site. L'année dernière, le temps fort avait été la présentation du plan de transformation de l'économie française, et c'est là que nous avions entendu en séance tous les représentants des partenaires sociaux affirmer leur accord avec une planification de l'économie.
Il n'est pas exclu que cela ait joué un petit rôle dans la reprise de ce concept pendant la campagne... et désormais dans les discours du chef de l'Etat (le suspense ne devrait plus durer très longtemps pour voir si ca se traduit dans l'organisation gouvernementale et, surtout, de la haute administration.
En miroir aux annonces de Macron sur le rôle des collectivités locales et de la planification énergétique, nous parlerons... de collectivités locales et d'énergie :). Manquerons nous de gaz - et donc possiblement d'électricité - l'hiver prochain ? Comment bien répartir les rôles entre échelons locaux et échelon national - et au-dessus - pour mener la "transition" ? Comment se mettre rapidement en ordre de bataille pour "l'adaptation" qui devient une nécessité chaque jour plus urgente ?
Ce temps fort de la vie de la communauté shiftienne avait attiré plus de mille personnes pour sa première édition. C'est peu comparé à 67 millions de français(es), mais significatif dans l'écosystème des associations contribuant au débat environnemental. Alors pour discuter de "quoi faire" rendez-vous à Lyon dans un gros mois !

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date: '2022-05-15T09:34:49'
li-id: 6931537364439740416
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_meteo-france-fait-un-point-de-situation-sur-activity-6931537364439740416-Uycn
title: CHANGE_ME 279
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Meteo France fait un point de situation sur la sécheresse en France, alors que la température devrait dépasser 30 °C la semaine prochaine sur la moitié nord de la France, ce qui va évidemment accroître le stress hydrique en surface en augmentant l'évaporation : https://lnkd.in/en33QqXA
Une large partie de la France a des sols "plus secs que la normale", et si la tendance des "prévisions" saisonnières est exacte cela ne devrait malheureusement pas s'arranger cet été, avec une évolution qui devrait être à la fois plus chaude et plus sèche que "la normale" : https://lnkd.in/ecXf_CW9
Mais qu'est-ce que la normale quand le climat est en train de dériver en permanence ? Qu'est-ce que la normale quand on sait que notre pays va s'assécher dans le cadre du changement en cours, et que ce que nous observons actuellement semblera doux et humide dans 20 ou 30 ans ?
Faut-il encore parler de "normale" pour un passé à jamais révolu, du moins à l'échelle de plusieurs vies humaines, voire plus ? Ne faudrait-il pas remplacer "la normale" par "le passé" ? Le mot de "normal" porte toujours en lui-même l'idée que la situation pourrait redevenir ce qu'elle était avant. Malheureusement cela ne sera pas le cas.
Et l'évolution du climat à venir dépend avant tout de ce que feront les chinois, les américains, les indiens, et tout le reste du monde. Nous devons tout faire pour les inciter à baisser leurs émissions, et comme nous ne pouvons pas envoyer les chars et les avions chez tout le monde pour les obliger, la meilleure arme qu'il nous reste est de commencer à agir chez nous (de toute façon on va devoir le faire pour cause d'approvisionnement pétrolier et gazier déclinant) en donnant un exemple que d'autres voudront suivre. Le mimétisme est une réalité dans les sociétés humaines.
Mais il faut dans le même temps commencer à sérieusement se secouer sur ce qui s'appelle "l'adaptation" (et qui porte mal son nom puisque dans une partie des cas cela consistera hélas uniquement à encaisser la perte avec regrets), parce que même en commençant à agir demain matin la dérive climatique va s'amplifier à cause de l'inertie du système.
Au titre de "l'adaptation" aussi, il faut modifier les cultures et les pratiques agricoles, la forêt, repenser une partie des infrastructures, gérer l'eau différemment, déplacer préventivement des installations et bâtiments de bord de mer, modifier les bâtiments... Il y en a pour 2 générations et nous n'avons déjà que trop traîné. Peut-être que de supprimer partout le mot "normal" pour le remplacer par "passé révolu" nous aiderait à accélérer.

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date: '2022-05-14T09:14:57'
li-id: 6931169978029121536
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_appel-%C3%A0-d%C3%A9serter-remise-des-dipl%C3%B4mes-agroparistech-activity-6931169978029121536-1Cpm
title: CHANGE_ME 280
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Après le discours d'un jeune diplômé de Centrale Nantes qui avait déjà fait un peu de bruit (https://lnkd.in/eAyiq7At), c'est au tour d'un groupe de jeunes diplômés d'AgroParisTech de dire son malaise à l'idée de se mettre au service d'un projet dans lequel ils ne se reconnaissent pas.
Une fois ce constat posé arrive inévitablement la question suivante : que faire ? Et si le système doit être changé, faut-il entrer dans les organisations existantes pour les modifier de l'intérieur, ou "déserter", c'est à dire s'y opposer de l'extérieur ?
La bonne réponse emprunte probablement aux deux. En espérant que cela sera utile, voici quelques constats issus de ma modeste expérience :
- "de l'intérieur", un jeune fraîchement diplômé a un pouvoir plus que réduit pour "tout changer". Le pouvoir dans l'entreprise est exercé par des cadres qui ont déjà de l'expérience (au moins 10 ans et souvent 20 à 30). Et la crédibilité s'acquiert surtout par des expériences de gestion opérationnelle (patron(ne) d'une unité de production, responsable d'une marque, d'une zone, d'un centre de R&D, etc), et rarement par des expériences fonctionnelles comme la RSE, la seule exception étant celle de la personne en charge des finances... c'est à dire de l'indicateur conventionnel qui pose justement problème. Dit autrement, en entreprise on ne peut être crédible pour changer les choses de l'intérieur qu'une fois que l'on a contribué à perpétuer la situation à problème telle qu'elle est. Problème !
- par contre, dire que l'on ne veut pas aller dans une entreprise qui ne fait pas d'efforts, ou la quitter rapidement après y être entré pour cette raison, a de l'impact si ce mouvement se généralise. J'ai observé plusieurs fois des dirigeants d'entreprise impulser des "grandes manoeuvres" en constatant que leur entreprise perdait rapidement en attractivité auprès des jeunes. Le manifeste Pour un réveil écologique oeuvre en ce sens.
- la bonne combinaison de l'expérience et de l'action vient en général de personnes plus âgées - donc vues comme plus crédibles - qui ont compris de l'intérieur le fonctionnement, connaissent les codes, puis se sont mises "à l'extérieur" pour bousculer les acteurs. Cela donne des entités qui d'entrée de jeu se positionnent pour "changer les choses" (une tentative de recension existe là : https://shiftyourjob.org/ ). A ce moment la bonne question est de savoir évaluer la le potentiel de contribution de l'entreprise en question. La clé de la réponse à cette question s'appelle la connaissance fine du problème à résoudre.
- les aventures individuelles "dehors" (devenir peintre ou apiculteur) aident le reste de la société à bouger dans le bon sens si elles sont reproductibles à large échelle ou essentielles dans l'ensemble. Pionniers et marginaux ne sont pas exactement la même chose !
"Déserter" au sens de "ne plus entendre parler du problème" n'est hélas pas possible. Qu'on le veuille ou pas, nous sommes tou(te)s dedans !

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date: '2022-05-13T07:52:49'
li-id: 6930786919966502912
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_dans-le-cadre-de-la-15%C3%A8-cop-de-la-convention-activity-6930786919966502912-5sFS
title: CHANGE_ME 281
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Dans le cadre de la 15è COP de la Convention des Nations Unies pour combattre la désertification, vient de paraître un état des lieux des sécheresses dans le monde, intitulé "Drought in Numbers 2022" (https://lnkd.in/eKYW-e-C ), également disponible en version française : https://lnkd.in/eUV9n_nF
On y apprend que d'ici à 2040 un enfant sur quatre dans le monde vivra (comment s'il ne pousse rien ?) dans une région avec une pénurie extrême d'eau.
Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, il n'y a pas que les pays "émergents" - au premier chef l'Inde et son milliard d'habitants - qui sont déjà concernés par le problème, qui, de 2020 à 2022 - sans même parler d'avenir - a touché l'Europe, les USA, et la Chine. Et encore, cette carte n'incorpore pas, à l'évidence, les sécheresses survenant à l'occasion d'épisodes caniculaires dans les forêts des hautes latitudes nord (Sibérie, Canada).
La sécheresse et la désertification associée font perdre chaque année 12 millions d'hectares de terres sur la planète, soit le même ordre de grandeur que ce qui est du à la déforestation selon les mêmes Nations Unies (https://lnkd.in/eSHwxgW7 ). Certes la désertification touche des terres qui sont moins "riches" que les forêts équatoriales, mais ca fait quand même un gros paquet de km2...
Et, bien évidemment, le changement climatique en cours intensifie le problème dans de nombreuses régions du monde, ce qui n'est pas une bonne nouvelle. Une des régions qui sera le plus touchée c'est... la nôtre, à savoir le pourtour du bassin méditerranéen. Sachant que, sans surprise, le rapport rappelle que la sécheresse est un déterminant direct - pénurie alimentaire - ou indirect - violences politiques ou militaires qui découlent de la situation de stress - de migrations, il est probable que nous n'ayons pas fini de discuter de l'accueil ou pas, chez nous, de personnes venant de "plus au sud"...
Comme pour beaucoup de risques, s'en occuper améliore l'avenir par rapport au fait de ne pas s'en occuper. La recette est la même que partout ailleurs : il faut d'abord se former à la compréhension du problème (ce qui n'est pas fait aujourd'hui, et le rapport rappelle que les couts d'aujourd'hui ne sont pas prédictifs de la facilité à faire demain), puis se creuser la cervelle pour voir ce qui est faisable et avec quels moyens pour atténuer les conséquences futures (changement de cultures ou d'arbres plantés, modification des systèmes d'irrigation, implantation de réservoirs de captage d'eau de pluie, etc).
L'autre solution est de déménager tous les indiens et habitants du Maghreb chez Poutine. On peut éventuellement lui poser la question puisque nous l'avons régulièrement au téléphone pour d'autres raisons ?

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date: '2022-05-12T14:00:37'
li-id: 6930517090588110851
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_on-meurt-d%C3%A9j%C3%A0-de-la-chaleur-en-inde-et-au-activity-6930517090588110851-pZm2
title: CHANGE_ME 282
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Sous nos latitudes, quand il fait chaud, il fait sec. C'est une mauvaise nouvelle pour la végétation, mais une bonne nouvelle pour nos organismes. En effet, un air très chaud mais sec empêche notre organisme de se refroidir par contact avec l'air, mais pas de se refroidir par évaporation la sueur.
Il en va tout autrement quand l'air est chaud et humide. A ce moment évacuer de la chaleur par transpiration devient de plus en plus difficile. Avec un air saturé d'humidité (donc rendant totalement impossible de transpirer), il y a un risque mortel au bout de quelques heures si la température de l'air dépasse 35 °C.
Ces conditions vont apparaître de plus en plus souvent dans le monde au fur et à mesure que la dérive climatique s'accentuera. 50 °C au Pakistan en avril, c'est avec une température planétaire qui a "juste" augmenté de 1,1°C.
L'âge de la retraite nous préoccupe beaucoup actuellement. Les retraités d'aujourd'hui - et plus encore les élus qui leur parlent puisque les électeurs sont avant tout des gens âgés - réalisent-ils que, pour les trentenaires d'aujourd'hui, si nous continuons à nous occuper avant tout de l'âge de la retraite avant de nous occuper des limites planétaires, 2060 correspond à un monde qui sera profondément bouleversé par rapport à aujourd'hui, au point que cette retraite, si elle a lieu, ne se déroulerait pas vraiment dans les conditions actuelles ?

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date: '2022-05-12T07:23:53'
li-id: 6930417249023369216
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_crise-des-approvisionnements-et-du-climat-activity-6930417249023369216-CXqf
title: CHANGE_ME 283
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De trop nombreuses entreprises considèrent encore que de s'occuper des émissions de gaz à effet de serre a pour premier objectif de "faire joli" sur les rapports annuels. C'est du reste pour cette raison que l'une des trois "revendications" que j'ai formulées lorsque j'ai été reçu par notre président réélu (il y a une semaine : https://lnkd.in/eg2dBAHU) était de renforcer les obligations pour les entreprises. Ces dernières - dont Carbone 4 fait partie - ne tiennent pas des comptes - en euros - juste parce que "ca fait joli". Elles le font parce qu'il y a des sanctions pénales à ne pas le faire, alors que sur le carbone - pourtant porteur d'enjeux au moins aussi considérables que de gruger son banquier ou son client - il n'y en a aucune.
Dans le contexte de "démondialisation accidentielle"que le covid et la guerre en Ukraine nous amènent (car ces deux épisodes rendent plus difficiles de se procurer certaines denrées qui ne sont pas produites sur notre sol), on pourrait se dire que l'urgence n'est pas de renforcer les exigences de reporting carbone pour les entreprises. Tout le rebours.
Certes cet article de Carbone 4 est un plaidoyer pro domo (ca nous arrive aussi :) ). Mais il rappelle que nous ne construirons pas une société nouvelle, comme y aspirent les étudiants d'AgroParisTech qui viennent de se faire remarquer avec un discours "non conventionnel" (https://lnkd.in/ed3q9AkH ), avec la boite à outils du monde actuel.
Une fois que l'on a dit qu'il fallait tout changer, nous n'avons fait que le plus facile : le plus difficile n'est pas de décrire ce qui ne doit plus être, mais de décrire ce qui devrait être, et de proposer les outils et méthodes qui permettent d'y aller au bon rythme (qui sera "d'enfer") avec la contribution de tout le monde ou presque.
Evidemment cet article s'inscrit dans un cadre de pensée où il reste des entreprises - c'est à dire des activités productives privées - dans un monde qui se décarbone. Il appartient normalement à celles et ceux qui pensent qu'il n'en faut plus du tout de proposer une construction alternative réaliste (rappelons que l'apiculteur qu'un des étudiants de l'agro se propose d'être est une activité productive privée, et qu'il ne faut pas confondre multinationales et "toutes les entreprises" !).
Dans un monde où il reste des entreprises, l'urgence est donc de les forcer à "bien faire les choses". Nous espérons que la lecture de cet article alimentera utilement ce débat... urgent.

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date: '2022-05-11T13:44:44'
li-id: 6930150707132022784
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_signez-la-p%C3%A9tition-activity-6930150707132022784-db9s
title: CHANGE_ME 284
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C'était initialement une tribune parue dans le JDD, et c'est devenu une pétition. Faut-il mobiliser les foules pour une "simple" formation de quelques dizaines de personnes, à savoir les membres d'un (futur) gouvernement, à la question climatique et énergétique, quand il y a par ailleurs la guerre en Ukraine, la famine dans l'Est de l'Afrique, des persécutions un peu partout dans le monde, la dette qui atteint des sommets et un Etat américain qui rassure de moins en moins ?
Paradoxalement oui : plus le monde devient en apparence incertain, plus il est utile de se raccrocher à des certitudes et des choses qui ne changent pas. Et si le monde semble devenir inexplicable et imprévisible quand on regarde les indicateurs économiques et sociaux, il est malheureusement parfaitement lisible quand on regarde les indicateurs physiques.
Or gouverner, n'est-ce pas prévoir, et donc savoir "lire le monde" avec la bonne clé de lecture, désormais physique ?
Par ailleurs, un gouvernement ce n'est pas n'importe quel groupe de 20 personnes : dans notre régime présidentiel en vigueur (où le gouvernement fixe l'agenda du parlement et lui soumet les projets de loi), c'est de fait l'arbitre en dernier ressort de toutes les décisions qui relèvent de la sphère publique. Il n'est est pas de même dans la quasi-totalité des autres démocraties (où le parlement possède plus de pouvoir), mais chez nous ce groupe d'individus tient beaucoup de rênes du pouvoir pendant l'exercice de son mandat.
Pour beaucoup de portefeuilles il est considéré comme normal que le/la titulaire du poste sache un peu de quoi on parle : un(e) ministre de la défense est prié(e) de savoir ce qu'est un soldat ou un porte avion, ou de l'apprendre très vite. De même, il est de bon ton qu'un(e) ministre de la santé sache préalablement, ou comprenne très vite, ce qu'est un virus.
A 8 milliards sur terre, il existe une réalité physique qui vient désormais tamponner de plus en plus chacun de nos plans pour l'avenir : les limites planétaires, en matière d'énergie, de matériaux, d'environnement, de biodiversité, etc.
Comprendre - pour un gouvernement - quels sont les degrés de liberté que nous avons perdus et ceux qu'il nous reste dans ce monde là est donc devenu essentiel, pour faire des plans qui seront compatibles avec ces limites. Il ne reste que quelques mandats présidentiels ou législatifs avant 2050 : nous pouvons chaque année un peu moins nous permettre le luxe de prendre des décisions sur lesquelles il faudrait revenir ensuite parce qu'elles ne sont pas en accord avec le cadre physique.
Enfin l'expérience de la Convention Citoyenne pour le Climat a prouvé une chose : la formation aux enjeux (et il s'agit bien d'une formation, pas d'une "sensibilisation") fait passer tout(e) citoyen(ne) de "sensibilisé mais pas nécessairement acteur" à "ayant envie d'agir".
Donc ce n'est que 20 personnes. Et ce n'est que 20 heures. Mais l'effet de levier est potentiellement considérable.

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date: '2022-05-10T06:28:26'
li-id: 6929678521548075009
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-shift-publie-son-nouveau-rapport-interm%C3%A9diaire-activity-6929678521548075009-n56p
title: CHANGE_ME 285
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Que doivent savoir les diplômés à lissue dune formation en gestion dans un monde qui doit se confronter aux limites planétaires, et notamment celle liée au climat ?
C'est à cette question que tente de répondre The Shift Project dans le cadre du projet "Climasup Business", pour lequel Audencia a été pris comme cas pratique d'étude.
Que dispenser comme cours, comment les rendre cohérents avec des limites physiques non prises en compte jusqu'à maintenant (puisque les prix n'intègrent pas, par construction, les ressources naturelles indispensables à l'existence d'une économie), comment embarquer le corps enseignant dans l'aventure, etc ? Bref, "gérer" dans un monde qui se décarbone, cela doit se faire comment ?
Après 7 mois de travail, The Shift Project vient de publier son rapport provisoire. Il s'agit donc d'un "document martyr", destiné à être lu puis commenté par toutes les personnes qui le souhaitent, et évidemment au premier chef les enseignant(e)s, gestionnaires, élèves et anciens élèves de ces cursus, et... leurs employeurs.
Pour d'excellentes raisons, le sujet de la formation (initiale et continue) de la population aux enjeux environnementaux est un thème "qui monte" dans le débat public, parce qu'il est évident que de bâtir des projets de société en accord avec une planète finie (qu'on le veuille ou non !) ne peut pas se faire sans les connaissances et compétences qui vont avec.
Alors si le sujet vous intéresse, à vos rétines (pour lire le document) puis à vos claviers !

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date: '2022-05-09T17:31:14'
li-id: 6929482930524172290
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title: CHANGE_ME 286
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L'Europe veut se passer du pétrole russe (https://lnkd.in/dSMiBXA4 ). Facile ?
La Russie produit actuellement un peu plus de 10 millions de barils par jour de pétrole et condensats (https://lnkd.in/dHgeypb2 ) sur une planète qui en produit 80 au total (graphique ci-dessous). De là une première certitude : sauf à se passer instantanément de 12,5% du pétrole mondial (ce qui s'est à peu de choses près produit involontairement en 2020, avec comme contrepartie 5% de récession), le monde ne fera pas instantanément sans le pétrole russe.
Attendons que la production d'or noir croisse, alors ! (et au Diable le climat). Mais on notera sur le même graphique que, depuis 2016, la production mondiale n'augmentait plus beaucoup, et il y avait même une légère décrue amorcée avant le covid, puisque le pic à date de cette production mondiale est en novembre 2018.
Allons ailleurs que chez Poutine alors ! Si nous faisons cela pour "assécher" ses finances, il faut évidemment être sur que le pétrole en question ne trouvera pas preneur du tout, sinon la Russie sera toujours autant financée, mais juste pas par les mêmes. En effet, dans un monde qui est déjà un peu à la peine pour s'approvisionner, si ce n'est pas nous qui prenons le pétrole russe, il est probable qu'il finira assez vite par trouver preneur ailleurs, aux goulets d'étranglement logistiques - rarement éternels - près.
En 2020, l'Europe a consommé... un peu plus de 10 millions de barils par jour de pétrole et produits pétroliers, soit l'équivalent de la production de la Russie. Cette dernière exporte environ les 2/3 de sa production (et consomme le tiers restant). L'Europe représentait 50% des exportations russes de pétrole brut et de produits pétroliers en 2020, qui permettent donc environ un tiers de notre consommation.
Question : où trouver un peu plus de 3 millions de barils par jour de pétrole chez des producteurs qui auraient la production (ou la capacité à l'avoir) et pas de clients ? La réponse est... à peu près nulle part, sauf à jouer à un jeu de taquin : un client du pétrole (au hasard la Chine) prend à la Russie un pétrole qu'avant elle prenait ailleurs et du coup le "ailleurs" peut vendre à l'Europe.
Incidemment le "ailleurs" est souvent déjà en déclin : c'est le cas de l'ensemble de l'Afrique, de l'ensemble de l'Amérique du sud, de l'ensemble de l'Europe, de l'ensemble de l'Asie, du Mexique... Bref à part le Moyen Orient et les USA les "réserves de croissance" à horizon de quelques années ne semblent pas très élevées.
D'où le casse-tête européen !

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date: '2022-05-08T10:26:47'
li-id: 6929013728281554944
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_lint%C3%A9grale-cest-notre-plan%C3%A8te-0705-activity-6929013728281554944-h5T_
title: CHANGE_ME 287
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Elle est apparue dans l'entre-deux tours : la "planification écologique". Quesseça ? Un sujet de dissertation pour le bac :) ?
A défaut d'avoir une définition normative, cette expression m'a au moins inspiré un commentaire de quelques minutes hier matin sur RTL, où j'ai tenté ma propre définition de la chose : la "planification écologique", ce serait notamment de mettre les activités humaines en harmonie avec les limites planétaires (sur le climat, la biodiversité, l'eau, les ressources, le cycle de l'azote, etc), ce qui n'est pas du tout le cas actuellement (et le dépassement des limites ne peut être que transitoire...).
Dans les obstacles à cette évolution il y a la question de la mise en cohérence au niveau des politiques nationales, mais aussi au niveau des politiques européennes. Partout nous avons pris l'habitude du "en même temps" parce que le monde semblait sans limite, et il va nous falloir apprendre à raisonner autrement parce que dans le monde fini la question de l'ordre des priorités se posera plus fortement.
Apprendre à raisonner autrement cela demande... de la formation. Ceci a un lien avec une autre sortie médiatique du moment : la tribune du JDD qui demande à ce que les premiers à avoir une formation pour mieux saisir les réalités physiques du monde soient ceux qui revendiquent la conduite des affaires publiques, à savoir les membres de notre gouvernement : https://lnkd.in/e2yErtAZ
On exige bien un "certificat d'aptitude" pour les médecins ou les avocats. Or être nommé ministre n'est pas équivalent à réussir un test de connaissances. A l'heure des urgences environnementales, est-il illégitime de demander à ce que l'exécutif puisse donner des gages en ce qui concerne sa compréhension des faits ?

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date: '2022-05-07T10:19:05'
li-id: 6928649404019044352
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_alors-que-la-crise-sanitaire-a-r%C3%A9v%C3%A9l%C3%A9-et-activity-6928649404019044352-uDX9
title: CHANGE_ME 288
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"Alors que la crise sanitaire a révélé et aurait pu conduire à revoir des modèles à bout de souffle, les mêmes programmes, les mêmes financements, les mêmes projets qui auront, pour la plupart dentre eux, des conséquences irréversibles sur une ou plusieurs dizaines dannées sont invariablement présentés. (...) Certaines décisions sont même des régressions. (...)"
Qui ose ainsi écrire que l'action publique post covid n'est pas plus compatible avec les limites planétaires que celle d'avant ? The Shift Project ? Extinction Rebellion ? Des politiques en campagne pour les législatives ? L'Affaire du Siècle ?
Pas du tout, pas du tout, comme chantait Dutronc : une instance administrative, l'Autorité Environnementale, qui vient de rendre son rapport annuel : https://lnkd.in/eRhXSAWF
Pour faire simple, cette autorité est chargée de rendre un avis public sur "la qualité des évaluations et la bonne prise en compte de lenvironnement" pour des projets - d'infrastructure, industriels, d'aménagement... - ou des plans qui "sont au-delà d'une certaine taille", comme aurait dit Fernand Reynaud.
Juger de l'adéquation entre les impacts factuels des projets et les méthodes qui ont été utilisées pour évaluer ces impacts peut sembler technique et anecdotique, mais en fait dire si le thermomètre ou le stéthoscope étaient les bons instruments à utiliser pour juger de l'état du patient est capital, car rien n'est plus facile que de déclarer que des projets sont sans impact ennuyeux en utilisant des méthodes inappropriées ou qui font l'impasse sur une nuisance majeure.
En 2021 l'Autorité environnementale a rendu 159 avis : 91 sur des projets (1/3 industriels, 1/3 d'aménagements urbains et 1/3 d'infrastructures de transports) et 68 sur des plans et programmes (schémas directeurs daménagement et de gestion de leau, plans de gestion des risques dinondation, plans de protection de latmosphère, plans de prévention des risques, plans régionaux forêt et bois...).
Quelques éléments exposés au fil des pages :
- les projets proposés pour décarboner l'énergie (ENR ou hydrogène) ne comportent pas toujours d'analyse probante sur leur contribution à la décarbonation (!)
- "Dans le domaine des transports, la transition énergétique est assez généralement oubliée" (sans prise en compte de l'objectif national de baisse de la consommation d'énergie) et "la contribution des projets à latteinte de la neutralité carbone nest
pas démontrée ; elle pourrait même être négative"
- "[il y a] une absence de prise en compte au bon niveau des thématiques climat et énergie (...) dans les contrats de plan État-Région".
- Etc...
LAE écrit en conclusion que "les plans et programmes [examinés] ne sont pas à la hauteur de lobjectif fixé dans lAccord de Paris". Arriver à une situation où chaque projet local sera raccord avec les limites planétaires demandera un effort majeur de cohérence et un effort non moins majeur de formation.

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date: '2022-05-06T06:57:39'
li-id: 6928236323405221888
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_interview-%C3%A9nergie-et-climat-j-m-jancovici-activity-6928236323405221888-fnf3
title: CHANGE_ME 289
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Il faut que je remonte à 3 générations pour trouver un agriculteur dans mes ascendants directs. On pourrait donc penser que ma légitimité à m'exprimer sur l'agriculture est discutable :).
Je me suis néanmoins risqué à l'exercice pour le site d'informations pour la profession Terre-Net, en faisant quelques constats et en proposant quelques conclusions et directions dans lesquelles partir si l'on veut que ce secteur soit à la fois plus résilient face à un changement climatique amplifié par rapport à maintenant (de manière inexorable hélas) et plus "doux" pour l'environnement.
Rappelons que l'agriculture c'était 2/3 de la population active avant la révolution industrielle. Comme l'argent ne paye que des hommes (et des femmes !), cela signifie que, peu ou prou, l'agriculture représentait entre la moitié et les deux tiers du PIB de l'époque, et donc, toujours pour les mêmes raisons, consommait aussi entre la moitié et les deux tiers du "budget des ménages".
Aujourd'hui, les tickets de caisse payés au distributeur - 90% de nos achats alimentaires directs - ou aux "petits commerces (y compris marchés), plus les additions payées à la "restauration hors domicile" (restaurants y compris fast food, restauration scolaire et en entreprise, hôpital - le moins possible évidemment, etc) représentent environ 10% du budget des ménages.
Mais l'essentiel de cette dépense finance des emplois qui ne sont que des "intermédiaires" : caissier(e)s, magasinier(e)s, chauffeurs routiers, salarié(e)s de l'agroalimentaire, salarié(e)s des producteurs de matériaux d'emballage ou de camions (un tiers des camions en France transportent quelque chose qui se mange), etc.
La nourriture elle-même représente donc un cinquième de notre dépense alimentaire en moyenne (soit 2% de ce que nous gagnons). Nous avons remplacé des individus dans les champs par une armée de machines, située pour partie dans les exploitations (tracteurs, silos, trayeuses à vaches....) et pour l'essentiel hors des champs (usines d'engrais et de phytosanitaires à l'amont, camions à l'amont et l'aval, machines de l'agroalimentaire, usines pour l'emballage, frigos et congélateurs, etc) qui ont permis une explosion des quantités et un effondrement des prix. Et ce que nous payons est essentiellement les gens qui fabriquent et actionnent ces machines.
La question que nous devons nous poser est donc la suivante : acceptons nous de délibérément augmenter le prix de la nourriture pour produire "mieux" et plus durablement ? (et de fait nous aurons moins d'argent pour le reste). Si oui, il est possible de revisiter beaucoup de choses dans l'organisation actuelle du secteur. Si non, la mauvaise nouvelle est que les limites planétaires finiront de toute façon par produire le même effet, mais dans un contexte non géré, et avec des conséquences négatives qui seront plus fortes.
Encore une urgence et un sujet plus important que le métaverse (qui ne fera pas pleuvoir) à traiter dans le cadre du nouveau mandat !

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date: '2022-05-05T10:28:17'
li-id: 6927926943145189376
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_franceinfo-on-twitter-activity-6927926943145189376-LMlE
title: CHANGE_ME 290
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A la suite de la réunion organisée par Emmanuel Macron à l'Elysée, votre serviteur a fait un très bref compte rendu au micro de France Info.
Cette réunion a évidemment une arrière pensée électorale. Mais en démocratie, il n'y a rien d'anormal à cela : s'il y a une démocratie il y a des élections, et s'il y a des élections les personnes qui candidatent cherchent à se faire remarquer sur des points positifs, c'est la règle du jeu. Du point de vue du dirigeant d'association que je suis, toutes les opportunités sont bonnes à prendre, et il faut les saisir quand elles se présentent.
Cette réunion n'avais pas d'ordre du jour communiqué à l'avance (l'invitation disait que le président voulait "échanger"). A chaque participant(e) - nous étions une dizaine - revenait donc le choix de son terrain de jeu et de son angle d'approche, sachant que notre interlocuteur du jour ne nous a pas fait de long discours - ce qui est plutôt une bonne chose puisque cela laisse plus de temps pour les développements des personnes invitées.
Pour ma part j'ai donc choisi de faire des suggestions un peu concrètes, après avoir rappelé deux fois le chiffre 5 :
- il n'y aura que 5 mandats présidentiels pleins avant 2050 (à supposer que l'on soit toujours en démocratie en 2042...)
- il faut baisser l'empreinte carbone de la France de 5% par an soit 25% sur le prochain mandat.
En début de quinquennat, la question se pose de savoir si il faut porter des revendications qui concernent plutôt la manière de travailler, ou plutôt des mesures sectorielles précises.
C'est la première option qui a été la mienne. Cette "manière de travailler" conditionne les bonnes décisions et leur mise en oeuvre par le monde politique et l'administration. Elle doit impérativement s'améliorer sur plusieurs points :
- la transversalité au sein de l'action gouvernementale (la question climatique est une question transverse) -> modalités de gestion de la "planification écologique" par le premier ministre.
- la formation des gens qui devront faire. Parlant au premier magistrat j'ai donc parlé de la formation des fonctionnaires en exercice aux enjeux énergie climat
- la compréhension de la "distance au problème" par les entreprises : j'ai donc parlé des obligations de comptabilité carbone pour ces dernières.
Notre interlocuteur du jour nous a affirmé que son intention était d'avancer rapidement à court terme (ce qu'il peut faire par décrets ou circulaires sur des domaines - comme par exemple la formation des fonctionnaires - qui ne demandent même pas un passage au Parlement). On ne va donc pas tarder à savoir ce qu'il en est !

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date: '2022-05-04T13:09:26'
li-id: 6927605107840720900
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_australie-le-climat-non-sujet-de-la-campagne-activity-6927605107840720900-mU1l
title: CHANGE_ME 291
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La forêt y brule. Les inondations y sont de plus en plus dévastatrices. La Grande Barrière de Corail y meurt. Et pourtant la campagne électorale qui a lieu actuellement en Australie semble aussi peu richement dotée en climat que l'était la nôtre il y a quelques semaines.
Une fois ce constat fait, il serait intéressant de comprendre pourquoi. L'Australie possède incontestablement une industrie extractive de combustibles fossiles qui "pèse" dans l'économie nationale. Ce pays est le 3è producteur mondial de charbon, à égalité avec l'Inde, et surtout le premier exportateur mondial (une moitié environ est du charbon métallurgique, utilisé pour alimenter les hauts fourneaux pour faire de l'acier).
En 2020, il était aussi le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), à parité avec le Qatar, pour un total de 106 milliards de m3 dans l'année, sachant que les Russes étaient cette année là à 200 (données BP Statistical Review).
Mais cette situation n'explique pas tout, puisque l'Hexagone, qui ne possède pas d'activités extractives sur son sol, ne s'est pas beaucoup plus souciée de la question récemment. Par ailleurs, nous avons aussi eu affaire récemment à des sécheresses importantes (avec dépérissement de forêts ou de cultures), des inondations sans précédent dans le nord de l'Europe, des canicules... et rien de tout cela n'infléchit la trajectoire à bref délai, ni les priorités politiques où la 5G et la production de voitures restent des sujets plus "importants" que l'adaptation au changement climatique ou la fin du gaz dans le chauffage.
Chez eux comme chez nous, la réponse est probablement à aller chercher du côté du "mode de vie". L'incendie chez le voisin c'est très triste, mais force est de constater qu'il ne modifie pas vite notre envie de monter en voiture, de changer la télé, de nous acheter un rôti ou de faire les soldes.
Chez les australiens comme chez nous, il faudra un plan organisé pour sortir de cette situation. Après le covid nous n'avons pas mis en route la décarbonation accélérée alors que c'était le moment le plus facile pour le faire, faute de plan. Tant que la société australienne n'aura pas un groupe organisé pour proposer un plan organisé, il est hélas à craindre que les débats électoraux restent décevants sur la question. Comme chez nous !

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date: '2022-05-03T15:00:10'
li-id: 6927270589099331586
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_comment-rendre-acceptable-la-sobri%C3%A9t%C3%A9-%C3%A9nerg%C3%A9tique-activity-6927270589099331586-ahqp
title: CHANGE_ME 292
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La sobriété énergétique et la religion : amies ou ennemies ? C'était le thème d'un échange entre Jean-Francois Mouhot, directeur de l'association A-Rocha France (https://lnkd.in/eBiDnk2y ), une organisation chrétienne internationale de conservation de la nature, et auteur d'un livre intitulé "Des esclaves énergétiques" (https://lnkd.in/ePxHvyie ), et votre serviteur.
Comme je l'ai précisé en ouverture de mon propos introductif, ma fréquentation des lieux de culte s'est promenée quelque part entre faible et nulle depuis ma naissance (je suis un agnostique revendiqué). Mais j'ai trouvé très intéressant de pouvoir discuter avec un représentant de la sphère chrétienne de la place de la religion - ou plus exactement d'une religion, car il a été peu question d'islam ou de bouddhisme dans l'échange - dans le débat sur la sobriété énergétique - donc en fait la sobriété au sens large - qui monte actuellement.
En effet, les préceptes chrétiens ont historiquement fait une large place aux invitations à se contenter de peu, qu'il s'agisse du voeu de pauvreté des prêtres, ou des ressorts de la société de consommation qui tombent pour beaucoup dans les péchés capitaux (la gourmandise, la luxure, l'envie ou la paresse par exemple). Du coup, qu'est-ce qui empêcherait les chrétiens de se faire d'ardents défenseurs de l'environnement ?
La fameuse phrase de Staline "le Pape combien de divisions" était peut-être de mise dans une vision du monde basée sur les rapports de force militaire, mais lorsqu'il s'agit d'entraîner la population sur le terrain des valeurs, il faut se rappeler que l'Eglise catholique revendique 1,3 milliards de fidèles dans le monde. Si sa parole devient sincèrement verte, ca changera peut-être un peu la face du monde.

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date: '2022-05-02T16:50:28'
li-id: 6926935955379523584
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_une-interview-dans-lexpress-en-avril-2022-activity-6926935955379523584-94IM
title: CHANGE_ME 293
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Les propos ont été recueillis juste avant le second tour, histoire que l'article puisse sortir juste après : l'angle choisi pour cette interview de l'Express était clairement de rebondir sur une forme d'irruption de l'environnement dans l'entre-deux-tours.
Du coup les propos tenus ont - entre autres - concerné quelques mesures relevant des pouvoirs publics qu'il serait pertinent de mettre en oeuvre sans tarder si le slogan de "planification écologique" doit avoir un sens.
Certaines d'entre elles ne demandent que la volonté de faire (par exemple former l'ensemble des fonctionnaires pour leur permettre d'appréhender les enjeux de l'énergie et du climat), et leur mise en oeuvre rapide - ou pas - sera un bon test de la volonté de faire, dès avant les législatives.
Il ne reste que 5 mandatures complètes avant 2050. 5...

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date: '2022-05-02T07:20:22'
li-id: 6926792489118924800
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_accueil-activity-6926792489118924800-oBMr
title: CHANGE_ME 294
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Normalement le dictionnaire est bien fait : les aires marines protégées sont... protégées. Quel est le principe sur le papier ? Il s'agit de délimiter des zones côtières (à moins de 200 miles des côtes, car au-delà l'océan n'appartient plus à personne en particulier, et donc aucun pays ne peut y créer une zone d'exclusion de bateaux ou d'activités) au sein desquelles la vie marine est préservée des prélèvements de la pêche - et d'autres activités de "consommation" de la nature - pour permettre aux espèces - et notamment les poissons - de se reproduire.
Cette mesure est donc destinée à préserver les stocks de poisson, et les premiers partisans de la mesure devraient être les pêcheurs eux-mêmes. En effet, les poissons étant mobiles, s'il redeviennent abondants au sein des ces aires parce qu'ils peuvent facilement s'y reproduire et grandir, ils se déplaceront ensuite en dehors de l'aire protégée, et permettront ainsi une reconstitution ou un maintien à niveau des stocks "ailleurs".
L'existence de ces aires, pourvu qu'elles soient respectées, est donc un moyen d'augmenter ou de faire durer les prélèvements par la pêche. Rappelons que, pour l'océan dans son ensemble, ces derniers déclinent depuis 1995 (ca fait donc presque 30 ans que le maximum de la pêche en mer a été passé). Par ailleurs la pêche vient s'ajouter au réchauffement climatique, à l'acidification de l'eau (à cause du CO2 émis par les activités humaines qui est dissous pour partie dans l'océan), et à la pollution. Les espèces marines ne sont donc pas vraiment à la fête.
En théorie, ces aires sont donc une bonne idée. Sauf que :
- un article publié dans Science et qui porte sur 727 aires marines protégées situées dans les eaux européennes montre que 59% d'entre elles font l'objet d'un chalutage commercial, et que l'intensité de ce chalutage y est 1,4 fois plus élevée que dans les aires non protégées (!) : https://lnkd.in/eQC8AR7v (abstract en libre accès)
- un article publié dans "Frontiers in Marine Sciences" et qui porte sur 510 aires marines protégées, représentant 86% de la surface des 1945 aires marines protégées situées dans les eaux européennes (EU + UK), montre que ces dernières sont très souvent pêchées avec des engins destructeurs (comme le chalutage de fond) ou opérant des prélèvements intensifs : https://lnkd.in/eEckHczY
C'est la raison pour laquelle l'association Bloom, qui milite pour la préservation de la biodiversité marine - et du même coup les gens qui en vivent ! - lance une pétition pour demander que ces aires marines protégées ne fassent pas mentir le dictionnaire. La raison pour laquelle cette pétition est lancée maintenant et pas à un autre moment est que le parlement européen débat en ce moment du sujet : https://lnkd.in/eK5zmS3Z
Là comme ailleurs il faut gérer la limite avant qu'elle ne nous gère...

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date: '2022-05-01T09:56:54'
li-id: 6926469494018064384
li-url: https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_le-menu-principal-de-la-page-daccueil-du-activity-6926469494018064384-LwGi
title: CHANGE_ME 295
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Le menu principal de la page d'accueil du site du Financial Times comporte une rubrique "climat" : https://lnkd.in/eqb_ntGU (sauf erreur de ma part ce n'est le cas pour aucun media généraliste en France, en tus cas pas ceux pour lesquels je vient de regarder à l'instant).
La bonne nouvelle est donc qu'un des media économiques les plus lus du monde occidental propose, de manière visible, beaucoup d'informations sur le sujet, ce qui donne par construction de l'importance à ce dernier.
A l'instant, la première option proposée quand on va sur cette rubrique est un jeu pour essayer de rendre l'économie "net zero" en 2050. J'ai évidemment testé le jeu en question, et la mauvaise nouvelle est qu'il est très facile de gagner (du reste un tiers des personnes qui jouent arrivent sous 1,5°C de réchauffement en 2100 à la fin du jeu).
Certes, il ne faut pas désespérer Billancourt. Mais quand même, il n'est pas sur que ce soit un très bon service à rendre aux acteurs du monde économique que de leur laisser croire, même à travers un jeu, qu'il y a quelques leviers à actionner (quasiment tous technologiques soit dit en passant) pour que cette affaire de changement climatique devienne un lointain souvenir qui ne nous causera pas plus de problèmes que cela.
Il n'en reste pas moins que tous nos media nationaux - y compris Les Echos - seraient bien inspirés d'avoir aussi une rubrique "climat" ou "nature" en page d'accueil, et plus encore de toujours voir si un article qui évoque un sujet "non environnemental" ne dit pas implicitement quelque chose qui suppose que les limites planétaires n'existent pas. Exemple parmi 150 à l'instant : cet article du JDD qui parle du "redécollage" des vols vers les USA sans utiliser ni le mot climat ni le mot CO2 : https://lnkd.in/e5VpRV7p
Le jour de la fête du travail, c'est un bon jour pour s'interroger sur les emplois qu'il faut développer, ou au contraire diminuer, pour qu'il y ait toujours une humanité au travail sur une planète ayant la meilleure tête possible dans quelques décennies. Il n'est malheureusement pas assuré qu'il y ait beaucoup de couverture presse sous cet angle (en lot de consolation vous pouvez lire ou relire le chapitre "emploi" du Plan de Transformation de l'Economie Française, qui vient de dépasser les 50.000 exemplaires vendus en 3 mois, ce qui le range dans la catégorie des "très gros succès" pour un essai : https://lnkd.in/ekk7DZZH).
Bon muguet !